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Münich High-End 2017 chap 2


Les musts du salon.

 

C’est difficile à dire car je pourrais donner l’impression qu’on s’auto congratule, mais non, le constat est clair :

 

  • Avaton de Tune Audio dominait la mêlée de la tête et des épaules.

D’abord l’objet est magnifique, ce long rectangle vertical de 2 mètres de haut, aux lignes complexes qui, en dessin, doivent donner une figure géométriquement absurde, dont les angles forment des arrondis insaisissables. Beau choix de couleur champagne / dorée (merci Philippe), un peu timide sans doute.

Manolis nous avait parlé de son projet mégalomaniaque (voulu semble-t-il par Masa).

Mais franchement quand on découvre l’objet, on se dit que la mégalomanie de Manolis a encore des progrès à faire, tant la face visible est élégante, bien proportionnée, et somme toute de dimensions raisonnables, avant de passer sur le côté de l’engin où là soudain il prend un sens différent avec l’élan du pavillon de près de deux mètres accolé à un parallélépipède de belles proportions  mais de deux mètres au garrot et 45 cm de section environ.

Superbe.

Personne, à ma connaissance, n’a exploité commercialement ce principe de pavillon de cette manière en jouant sur une asymétrie de développement. Bravo.

Et si l’écoute est décapante, je ne peux m’empêcher d’avoir une ou deux réserves liées très probablement aux contraintes d’installation et à l’évidence, comme chez Cessaro, que des systèmes aussi pointus demandent du temps pour « se poser ».

Dans l‘ensemble Manolis est d’accord avec moi et confirme qu’il s’agit avant tout de conditions de placement.                      

L’écoute donc, en plusieurs fois :

Physiquement, un coup à l’estomac, quasi violent. Une autorité physiologique palpable, une concrétisation des notes sidérantes.

Très vite je suis gêné par un aigu un peu quelconque, une tonique dans le grave et une totale absence d’extrême grave, qui ne serait pas gênante en soi si elle ne donnait pas l’impression de faire remonter l’infra dans le haut grave et accentuer la tonique. Ce point est clairement lié au placement.

Attention, toutes réserves en considérant qu’il s’agit d’une des 10 plus grandes écoutes de ma vie, à condition toutefois de transposer dans un univers mieux adapté.

Reprenons dans l’ordre : l’autre point qui crée rapidement de la frustration, c’est l’impression de notes tronquées et de manque de nuances de modulation. Passif que je mets rapidement sur le DAC Rockna de base clairement pas à la hauteur du reste (Trafomatic Elysium et les câbles Skogrand au prix de l’or en barre), j’en parle à Manolis, il émet quelques objections au début, mais finalement dit qu’il est d’accord.

Ce qui se vérifiera ensuite lorsqu’enfin nous aurons du vinyle où on récupérera de la ductilité, un peu de sensualité, et un enrichissement notable des harmoniques.

Les quelques réserves tiennent plus au regret que certains pourraient passer à côté de ces merveilles en ne relativisant pas les faiblesses, comme je l’ai fait pour Cessaro par exemple.

 

  • A preuve ce qui va se passer lors d’un autre grand moment :

Wolf von Langa et sa nouvelle gamme Audioframe X.

Nous écouterons le tout nouveau modèle Chicago (39 000 €), apparemment la favorite de la nouvelle collection, embarquant la version revisitée par Wolf du Western Electric 755 et le tweeter AMT fabriqué par Mundorf et déjà vu dans SON.

Proposition totalement en opposition à Cessaro, Living Voice ou Tune Audio, ici le raffinement, le ciselé, la nitescence prévalent.

Même si les deux 38 cm cognent comme des sauvages quand il le faut. Et aussi parfois plus qu’il ne le faudrait.

Un délice ce stand, d’abord par les individus qui s’y baladent.

Wolf par exemple nous demande à un moment si nous sommes intéressés par la découverte de quelques raretés du vinyle que pourrait nous offrir Doktor je ne sais plus comment, un poupard en bermuda au sourire timide.

Vendredi soir à 16 h 30 en pleine heure de pointe !!!!

Et Wolf n’hésitera pas à aimablement prier de sortir des nouveaux arrivants qui se plaignent que ce n’est pas une vraie démo !

Quel luxe de sérénité !

Aussi allons-nous passer un grand moment à écouter en 78 tours sur une platine spécialement développée par Primary Colors (apparemment géniale) et un préampli phono créé par Thomas Mayer pour le monsieur collectionneur le  tout premier report d’un cylindre de Caruso sur vinyle (éblouissant, cette étrange sensation de pompage sur la voix de Caruso qui nous sera expliquée par le savant Doktor : Caruso devait garder une certain distance au pavillon (micro) pour respecter l’existence de l’orchestre derrière lui, mais un peu cabot il ne pouvait pas s’empêcher de se rapprocher alors un assistant le repoussait à sa place !!!, un disque souple de Glenn Miller (??? j’ai un gros doute), disque de propagande inventé pour pouvoir être lancé depuis un avion, accompagné de phonographes spéciaux dans le but de vanter la liberté et la joie de vivre chez les Alliés. Dont il ne reste quasiment aucun exemplaire intact car ceux qui récupéraient les disques les écoutaient le plus souvent avec les aiguilles classiques de leur propre phonographe qui évidemment arrachaient la matière.

Au final, Doktor Kollekzioneur nous passera un enregistrement d’une star dont j’ai oublié le nom (est-ce Nellie Lutcher ?) ayant inspiré Nina Simone qui doit dater de 1937.

Nous finirons tous en larmes, arrachées par la beauté poignante du chant mais aussi, pourquoi le nier, de ce lien direct avec l’artiste à travers les siècles, comme lorsque nous avons vibré en « voyant » Christa Ludwig grâce à l’Accuphase DC950, Grandinote Shinai et ppfff AVA chez nous.

Que dire alors la proposition WvL, qui en dehors de cet instant de magie pure nous a passé des disques scrupuleusement choisis, beaucoup de jazz joyeux et dynamique, mais aussi de l’électro très riche, du classique et un Led Zep (Whole lotta love) que nous avons également écouté chez Tune Audio.

D’abord nous écoutons sur un ensemble Primary Control (platine et bras) et Thomas Mayer qui doit peser plus de 100 000 € ! Ca oblige à relativiser.

Mais c’est éblouissant de délicatesse, de panache, de raffinement !!!!

Même si je continue de penser qu’on peut aller plus loin chez Voxativ de ce point de vue (mais à quel prix et dans quelles conditions ?), il y a là un ciselé rutilant, une sorte de frisson permanent jouissif.

Quant au grave, d’une tension idéale, d’une puissance phénoménale, totalement dégagé des contraintes de celui des Tune Audio, il a parfois tendance à dominer le reste ce qui apparaîtra de manière flagrante sur le Led Zep, trop de patate qui demanderait un dosage un peu plus subtil.

Le niveau est élevé et on est dans le trop 3 induisant une totale incapacité à déterminer le vainqueur, si ça a du sens !

Les adieux avec Wolf et ses camarades seront émouvants. Je crois qu’il a apprécié que nous soyons des interlocuteurs sérieux, concentrés, engagés, a aimé que nous parlions musique avant tout.

Petite parenthèse, j’en ai profité pour deviser avec le concepteur de la platine et du bras Primary Control, un grand type très élégant, courtois, qui m’a longuement expliqué les particularités de son bras unipivot, j’ai posé beaucoup de questions, la conception est basée sur les mêmes thèmes que VivLab (qu’il apprécie) à savoir que l’unipivot c’est bien mais l’élasticité qui en fait la spécificité est aussi son ennemi car à son extraordinaire fluidité latérale vient s’opposer l’évidence qu’il est tout aussi réceptif aux contraintes diverses, angulaires, retour dans le bras, variations de hauteur du disque etc, bref qu’il oscille…

VivLab contraint le pivot via un bain de Ferrofluide  pour contenir les retours ou résonnances, lui choisit un champ magnétique dont, sur le meilleur modèle, un champ créé par un électro-aimant !

Quand même.

Nous avons parlé aussi de l’amortissement du bras, car j’ai vu un modèle en bois : pas du tout, il s’agit d’un placage ! Pour certains marchés. Il compense donc l’ajout du placage par une viscosité légèrement différente de l’amortissement interne du bras. Quel luxe.

Bon, au moment de demander le prix, on retombe sur terre :

19 000 € celui à aimants simples, à partir de 25 000 € celui à électro-aimants…

  • Des jolies nouveautés ou dérivées chez Acoustic Solid dont une superbe Wood en noir et or, ça aurait pu être de mauvais goût mais c’est magnifique ! Un modèle Vintage de toute beauté, et une proposition rouge Ferrari sur un modèle simple vraiment très convaincant.

Enfin deux  rencontres totalement fortuites nous attendent dans un bâtiment en face où nous étions supposés rencontrer Massimiliano (Grandinote) que nous ne verrons jamais suite à divers malentendus à l’italienne.

Dans un vieux bâtiment qui tranche radicalement avec la modernité du MOC, un garage à l’ancienne spécialiste de l’entretien des Maserati, où s’entasse un capharnaüm d’incongruités (maquettes de locomotives de deux mètres de long, motos customisés, vielle voiture à trois roues et des Maserati), nous suivons le parcours fléché qui mène à une salle où trois canapés gris et défoncés sont alignés l’un derrière l’autre devant un système composé d’une grosse platine vinyle vintage recomposée, en fait une TD124 revue et corrigée (Tonmechanik Berlin), d’un préampli phono plutôt sobre, d’un ampli à tubes avec une triode que je ne connais pas bien, ampli pas très encombrant, un peu profond mais sans plus, une paire d’enceintes qui fait un peu sono et une autre, 3 voies plus convenues mais avec un dessin amusant puisque le fond incliné repose sur un pied incliné. Plusieurs animateurs mais celui qui parle et passe les disques est un bonhomme nonchalant, en bermuda, t-shirt rock&roll et sandales, des mollets comme des bouches d’incendie, une barbichette et un si beau sourire presqu’un peu naïf, qui va nous passer de la R&B bien grasse.

Mais ça marche ! Et même plutôt bien nonobstant les enceintes de sono, on suppose que le reste est pour le moins étonnant.

Petite discussion avec le monsieur très doux, quelques photos, il nous parle de son bébé, le préampli phono, nous explique deux ou trois aspects techniques du machin qui fait un peu bricolo, et quand on demande le prix, il sourit et dit qu’il ne veut pas de distributeur, on lui dit qu’on est revendeurs, en France, il sourit à nouveau et dit :

  • Alors OK, vous savez, je suis un communiste, je ne veux pas de surenchères, je le vends 2600 €…
  • Et l’ampli ? Il m’a l’air redoutable !

Il explique alors qu’il emploie une triode peu connue, qui a le mérite de fonctionner avec une tension raisonnable, donc beaucoup moins dangereux et problématique que des 805 ou 211 tout en ayant un peu de puissance (2 x 20 de mémoire). 4500 € pense-t-il mais il n’est pas sûr, c’est un proto, il doit encore peaufiner des choses…

Sauf que, quand de retour, je cherche son site je tombe sur un fabricant de composants réputés (Rike) que j’avais aussi connu pour avoir présenté un ampli délirant et absolument magnifique à base de T2010 de KR vendu 380 000 € !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Un truc m’échappe.

Nous allons probablement accepter sa proposition de tester ses appareils.

Et puis, sur une mezzanine de grande dimensions, un système nous tourne le dos quand on arrive, deux paires d’enceintes Suesskind dont une, sympa, que j’ai écoutée l’an dernier.

Des fauteuils installés en terrasse comme au cinéma, un bonhomme qui ressemble à un bucheron de deux mètres mais habillé en costard avec des sandales lui aussi !

Qui met dix bonnes minutes à comprendre qu’on ne parle pas suédois, encore cinq qu’on ne parle pas allemand, et trente-cinq à nous décrire son ampli, en s’adressant finalement à moi estimant peut-être que je suis le seul à ne pas être largué.

Le géant s’appelle Frans de Wit.

Ce type est tellement émouvant dans la présentation de son chef-d’œuvre que je pose des questions qui le relancent à chaque fois pour cinq bonnes minutes, l’œuvre d’une vie, sept ans de travail, chaque détail au cordeau, une pensée atypique puisqu’apparemment dès que le signal entre dans l’ampli il est transformé en courant, cet ampli ne fonctionne pas sur un couple tension/courant mais en courant pur. Je ne sais pas bien ce que ça veut dire. Ce machin fait 100 W sous 8 ohms, 200 sous 4, 800 sous 2, l’équation parfaite avec par ailleurs des mesures dignes d’un laboratoire d’étude subatomique.

Il passe enfin à une démo sur des enceintes Suesskind Beo LX que je ne connais pas (pas celles-là je veux dire), une trois voies assez banale qui m’énervera vite par le grave très bass-reflex et dont l’extrême grave arrive en retard, un médium riche mais pas très incarné et l’aigu mal émorfilé, bref trois voies distinctes qui doivent coûter dans les 15 000 €, soit 5 000 par voies, si j’ai bien compris… et comme source/préamp un ordi sur un petit DAC/Préamp Teac !

Bon d’accord, il ne passera que des DSD mais quand même…

Il commence par un disque techno/électro vite répétitif, mais qui me laisse pantois ! Pas la musique, le son !

L’ampli de Frans semble hallucinant, un ciselé de bijoutier, une rapidité de rasoir, une charge de taureau, une ampleur de basilique, et des frémissements d’ailes d’insecte qui sublimera des enceintes dont on sent bien qu’elles sont complètement dépassées.

Ce qui se confirmera sur un deuxième disque de variété, suédoise probablement, toujours aussi inintéressant mais surtout sur 88 Basie Street de Count Basie, quel panache, la transparence sur des enceintes quelconques est absolument saisissante…

Son truc marche et semble même explosif.

Bon, je ne comprends pas bien le prix, je crois entendre 19500 € mais il apparaît à 42 000 € sur le site Suesskind et 28 000 sur le site Mono & Stéréo. Faudrait que je lui écrive, mais tout en sachant que je ne ferai rien de ce machin, même si c’est un chef d’œuvre, le marché français n’est pas friand d’inconnu.

Et puis, comme ça arrive hélas, ne serions-nous pas déçus à l’arrivée ?

Nous aurons aussi une discussion détendue et amicale avec Didier H le patron de Micromega qui nous expliquera son désarroi face aux incohérences de ce métier, mais aussi sa foi en l’avenir, les beaux projets, les étapes, parmi lesquelles un accord imminent avec une marque du Luxe français que je ne cite pas prématurément, pour laquelle sortira une version spéciale du M-One. Bravo, ça c’est du marketing.

Et puis félicitations également pour être représenté en Allemagne par le plus prestigieux des distributeurs, à côté de Dan d’Agostino ou Sonus Faber et autres…

Pour conclure sur cette nouvelle édition, il faudrait distinguer les moments entre amis, les dîners, les fins de soirée, les ballades entre revigorantes (Deutsches Museum, la section de Schleissheim destinée à l’aviation (et un excellent maquereau fumé de 2 kgs dans une gargote au bord de la piste) ou le Königsee dans les Alpes bavaroises) et éprouvantes (Dachau et le Nid d’aigle à Berchtesgaden), qui relativisent l’errance entre excitée et désabusée sur le salon.

 


Münich High-End 2017 chap 1


Que dire de cette édition 2017 de Munich ?

 

Contrairement à l’année dernière où j’avais décidé d’une visite exhaustive (hum, prétentieux, il faudrait 6 jours !) et patiente dans l’idée de comprendre pourquoi la doxa voue un culte à des produits que dans le meilleur des cas je trouve ennuyeux, sans vie et sans engagement, j’avais plutôt envie cette année de consolider des liens, avec l’espoir bien sûr d’être saisi de bonheur en poussant une porte au hasard.

Toutefois étant accompagnés d’un camarade dont c’était la première visite, nous avons quand même pris le temps de tâcheronner.

C’est édifiant de mesurer la déception du petit nouveau à l’arrivée : tant de vaniteuses propositions et si peu de satisfaction ou de rêve. Or, s’il est mélomane, il n’est pas du métier, aussi sa réception est-elle au premier degré.

Pour ne pas perdre du temps à émettre les mêmes réserves que les années précédentes, passons tout de suite aux confirmations ou découvertes.

Peu nombreuses, mais qui comptent.

Dans le désordre :

  • Nous avons commencé par les coréens fous (Silbatone)

Cette année, ils avaient apporté trois systèmes, dont le plus imposant, celui que nous avons écouté, est un équipement de sonorisation de cinéma des années 30 je pense, Western Electric Mirrophonic M2 incluant une partie basse équipée je suppose de 2 x 46 cm dans une amorce de pavillon replié, puis 2 chambres de compression chargées par un pavillon multicellulaire, le système évoque une des futurs versions des fameuses Voix du Théâtre Altec Lansing, et enfin un tweeter de leur cru.

Pas à la hauteur de l’an dernier, mais pourtant, une fois de plus, le maitre-étalon est bien ici. Il faut dire que la base du pavillon de grave surmontée (donc placé haut) d’un large pavillon cellulaire à double moteur faisait que le son nous passait un peu par-dessus la tête, le système étant prévu pour arroser loin dans des salles gigantesques.

Pourtant, cette inhabituelle réalité physique du violon d’Oïstrakh, palpable et matérialisée dans l’air, ces nuances de jeu inouïes accompagnées d’une présence aussi naturelle domine de plusieurs têtes la production mondiale actuelle dans sa quasi-totalité.

Une scène un peu gigantesque et pas très cohérente et des sonorités de fond de cône entachaient la perfection cependant.

  • Aussi, lorsque comme tous les ans nous irons sur le stand voisin, TAD, ce sera pour sourire du contraste…

Je fais remarquer à notre nouveau compagnon de route qu’on pourrait s’arrêter là : il a eu un aperçu de la dérive baroque de la hifi.

Une chianteuse de jazz (pour reprendre l’expression de notre ami Candide) tombée d’un arbre en Californie, balbutie son absence de phrasé mortuaire, ennui et vacuités confirmées par une abomination a-musicale qui au bout d’un moment de concentration (bon sang, je connais ce chanteur) apparait être Johnny Pas Très Cash sur son dernier album de reprise produit par Nick Rubin. L’œuvre d’un déchirement profond devient ici une déclamation d’outre-tombe. Ou comment passer à côté d’un chef-d’œuvre.

Evidemment, ce n’est pas nul, mais le contraste avec les coréens est cruel.

J’entends déjà les clameurs outrées des zélateurs sans doute nombreux qui s’opposeront en faux et rugiront que bien au contraire il s’agit là de la meilleure écoute du salon.

Tant pis.

Satisfaction au passage : nos amis d’Absolue Créations qui câblent cette salle depuis des années ont enfin droit à une reconnaissance officielle de la part du grand patron et les nouveaux kakemonos trônent à côté de ceux de la marque prestigieuse.

 

  • Salle Cessaro pas très loin, un bel ensemble à pavillons verts dans une noble pensée écologique (Gamma II ?), platine vinyle TW Raven Anniversary, je crois. Rien que pour les transducteurs on doit bien flirter avec les 300 000 €.

Belle démo. Pas à la hauteur des Coréens de Silbatone, soit, des cuivres un peu projetés et sifflants (faut dire qu’enchaîner deux disques de jazz bands des années cinquante, ça n’aide pas) et un swing en retrait mais c’est quand même une présentation de qualité, avec toujours cette même impression chez Cessaro que la mise en œuvre n’est pas achevée. Sans compter que sur des systèmes aussi pointus, on peut comprendre qu’il faut du temps pour que l’ensemble s’installe.

  • Dans un autre stand prestigieux que je ne citerai pas, je n’ai carrément pas reconnu Diana Krall, ou crawle, ou sombre, je ne sais plus, et, en dépit des affirmations de mes camarades, je ne suis toujours pas sûr.

Je ne désignerai pas la marque, par élégance, mais aussi parce que l’histoire se reproduira ailleurs, avec d’autres marques aussi glorieuses, où il me faudra plusieurs minutes pour reconnaître David Sylvian, un autre où j’hésiterai sur Elvis Presley (si si !!!! Le timbre était méconnaissable et le swing celui d’un poteau) ou encore un gigantesque Bireli Lagrene avec Ouitare qui me fera éclater de rire.

Ah oui, j’ai failli oublier : dans la salle d’une des marques les plus en vogue du moment, qui commence par M et finit par Ohhhh, un haut-parleur de l’enceinte gauche avait clairement pris un coup de chaud et talonnait, mais lorsque diverses personnes en ont fait la remarque à l’animateur, celui-ci s’est contenté de hausser les épaules en disant « mais non… ». Nos félicitations…                                                                                        

  • Belle présentation de Neodio, stand minimaliste (dans un des audis

préfabriqués pour ceux qui n’ont pas le privilège des salles surplombant les Atriums, difficiles à obtenir, et ce n’est pas une question d’argent semble-t-il) où l’œil est concentré sur l’essentiel, le lecteur CD Origine et l’intégré Origine.

Toutefois, la démo sur les enceintes Venture (70 000 € tout de même) me laisse un peu sur ma faim, quand bien même on devine le potentiel colossal des électroniques nationales.

C’est bien gentil les Venture mais, si elles s’affirment par une sorte de transparence homogène assez poussée, on n’en a pas moins affaire à une restitution hifi, sans âme, subissant même la redondance un peu ventrue d’un banal bass-reflex. Pas mauvais mais pas génial. Et sans âme. Donc si : mauvais.

  • Pour continuer chez les Français, présentation d’une énorme composition Metronome Technologie avec des enceintes que je ne connais pas.

Semblerait qu’elles soient de chez eux.

Bof…

  • Aries Cerat nous présentait un ensemble plutôt magique.

Même si j’ai du mal à m’y retrouver avec le nom de ces boîtes énormes, empilées façon exposition universelle de 1900 dans un tout petit module préfabriqué, où une des trois chaises est inutilisable tant la pièce est minuscule, surtout face à des enceintes trois voies à pavillons, certes de dimensions encore domestiques, magnifiquement fabriquées.

Belle écoute toutefois à condition de faire fi des contraintes, on devinait la délicatesse coutumière, le sens du phrasé, l’élégance de la proposition, sans doute un rien trop ample, opulente, mais si poétique à l’arrivée, une sensualité qui est vraiment une denrée rare sur le salon.

  • Présentation dans un même minuscule bocal d’une platine vinyle et d’une paire d’enceintes First Voice.

C’est français, c’est très bien fabriqué, c’est relié à un ensemble YBA par des câbles Absolue Creations.

Les enceintes ont fait l’objet d’un banc d’essai enthousiaste dans Haute-Fidélité. Chacune est composée de deux blocs (grave/médium d’un côté, tweeter de l’autre) posés sur des barres reliées à une structure mécanique lourde et complexe référencée au sol, le tout pesant une tonne.

La charge principale est un bass-reflex d’une quinzaine de litres (moins ?) autour d’un HP Atohm.

La grosse platine vinyle (cependant pas la plus volumineuse du marché et de loin) est travaillée autour de la même idée, là encore une magnifique construction et contrairement aux enceintes, la silhouette passe bien car la vision d’un lourd assemblage mécanique est dans les codes esthétiques de la profession.

Il se passe quelque chose, incontestablement, une sorte de transparence, de luminosité et de rapidité entachées toutefois d’une sensation d’artifice sur les notes élevées, possiblement due à la trop grande proximité  de la zone d’écoute, l’aigu étant distendu entre les deux HP.

C’est certes vif et lumineux, doté d’une résolution fine mais ni très rythmé, ni très organique, ni très éloquent, je m’ennuie vite à cette résolution photographique figée. Intéressant néanmoins.

La platine a du sens sans aucun doute. Pas envie de savoir le prix

  • Toujours dans une petite structure mobile, écoute d’un ensemble Charlin sur des Triangle, pas très équilibrée.

La mise en œuvre n’est pas à la hauteur, dommage car on a l’impression que les électroniques enferment un beau potentiel.

  • Dans un autre auditorium préfabriqué mais de dimensions plus grandes, un système YBA Genesis je crois (je ne suis pas spécialiste) et une paire d’enceintes Mulidine Cadence, nous est présenté par Yves-Bernard en personne qui fait une démonstration très convaincante, s’adressant aux visiteurs dans des langues très variées avec une belle aisance.

C’est typique de ces démos « modestes » - face aux monstres que nous avons écoutés ou allons écouter dans les étages supérieurs - qui offrent enfin des qualités émérites côté ressenti musical ou sensible.

Nous regrettons d’autant plus l’humilité de Mulidine en constatant l’intérêt porté par des visiteurs de tous les continents.

  • Sur le stand du distributeur allemand d’Atoll, par exemple, et sur des enceintes qui ne nous font pas rêver, il y a aura de beaux moments d’expressivité à condition d’oublier le grave un peu lourd des enceintes.

Comme quoi, une écoute de proximité dans un cadre intime, c’est bien aussi.

  • Jo Sound Horus, présentée avec un ampli français tout nouveau au nom alambiqué et assez difficilement mémorisable.

Toujours pas mal au milieu du marasme générale. Une proposition faite de joliesse et de finesse, mais jamais franchement enthousiasmante non plus. Belle définition générale, une forme de loquacité, mais où est le cœur, le noyau de la musique ?

Et puis cette évidence qu’on écoute un large-bande avec encore quelques coquetteries tonales des larges-bandes qui ici, contrairement à nos AVA ppfff de référence, ne sont pas totalement maîtrisées. C’est bien gentil de rire des Voxativ, mais côté richesse harmonique, il les enfonce presque tous.

  • Rapide passage qui fait rire ou qui déprime, c’est selon (la déprime sera pour notre ami Candide qui comprend ce que nous lui expliquons depuis que nous nous connaissons, à savoir le degré variable de médiocrité des marques légendaires qui font rêver sur le papier, la débauche de luxe inutile) dans les salles des grands parmi lesquels une présentation dont beaucoup diront le plus grand bien : Nagra sur des grandes Wilson Audio où certes il y a du timbre, une vraie beauté, une aristocratie indéniable, mais humainement rien, pas d’ardeur, pas d’implication, un aquarium trop éclairé.

Pas la pire du salon et de loin bien sûr, mais je suis sûr qu’on peut faire mieux avec ces enceintes.

  • Toujours une proposition imprégnée de classe chez Kondo et Kayser Kawero, servie par des oeuvres magnifiques (Milstein et Abbado sur la merveilleuse platine Kondo) mais pas totalement aboutie, des enceintes un rien trop lisses pour la richesse inouie des électroniques Kondo
  • Idem chez MBL, le gros système qui doit avoir pas loin de 15 ans, toujours impressionnant, une proposition vraiment intéressante. C'est moins vrai pour le petit système
  • Toujours une interrogation chez Audiodata. Ce n'est pas vraiment ça, mais... Il se passe quelque chose...
  • Migraine promise chez Avantgarde qui présente un système Trio avec 3 Basshorn réglés trop fort, et bastonne The Wall à des niveaux de pilonnage.

Sensation étrange toutefois que les attaques sont molles, probablement due aux électroniques.

Vient alors s’installer à son « set » de pads électroniques disposé devant les Trio un batteur de musique électro (israélien nous précise-t-il, qu’est-ce que ça peut nous faire ?)  qui pose le double problème qu’il est mauvais et qu’en outre on se demande ce que ça veut démontrer, si ce n’est renvoyer les AG vers la sono.

La qualité de fabrication cependant a encore grimpé d’un cran.

  • Déception chez Living Voice, qui présentait cette année la Palladian / Vox Basso, décidément pas au niveau de la Vox Olympian, normal me direz-vous, mais tout simplement pas au niveau….
  • Voxativ : rien à faire, on a beau être en colère contre eux, on a beau savoir qu’ils trichent la présentation dans le grave, on a beau dire que les prix des transducteurs frôlent le gag (les Haut-Parleurs installés dans l’enceinte en démo sont proposées à 49 890 € la paire, si ce sont bien les AC Xhb !), il se passe quelque chose d’absolument magique, d’une finesse incomparable, fragile, sensible, dans une large partie du haut du spectre qui nous arrache une larme. Enfin.
  • Autre déception : Stein Music,

Certes, Holger a pris le pari et le risque d’un gros stand tout seul, de se lancer à la conquête des marchés qui font rêver ; j’entends bien ces arguments ; et alors ?

Créativement, il est allé vers une facilité qui me met mal à l’aise en travaillant sur de l’empilage de HP, certes en y ajoutant ses petites recettes personnelles.

Le résultat est à la rigueur impressionnant mais pas en place, loin du naturel que les accessoires qui font sa force, sa vitrine et sa réputation savent si bien contribuer à obtenir. Pour autant que je puisse en juger car là encore le niveau sonore est proprement insupportable et le résultat est une vision grossissante de la musique comme dans un de ses miroirs déformants de foire.

A l’arrivée les enceintes ne sont pas très jolies (sauf la compacte qui peut devenir une colonne) et on sent la facilité de surfer sur une mode qui va vite laser : les pavillons circulaires (Cessaro, A Capella, Avantgarde, Wolf von Langa, Tune Audio et j’en oublie).

Mais lui le fait sans grand panache : ses enceintes sont une accumulation de HP (19 dans le plus gros modèle (par côté) sans compter les caissons de grave où il y en a probablement encore au moins 12) montés sur des baffles plans avec flancs latéraux en triangle encore armés de HP dont certains (et alors là je tombe des nues) n’ont pas moteur. Me demande bien l’intérêt. Mais je suppose qu’il y a une bonne raison.

Notre collègue parisien voudra écouter la petite à 5 000 €. Pour essayer de la sauver, je dirai que le produit est moins absurde et caricatural, plus cohérent et que le grave boursouflé et l’équilibre loudness tiennent aux deux cents HP qui ornent la gamme d’enceintes dans la pièce venant bouffer de l’info sur la petite. Elle semble plus cohérente que le totem phallique haut-de-gamme.

Allez, par besoin d’équité, la présentation Stein Music est évidemment loin d’être la plus honteuse du salon, il y a une présence physique et des dimensions de cathédrale qui laissent loin derrière les prétentions de la plupart des idoles de la profession, et somme toute un concert de rap aura toujours plus d’audience que le Philharmonique de Berlin, mais sans doute exige-t-on plus d’hommes tels que Holger qui par ailleurs contribuent à rendre cette profession digne et respectable.

Un faux pas. De géant.


Münich High-End 2016 chap 1


 

High End Munich 2016 – 1er chapitre

 

Un grand cru ?

Depuis quelques années que je (nous) suis (sommes) fidèle(s) au salon High End de Munich (j’hésite entre « je » et « nous » parce que je suis toujours accompagné d’une bande d’amis), je n’éprouve pas le besoin de faire un CR au retour car je n’ai pas grand-chose à ajouter depuis mon compte rendu de 2013.

On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi y retourner obstinément tous les ans si j’estime que les révélations sont rares.

C’est vrai mais le High End est une fête, un spectacle lumineux où on constate le plus souvent un enthousiasme rassurant, où les gens, animateurs, public, sont plutôt souriants, joyeux pour certains, où on retrouve des fournisseurs lointains qu’on ne voit guère que là, où on se remet les idées en place, diversement, où on sourit devant la débauche d’imagination qui ressemble parfois au concours Lépine, où on frémit, de gourmandise, d’écœurement, de bonheur enfantin devant l’exhibition de richesse selon que c’est justifié ou honteux, esthétiquement réussi (rarement) ou abominablement laid (fréquemment), autrement dit, une parenthèse dans la fréquente grisaille du marché français. Et puis la Bavière est un beau pays qui propose un dépaysement bien agréable, architectural, artistique, culinaire et autre…

Si j’ai décidé cette année de refaire un compte-rendu, c’est parce que 2016 a été un grand cru.

D’abord, le beau temps : un ciel immaculé et une température bienfaisante qui ont permis quelques soirées prolongées avec les amis et une belle ballade le samedi après-midi.

L’amitié donc, les complices qui m’accompagnaient évidemment, mais nos partenaires habituels (Atoll, Absolue Créations, Mulidine, JFF, Tune Audio etc…) et quelques rencontres bien sympathiques…

Ensuite un excellent déroulement de notre visite méticuleuse des innombrables stands Atrium 3 & 4 et étages nous permettant d’écouter quasi-exhaustivement, à l’exception peut-être de quelques stands dans les grands halls du RdC.

J’étais très concentré car à défaut d’attendre des miracles, je voulais m’efforcer de comprendre pourquoi tant de marques et systèmes qui ne me m’enchantent pas voire me débectent peuvent être des référents de convoitise ou d’engouement pour un vaste public, et étais même animé par l’espoir chevillé au corps de changer d’avis, me conformer à l’avis de la majorité.

Et alors ? Et alors ?????

Alors non, décidément : les oscarisés de la Grande Hifi Internationale continuent de caracoler dans leurs cuirasses d’aluminium mastoc et de laques inexpugnables bien trop loin de la musique, faisant fi, éventuellement par ignorance, de l’expressivité ou la sensibilité, de la vie tout simplement, se satisfaisant avec fierté, arrogance ou indifférence d’une affirmation  ronflante (fracassante aussi) qui se veut musclée tel un culturiste gavé de stéroïdes qui confondrait son hypertrophie avec le punch et la fulgurance du swing d’un grand boxeur.
A l’arrivée donc, plus de pression retentissante que de vitalité dans tout ça, et c’est bien triste, de l’énergie oui, mais de l’énergie indolente, ça pousse oui, mais ça pousse mou.

Sans parler de la manie du duplicata : on a par exemple écouté attentivement des dizaines de gros machins au look de photocopieurs ou scanners qui se ressemblent tous (Constellation, Vitus, Soulution, Emmlabs, etc…) et, s’ils sont magnifiquement construits, parfaitement pensés, agencés, semblent se satisfaire d’une idéalisation du son plutôt que de s’engager dans la voie plus complexe et audacieuse de la verve chantante.

Au moins, les amplis de Dan D’Agostino ont de l’allure, les Metaxas sont drôles et du côté des amplis à tubes il y a un peu plus d’imagination esthétique.

Le degré moyen des finitions, on le sait, est remarquable et c’est de ce point de vue une réelle compétition qui crée une confusion fréquente dans l’esprit du consommateur entre la plastique des objets et leur irréprochable qualité de fabrication. Ainsi, quand on entend « beau », faut-il comprendre « très bien réalisé » !

Parce que sinon, honnêtement, la présentation de nombreux objets relève quand même d’un déballage de goût douteux.

Alors voilà, on s’étonne - sans en être blasés pour autant - de déambuler dans un défilé d’ennui, un désert émotionnel commun à la quasi-totalité des stands prestigieux que rien d’autre que les dessins plus ou moins biscornus des enceintes ne permet de distinguer. Les idoles, Magico, Martin Logan (la tête dans une guitare monumentale, le plus gros modèle fabriquée par « Les Paul » si c’en est une ce machin méconnaissable de huit mètres aux couleurs de forge sur un blues théoriquement délicat), Vivid, Zellaton, Raidho, Backes & Müller, Marten, Verity, Tidal, Gauder, Albedo et autres, révèlent peu ou pas de sens du rythme et encore moins de swing, des timbres de beaux à discutables mais rarement justes ou homogènes, un grave parfois spectaculaire, parfois mou et quelquefois seulement, presque par hasard, à sa place…

Kharma par exemple. On s’installe dans le confortable canapé alors que tourne un morceau de percussions évidemment très léché ; au début on se dit que ce n’est pas si mal, notamment sur les percussions aigues qui filent joliment. Bon à condition de négliger la facture, mais dans les étages des Hall 3 & 4, on multiplie les zéro partout de toute façon.
Puis vient un disque plus complexe et soudain l’illusion s’écroule, grave redondant et sans punch, pas de vraie attaque sur la quasi-totalité du spectre. Bien sûr ce n’est pas horrible, mais sans plus.

C’est d’ailleurs un constat récurent, cette confusion entre puissance développée et tranchant d’un attaque, car dans la grande majorité des cas, il n’y a pas d’attaque, pas de rapidité, pas de tension, pas de nervosité. Du panache, de l’affirmation, oui, mais pas de réactivité ni sur les petits signaux, ni sur les transitoires.
Reste indéniablement aux Kharma un sens du détail inouï dans l’expression du bon goût et du raffinement esthétique.


Une collection de Wilson Audio, les mêmes (des Sasha  ou des Alexia ?), de la même couleur, sur une profusion de stands, nous a permis d’entendre des différences d’approches probables mais à l’arrivée aucune qui se distingue par un engagement musical évident. La présentation la moins cocasse étant probablement celle de Nagra.


Quelques petits instants d’exception évidemment, même chez les idoles, Rockport notamment qui cette année s’en sort bien mais je ne sais plus avec quelles électroniques et quelques pièces où, à défaut d’aimer on comprend pourquoi ça peut plaire à condition de privilégier les sensations au dépend de la musique et le plus souvent d’écouter à des niveaux de matraquage de foire.

Hum, je dois avouer que les exemples  ne me viennent pas à l’esprit parce que ça ne nous a pas marqué pour autant.

Hmmm, ah oui : les amplis Engström & Engstöm sur des ? Marten ? Sais plus, elles se ressemblent toutes.

Comme quoi ça sert de prendre des photos en oubliant de noter les marques.

 


Münich High-End 2016 chap 2


 

High End Munich 2016 – 2éme chapitre


Et puis au milieu de cette débauche de vacuité bruyante, quelques petites surprises ou confirmations qui font du bien.

Prenons par exemple le gros système MBL. Le gros, hein, qu’on soit bien d’accord.

Eh bien d’année en année, on y trouve du plaisir. Et sur des musiques enfin diversifiées. Dans le genre plus gros que nature, soit, mais au moins c’est vivant, les timbres reconnaissables, les matières bien pleines, la densité plausible dans son excès bien maitrisé, le grave tenu et puissant, artificiel mais au moins tendu.
Indubitablement c’est du grand spectacle et l’acquisition qui plus est quasi-inaccessible mais compte tenu de toutes les onéreuses horreurs qu’on subit depuis des heures, on en vient à trouver que le système MBL est presque raisonnable financièrement. D’autant à bien y réfléchir que c’est un ensemble présenté à la virgule près depuis combien maintenant, plus de dix ans ? Preuve que la qualité ne se démode pas. Pas mal, vraiment, même si on rêve d’écouter des musiques un peu plus intimistes ou exigeantes pour valider l’impression favorable, mais bon…

L’écoute chez Avant Garde était moins caricaturale que d’habitude, plus mesurée et proposait une idée de sono vraiment réussie. Ne le prenez pas mal, c’est un compliment.

Ecoute honnête sur un gros modèle Harbeth, dans des codes raisonnables entre élégance et précision, une bonne idée du monitoring.


Il y a aussi les stands où on rigole, par exemple la bonne humeur chez les teutons de Blumenhofer qui plaisantaient autour de la subtilité d’un disque de Rammstein et d’une demande en mariage très romantique… Avec un résultat, dans la catégorie sono de luxe vraiment cohérent, ça pousse et ça racle à souhait, pas mal.
Amateurs de flûte à bec, oubliez…

Ou chez Thöress où le présentateur très détendu offrait une belle démo avec un humour sympathique qui plus est avec un résultat musical très honorable hormis l’abomination esthétique des enceintes, très DIY années 80 de la Maison de l’Audiophile.

Un stand regroupant Audes je crois et une nouvelle marque russe du nom de G9 où une fort jolie femme aux traits eurasiens volontaires nous a quasiment contraints à nous rendre sur un ton et un sourire menaçants qui ne supposaient pas de refus et laissaient entrevoir un Tokarev dissimulé dans une poche. Au moment d’écrire, je viens de jeter un coup d’œil paranoïaque par-dessus mon épaule, non elle n’est pas là, mais je préfère dire que c’était très bien ! Blague à part, c’était plutôt du bon côté de la frontière, représentation de ce que devrait être le minimum qualitatif acceptable.

Ou sur un stand atypique qui présentait essentiellement du 5.0, Deodio je crois, ce n’est pas exactement ma tasse de thé, mais au moins il y a un franc parti-pris, une option fondée sur la volonté d’un beau spectacle panoramique, des timbres très élégants, une ampleur magnifique, de l’air et un sens du swing remarquable, le tout commenté par un animateur très drôle (le concepteur), qui accompagnait les disques en chantant, avec talent qui plus est.
Pas bien compris la finalité de l’ensemble, mais au moins on a passé un bon moment.


Allez, parlons plutôt de ce qui nous a plu mais un peu laissé sur notre faim.

Living Voice, avec la nouvelle Elysian, version allégée de la colossale Vox Olympian. Bien évidemment ça fonctionne, c’est beau et impressionnant, on sent derrière l’énergie une sensualité indéniable et surtout je suis épaté de la qualité de mise en phase, quelle profondeur de scène alors que j’ai la tête à deux mètre de l’enceinte, mais je ne retrouve pas le plaisir sans faille des grandes sœurs, et qui plus est je suis déçu par la simplification (certes obligée) de la qualité des finitions qui font de l’Olympia Vox un référent absolu.
Une des meilleures écoutes du salon cependant.

Voxativ, sur le modèle π et son caisson (9,87 System), où on se réjouit des très belles qualités d’ouverture et de délicatesse rare d’une large portion du haut du spectre mais envasée par un registre grave/bas-médium assez quelconque ; et toujours le doute chez Voxativ quant au transducteur utilisé en interne.

Neodio Origine et les Pascal Louvet.  Il y a quelque chose dans la mise en œuvre qui empêche de profiter des qualités d’élégance, de naturel et de sérénité que l’on entend bien évidemment mais entachées de gênes acoustiques qui pourraient perturber les néophytes.  Pour autant, on devine que les Neodio Origine font partie des rares électroniques tout transistors qui font vraiment le trou en terme de pertinence lyrique pure. Et puis le look, le logo se distinguent vraiment. Bravo pour ces petits détails si rares chez les petits fabricants français.

Boenicke, où les enceintes et un nouvel ampli sont si jolis mais la cohérence musicale en retrait par rapport à ce que nous avions aimés. Dommage.

Une marque d’électroniques polonaise nous a paru très attirante mais la présentation sur des enceintes alambiquées ne lui rendait probablement pas pleinement justice : Lampizator.  D’emblée, le nom fait envie, n’est-ce pas ? J’espère qu’ils ont payé très cher un cabinet conseil pour une trouvaille aussi délicieuse.
Les assemblages et finitions s’avèrent plus aboutis que les photos ne le laissent deviner et à défaut d’être beaux les appareils rassurent.
Drivant des enceintes avec des dizaines de HP grave (8 en vérité : EmmeSpeakers Galileo) on devine une énergie contenue et une fluidité, du DAC entre autres, qui donnent envie de creuser la découverte. D’autant que, parfaitement nigaud, puisque je voyais un vinyle tourner sur une belle platine Kronos, bras posé, j’ai cru à la découverte du premier morceau (Dire Strait) qu’on écoutait du vinyle et n’ai compris qu’au deuxième qu’il s’agissait d’une playlist en démat.

Helixir qui, semble-t-il ont eu peu de temps pour se préparer et ont apporté des enceintes pas vraiment finies, variations autour de Martin Logan. Qui sonnent comme des Martin Logan, en un peu mieux notamment un registre grave plus tendu. Derrière les particularités des ML et nonobstant le discours de présentation pseudo scientifique et nettement dérangeant, on subodore que les électroniques sont qualitatives. Mais quand même, il m’a un peu énervé avec ces histoires de mesures par IRM des réactions comparées du cerveau lors d’écoutes vinyle et numérique. L’impression d’être un peu pris pour un crétin. Cet élixir-là rappelle les docteurs itinérants dans Lucky Luke.
Et puis c’est pas le moment de me parler d’IRM…

Atohm : présentation explosive, efficace et spectaculaire comme d'habitude, un peu fort à mon goût pour ressentir les qualités de finesse qu'on connaît à ces objets. Il faut dire que les GT3 accompagnées de 6 caissons GT-SW2 formant deux tours élégantes à côté des grandes colonnes, ça permet une pression sonore impressionnante et sans la moindre distorsion, bien servie par des électroniques de la série 400 Atoll. Mais quand même, il faut la santé.

Josound et ses Horus en bambou, comme chez Voxativ une aération notable, beaucoup de vie et luminosité, un bas du spectre pas vraiment en place, pas très lisible mais il faut dire que nous subissions les bombardements sonores du voisin qui jouait probablement un film de guerre, et un méchant qui plus est ! Plaisir et évaluation gâchés donc.

Swissonor. On passe généralement un bon moment sur le stand qui réunit les créations ou mises à jour des suisses et les présentations d’un système nettement plus pointu technologiquement à savoir celui qui accompagne les nouvelles Leedh (membranes en verre ou un truc du genre).

Côté Swissonor, c’est très beau, une vitalité engageante sur des disques toujours datés qui font d’ailleurs craindre que cette reproduction joyeuse mais colorée ne soit plus du tout à son aise sur de l’Indus ou du rock, n’empêche, on déguste une bonne rasade de musique à l’ancienne.
Nous demandons à écouter le système Leedh, le charmant suisse s’y évertue et nous propose un trio de jazz autour d’un pianiste inintéressant à souhait qui massacre son piano sur une variation de… My funny Valentine ? J’ai oublié… Faut dire que l'insulte à la musique sacrifie l'original à l'autel du mauvais goût !

Gilles arrive alors et vient tourner le bouton de 3 tours nous propulsant aussitôt d’un niveau trop fort à un niveau insupportablement fort, nous balançant la tête dans le piano déjà pas très beau (pas à cause du système mais bel et bien du pianiste, mais quel intérêt de passer une buse pareille ?), rendant toute évaluation impossible. Dommage. Je ne sais pas comment ceux qui découvrent le système dans ces conditions le ressentent.
Je suis d’autant plus agacé que je n’ai pas vu les délicieux petits chocolats de l’an dernier.

Lab12, marque grecque (décidément), jolis petits produits bien présentés, avec des propositions de couleurs attrayantes,  une gamme débutante et aux prix contenus. La déception tient au fait qu’on n’a pas pu écouter dans de bonnes conditions. A creuser donc.

 


Münich High-End 2016 chap 3


 

High End Munich 2016 – 3éme chapitre


Ah oui, sans lien aucun, je songe à un autre constat : l’écrasante majorité de présentations en vinyle, le sujet prêtant à des créations délirantes, une démesure technologique pas toujours utile quand on voit ce que les coréens fous de Silbatone dont je parlerai ci-dessous (chapitre 4) obtiennent d’une platine très dépouillée. Et les bras aussi, on a dû en voir plus de 500 !

A propos de vinyle : très beau et très grand stand Acoustic Solid où l’accueil est toujours aussi gentil.

 


Münich High-End 2016 chap 4


 

High End Munich 2016 – 4ème chapitre


Et puis les grands moments, quand même, il est temps non ? Voire trop tard, vous n’avez pas tenu jusque-là :

Commençons par les habituels coréens fous de GIP/Silbatone qui exhibent tous les ans un gros système ancien ou reconstitué, en l’occurrence cette année un échafaudage revival à base de pavillons Western Electric de 1924 (des porte-voix destinés à des mâts de foire) et un multicellulaire de1930, deux pavillons de bas médium et un médium plus un tweeter par voie, équipés de moteurs GIP Replica que complète une armoire de basse de… 8m² ?

Quelle merveille… Du bonheur, du frisson à l’état pur, la preuve que nous avons raison dans notre quête, la preuve que la majorité a tort, définitivement.
Il est en effet très difficile de continuer la visite après ce déluge émotionnel, même sur du Stevie Ray Vaughan, celui qu’on écoute partout sans passion mais qui ici en devient méconnaissable de sensibilité, de délicatesse du toucher, de précision de frappe de la caisse claire et de souplesse rarement audible de la ligne de basse.
Evidemment, le choc continue sur du Brahms par Heifetz, du Led Zep, etc…
Car en plus ils se font plaisir en nous offrant des ballades oscillant entre les Rolling Stone et la Callas et nous épargnent les miaulements de chanteuses de jazz interchangeables qui phrasent toutes de la même lassante façon et ne représentent pas le moindre risque pour les démos.

Une si pure plausibilité des dimensions, des timbres, du cœur humain de la musique, de la réceptivité, une telle justesse des vibrations subliminales renvoient l’intégralité des 2000 stands à une humilité qui fait cruellement défaut.

L’an dernier, un système de 1936 nous avait émus aux larmes mais en acceptant quelques colorations, alors que cette année tout était en place, sculptant l’espace, posant un relief concret où la minutie des timbres peaufine le réalisme, épaulé par un soutien de grave idéal entièrement à contrario du dégueulis moyen des prétentieux acteurs la Groβe Hifi.

TAD, juste à côté de ce spectacle vivant, souffre férocement de la proximité, alors que dans l’absolu, ce n’était pas la plus mauvaise écoute du salon bien sûr. Sur une chanteuse de jazz interchangeable.

Parlons donc des acteurs qui arrivent à peu près à suivre cette démonstration de crédibilité ou vérité pure.

Cessaro avec un système encore plus dingue en encombrement que celui des coréens, pas aussi cohérent, pas aussi subtil, un peu excessif, un peu plus sono, ne serait-ce que par le surdimensionnement systématique des musiciens, mais se situe quand même sur la bonne voie, certes à coup de nombreux zéro puisqu’on doit environner le million quand même.

A ce propos (ceci est le début d’une parenthèse), ça ne me choque pas qu’il existe des combinaisons à ce prix, assez nombreuses sur ce salon des superlatifs : je n’ai pas les moyens d’acquérir une Ferrari mais suis heureux que de telles autos existent. Une Ferrari en revanche propose des performances technologique, esthétique (pas toujours),  sportive et sensitive indéniables là où la hifi très haut-de-gamme procède trop souvent du foutage de gueule, l’accumulation de moyens et de HP ou de muscles ne compensant pas la médiocrité créative et l’absence d’humanité, de chair et de sang, de naturel.

Fin de la parenthèse.

Tune Audio évidemment est de plain-pied dans cette veine offrant cette année une présentation spectaculaire (un peu trop à mon goût, mais ça sait le faire) de l’Anima soutenue par deux caissons discrets (enfin, question de proportions globales…), le tout drivé par des électroniques visiblement phénoménales, d’origine serbe : Trafomatic. Le créateur, grand spécialiste des transformateurs, aurait fait un beau couple avec la russe du KG9B : il fait un peu peur quand même. Mais après une ou deux bières (le soir) on comprend qu’il est adorable et humble. Comme nous.

Comment non ?


Démonstration architectonique : écouter « Papa was a rolling stone » dans ces conditions tient de la redécouverte totale. L’énergie sur « Whole lotta love » de Led Zep, ou sur le Carmen revu par Shchedrin est un grand moment même si guère reproductible chez soi vue la structuration physique déployée un peu au détriment de la délicatesse dont on sait ces enceintes capables là encore au bénéfice du stand coréen.

Toutefois, compte tenu du niveau sonore très élevé qu’on nous assène sur de nombreux stands pour compenser l’absence d’expressivité par une sensation ventrale, on constate chez Tune Audio l’impact du réel, l’attaque pure qui chez les autres est une énergie molle comme je le disais plus haut, ou parfois aussi une attaque un peu décorrélée du sustain, chez Cessaro ou Avant-garde notamment, ce qui explique cette sensation qu’on a affaire à de la très belle sono. Chez Tune Audio, la musique prime la sensation.

Je reste quand même plus ému par ce que nous avions écouté la première fois via les électroniques Aries Cerat, plus charnelles, sensuelles.

Martion ensuite, que l’on a pu écouter dans l’usine en face du MOC.

Pas inintéressante du tout cette présentation dans un décor d’usine, des enceintes d’encoignure un peu trop éloignées entre elles et hélas alimentées par une électroniques de sonorisation, mais quand même une grande richesse sur une partie du spectre très large, une cohérence indéniable accompagnée de cette incarnation propre aux pavillons mais sans le surdimensionnement des musiciens si souvent corolaire des systèmes à haut-rendement. Pas mal du tout.

 


Münich High-End 2016 chap 5


 

High End Munich 2016 – 5éme chapitre

 

En un peu plus modeste, évidemment moins impactant mais à peine et nettement plus logeable, il y avait la nouvelle proposition SoundKaos, appelée «  Libération » très réussie en dépit d’électroniques numériques probablement pas à la hauteur.
Enceinte bipolaire (aucun rapport avec la déviance psychologique) équipée de 5 HP, haut rendement encore, le résultat ouvert, respirant, sensible, est vraiment réussi, l’objet affirme un vrai parti pris esthétique entre ses formes de robot de Star Wars mais en bois noble et les grilles gravées de couleur cuivre, ça ne passera pas partout mais c’est affirmé !

Dans la catégorie modeste mais jolie, il y a deux enceintes qui accueillent le même HP remarquable, d’un côté (usine face au MOC) les Suesskind et de l’autre en statique les très jolies Seidenton STB. L’écoute des premières révèlent les limites du genre à savoir un large-bande haut rendement utilisé en bass-reflex pas vraiment adapté à ce type de HP.

Et puis il y a cette année encore Wolf Von Langa.

Nous avions découvert l’an dernier le très joli modèle « Son » sur un stand Air Tight et avions été touchés par la maestria de ces enceintes compactes, d’une esthétique très réussie de meuble nordique des années 80 ou encore des sixties, un objet carré blanc surmonté d’une plaque en acrylique  entourant  un tweeter AMT. Le transducteur principal est un 26 cm à excitation (quand même !), épaulé par un passif à l’arrière.

Cette année, « Son » était présentée sur le stand Wolf Von Langa qui l’an dernier proposait un modèle haut de gamme "Swing" très spectaculaire et plutôt beau dans des dimensions quand même peu banales (100 l x 120 h x 60 p).

« Son », certes confiée à des électroniques apparemment sophistiquées issues du catalogue VinylSavor, démontrait des qualités de tonicité, saveurs harmoniques, disponibilité et verve rarement aussi flagrantes dans un système si compact, à tel point que pour une fois je me suis interrogé sur ce que donnerait une confrontation face à mes enceintes préférées dans le magasin, à savoir les ADA ppfff.

Une écoute très attentive de nombreux disques (dont un très intéressant Francesco Tristano) m’a donné la réponse : « Son » est possiblement un peu plus transparente et un peu plus ouverte harmoniquement, mais ADA propose une charpente plus organique, plus dense et détourant la matière des timbres, procurant au final une capacité d’expression sans doute un peu plus engagée.
Je n’aurais donc guère d’hésitation à présenter les deux. Mais est-ce raisonnable de se diriger une fois de plus vers une marque inconnue quand on connaît la frilosité de nos compatriotes face à l’engagement ?

Je réfléchis sérieusement à acquérir « Son », mais j’ai conscience que ce serait ajouter un objet peu connu et dans une voie que la hifi traditionnelle et donc les clients inquiets et férus de modes technologiques boudent par peur de leurs émotions.

Voilà, fin de la ballade dans les couloirs innombrables de cette magnifique messe.

J’en ai peut-être oublié, surement même, mais il était temps pour nous d’aller nous promener un peu, profiter de la belle Munich, les uns dans l’Alte Pincothek, les autres (dont moi) sur les traces de souvenirs tendres dans le parc anarchique du Nymphenburg Schloss avant de rejoindre les amis le soir sous la Chinesischer Turm dans le Jardin anglais, véritable poumon de Munich. Poumon parfumé de houblon vu les 7000 places du Biergarten…

 


Münich 2013 part 1


C’est curieux comme à chaque retour de ce monumental salon, on se sent paradoxalement nostalgique et dépité.


Dépité parce que cette exhibition de muscles sans tête est assez éprouvante pour notre amour de la musique…


… Et nostalgique parce que c’est quand même une belle fête, plus heureuse cette année que l’an passé soit dit en passant, qui nous permet en outre de vérifier que nous ne nous trompons pas dans notre recherche permanente d’objets exceptionnels : il n’y a pas grand-chose sur le marché pourtant garni de la hi-fi haut de gamme qui ait la moindre idée de ce qu’est l’expressivité artistique !


Qu’importe : au moins a-t-on pu se coltiner avec tout ce que la Grande Hi-fi Internationale affiche de prétentions via ses ustensiles hypertrophiés et incroyablement onéreux qui ne semblent s’adresser qu’à une douleur de la compensation au sens psychanalytique du terme ; somme toute pourquoi pas ? C’est tout de même mieux que d’être violent ou de se tuer en bagnole.


Et puis il y a les comiques que l’on est content de revoir, Avant-Garde par exemple, une de ces marques qui peuvent laisser planer le doute : le High-End serait donc un salon de la sono ?
Techno teutonne à fond plus un tour ! Grave d’IRM, chocs électroniques tout droit percutées des forges d’une imaginaire industrie chaplinesque, l’intérieur d’un Char Tigre.

Ne soyons pas injustes, pour de la sono c’est plutôt propre et ça distord peu, mais sur ce genre de musique des Martin Audio font aussi bien et c’est moins prohibitif. Ces gros bidules en plastoc ont évidemment des qualités mais on dirait que les concepteurs s’acharnent à établir leur mauvais goût. Ce qui ne met pas à l’aise quant à la suggestion d’une capacité à la virtuosité, n’est-ce pas ?


Il y a les stands où on ne comprend pas ce que les tenanciers cherchent à prouver : Tidal par exemple où on nous présente un système herculéen qui fait du rien, Hercule tirant la langue face à des travaux de couture, enfin je veux dire recousant un sac de jute, pas de la broderie, ce ne serait déjà pas mal.


Ceux, innombrables, qui s’échangent une même note grave pesante et amorphe, celle de la Grande Hi-Fi Internationale précisément, la réinvention de la basse continue dont on n’identifie surtout pas l’instrument qui est supposé l’émettre.


Ceux où, en dépit d’un Gianmaria Testa (heureusement qu’on a lu le nom sur l’écran de l’ordinateur) plus grand que nature, bodybuildé comme un lutteur de foire, on passe un bon moment parce que les fauteuils sont confortables face à un totem phallique comme il y en a énormément dans cette commémoration des bombes molles, Kharma par exemple, pour ne pas les citer.
C’est curieux, ça fait deux fois en trois ans que je m’en prends à eux alors qu’ils sont loin d’être les pires.


Il y a bien une autre marque dans le genre, où l’accueil était très sympathique par un canadien qui au moins faisait son travail en expliquant le comment du pourquoi ses enceintes sont les meilleures du monde (sic !), avec passion et arrogance, presque convaincant, jusqu’au moment où on passe à l’écoute… Pas vraiment une surprise, on a eu diverses occasions de croiser ses créations emblématiques. Mais lui, je ne le citerai pas, ne serait-ce que parce qu’il est gentil.



Ah, parmi les gentils, il en est un qui pour le compte faisait une démo sympathique et humainement réussie : l’ineffable Edgar ! Mais oui, notre Edgar national, qui exhibait sa passion du moment, les Swissonor, systèmes très éloquents à défaut d’être absolument universels ou justes, présentation animée, intelligente, voire rusée pour contourner les écueils, comme d’habitude. Musique agréable, un peu codée peut-être. Petit oasis de fraîcheur accompagnée de succulents petits gâteaux suisses.


Dans le genre accueillant, Onix et son excellent café - proposé en hurlant pour couvrir Dire Strait à niveau de concert mené par les amplis haut-de-gamme de la marque qui balançaient des coups de poing dans le bide tellement ça poussait -, relevaient le défi ! Preuve donnée par ce stand que la plupart des gros totors sont mous ! Là non ! Clairement pas ! On évitait ici la confusion habituelle entre énergie et rapidité en assenant les deux avec panache à défaut de subtilité sur des enceintes un peu néandertaliennes.


Sur le même thème de la sympathie, il y avait le plaisir de croiser les amis, les copains, les rencontres d’un jour, parmi lesquels évidemment nos grands potes d’Absolue Créations,  créateurs au talent superlatif, qui équipaient 7 stands majeurs (les grandes salles des niveaux supérieurs) au milieu de 107 exposants de câbles ! Rude constat pour la concurrence…

L’équipe d’Atoll faisant une présentation sympathique sur des enceintes un peu banales face à leurs haut-de-gamme de la série 400.

Évidemment le gai-luron génial Holger Stein et ses électroniques « l’air de rien » qui au-delà d’une présentation un peu désinvolte sur un stand très beau, démontrait qu’une débauche de moyens est plutôt contre-productive : lui conçoit des objets simples qui chantent ! Une gamme d’électroniques qui se parachève doucement mais sûrement et puis évidemment (sinon ce ne serait pas Holger !), il avait une surprise pour nous, bluffante !!!, des nouveaux Speaker-Match + Signature… Eh oui, c’est possible…

Dominique Giner de Metronome, toujours un peu, disons rêveur.

Et l’évanescent Sven, croisé dans les couloirs se promenant avec une petite enceinte jolie comme tout, ce type a incontestablement un talent de dessinateur très au-dessus des normes. Sans parler bien sûr de son savoir-faire en acoustique.

Et aussi les magnifiques Masa et Manolis de Tune Audio, Nic, etc… Nous en reparlerons…
 


Münich 2013 part 2


Suite…


Il y a aussi le plaisir de découvrir avant les autres les nouveautés chez les constructeurs qu’on aime bien, par exemple une FACT 12 chez PMC.
Faudra qu’on teste par nous-mêmes parce que la présentation n’était vraiment pas raffinée…


Les déceptions ? Les électroniques Grandinote, que nous apprécions pour les avoir expérimentées chez nous, étaient sur le stand absolument minables ; les enceintes probablement, ou la mise en œuvre.



Il y a les gags aussi. Je parle de ceux qui ne relèvent pas du pathétique à savoir la quasi-totalité des exposants, mais des vrais, ceux qui ont de l’humour ou de la folie ou une capacité à la provocation au-delà de la norme.


La médaille d’or de la catégorie du Grand N’importe Quoi va sans aucun doute à l’Opera Only !


Une sorte de donjon, un cylindre au-delà du phallique façon Kanamara Matsuri au Japon (fête du Pénis de Fer), qui se déploie en action pour parvenir à un machin de science-fiction entre HAL9000 et Robby le robot, 1500 kgs si si, 2,5 m x 1,85 m de diamètre et, mesdames et messieurs, c’est un amplifi-sécateur de 2 x 60 000 W ou 6 x 20 000 W pour la modique somme d’1,5 million d’euros !


Le tout en pure classe A paraît-il, ce qui suppose quand même d’installer sa propre centrale nucléaire et encore, en ayant recalibré toute l’électricité de la maison avec du 6 carré sans oublier la clim de l’Empire State Building !

J’espère vraiment que c’est sous tendu par une forme d’humour, sinon on nage en pure décadence. Remarquez, c’est assez vrai de la hi-fi au sens large.



On remarque en revanche un point qui fait rêver : le travail sur l’aménagement des salons, décorations pléthoriques, éclairages luxueux, meubles monumentaux, traitements acoustiques etc… un luxe de moyens qu’on est loin d’atteindre en France où le maximum d’audace est un pot de fleurs.


Ça fait mieux passer l’amère pilule de la médiocrité musicale pourtant planquée derrière des chanteuses de jazz insipides et des musiques d’ambiance calibrées pour ascenseur. Ou du blues. Ne rêvez pas, pas du bon : une guitare de la taille d’un brontosaure et une voix interchangeable. Ou des trucs qui cognent. Un bucheron, un marteau, un soldat de Pinochet, un boxeur, un missile atomique, ça cogne, mais ça cogne dur. Là non.



Car dans l’ensemble, tous les noms supposés faire rêver avec leur plus grasses pétoires oscillaient du navrant au lamentable en degrés divers de vulgarité. Des Wilson Audio pilotées par un déluge de Pass Labs trop forts, lourds et ennuyeux, invariablement voilés… Les orgueilleusement fabriquées Sonus Faber alimentées par les très beaux amplis de Dan D’Agostino, les immenses Isophon, 150 000 € tout de même, les Vivid sustentées par des électroniques suisses CH Précision (la précision suisse ?) dont on allait découvrir un peu plus tard qu’elles n’étaient pas la cause du désastre, les Tidal donc, les monumentales Egglestonwork Rushmore (elles ne s’appellent pas comme ça mais sont aussi modestes que ladite sculpture) qui débordaient tellement de mauvais cholestérol (le grave en langage hifiste) que je crois qu’il en reste encore un jour après la fermeture. Grand prix de la Mollesse donc, pourtant âprement disputé, les challengers se battaient en nombre !
Continuons la visite : les TAD dont on se demande vraiment pourquoi elles font fantasmer les agneaux ; certes il y a une indéniable présence physique. Et rien d’autre : pas de timbres (ou alors un seul), des graves puissants mais pas vraiment tendus et surtout pas rythmés ; et, côté subtilité, on cherche les repères vers l’orogenèse et la tectonique des plaques. Allez, soyons justes, un peu plus loin nous avons écouté les mêmes corpulentes TAD sur des électroniques différentes ( je ne sais plus ce que c’était hélas ) où la reproduction était à la fois un peu mieux tenue et plus nuancée mais pas vraiment enthousiasmante pour autant. Alors on dira que la salle est lourde, le terrain est gras, les salons sont mauvais payeurs, oui, certes, mais d’autres s’en tirent bien dans les mêmes volumes et avec moins de moyens. Donc : où commence l’incompétence et ou finit la vanité ? Pas chez moi, elle est infinie !



A propos de nous, qui est-ce, « nous » ?

Cette année, je me suis rendu à Münich accompagné de plusieurs amis, ce qui circonscrivait ma possible mauvaise foi, n’est-ce pas ?

Comment ? Ce mécréant aurait des amis ?

Oui, bon, disons des relations…


Ici, je vais faire une nouvelle petite pause pour couper l’article en plusieurs parties. Parce que je ne peux inscrire que 4 photos par page !
 


Münich 2013 Part 3


Continuons…


Quelques exceptions au désastre comique, évidemment, הַלְּלוּיָהּ, d’ailleurs plutôt du côté d’un certain haut-rendement pour les enceintes et assez variées pour les électroniques.


La palme du marketing ? Devialet placardant sa volonté de munir chaque être humain et probablement aussi chaque martien ou autre survivant de l’Atlantide d’un appareil Devialet.
Bon, l’argument est, euh, comment dire, un peu agitateur, mais en tout cas nous présenter une batterie de nouveautés (le Devialet 110, 170, 240 et 500, nouvelle carte-mère et nouveaux logiciels) en ayant tout dissimulé et à partir de 4 990 € est quand même un joli coup au foie des concurrents, s’il en existe car Devialet est, semble-t-il, mondialement recordman des ventes d’appareils au-dessus de 10 000 €. Bravo !


Autre nouveauté qui pourrait être intéressante : Totaldac. Encore des français, je ne savais pas, j’ai parlé au type en anglais tout le temps. Ça me semble moins horrible que la moyenne, ces machins. Le monsieur avait une légère tendance agaçante à dénigrer les Anima de Tune Audio qui pourtant mettaient idéalement en valeur ses sources, mais bon…

Car on a écouté ces petits nouveaux sur les Anima de Tune Audio qu’on connaît par cœur (et qu’on adore !!! ô combien !!! un sommet d’émotion quand c’est magnifié par les bonnes électroniques !) et les amplis Engström & Engström qu’on apprécie aussi pour les avoir testés par le passé dans des conditions luxueuses !

A propos de Tune Audio, le grand Manolis (représentant idéal de l’humanité) exposait aussi dans un minuscule stand du rez-de-chaussée (deux halls démesurés qui pourraient accueillir le Mondial de l’Auto), ses nouvelles Prime, pas gâtées - ou plutôt si : totalement gâtées - par l’acoustique de ces petits bocaux grotesques ( et pourtant loués une fortune ), mais qui révélaient, nonobstant l'adversité acoustique, un enthousiasme, une vigueur et une joie de vivre sans aucun équivalent sur le salon ; on devinait en outre que ça cherchait obstinément à timbrer en dépit d’un équilibre tonal altéré par la pièce.

Faut que je rentre ces petits bolides rapidement ! 

Parce que, au-delà de quelques réserves clairement imputables aux cagibis qui ravageaient jusqu’au Kondo show à quelques milliards d’euros dans un petit audi identique tout à côté, c’était quand même la meilleure démo côté musique vivante (si on en croit la hifi, il y en a une autre !) pour un prix indécent. Je veux dire de l’ordre du budget plantes vertes sur chaque stand, à savoir 6600 € !


La seule autre écoute émouvante de l’année : chez Kondo précisément, dans un identique petit aquarium minuscule et violent dans l’aigu, mais une démonstration admirable, des disques superbes dont un(e) autre Ginamaria, Hidalgo et un Zigeunerweisen par Michael Rabin je suppose… Aussi, en dépit des colorations appuyées des appareils, une larme sincère est née ; c’était fluide, admirable, un peu trop fort, mais si lyrique. Je préfère ne pas savoir le prix parce que chez Kondo, on choisit entre l’appartement et la musique.



Des petits trucs coréens ou japonais, je ne sais pas trop, Bakoon, des amplis minuscules destinés à ceux qui n’ont pas de problème de compensation justement ; ça avait l’air transparent et léger.



Siltech. Il est fou diront-ils ! C’est vrai mais quand même, au milieu de l’horreur générale, la qualité de ce stand avec électroniques et enceintes de la marque, enceintes en verre, stylisme pas vilain, était plutôt correcte, restitution rapide, presque vivante, pas charnelle du tout ni lyrique ou animée, mais bon pas si abomifreuse que certains de leurs câbles en tout cas.


MBL. Ben oui, comme tous les ans un vrai sens du show, un prologue correctement mené par un bonhomme au sourire fixe et bien embarrassé de son inutile violon entre les mains et à l’arrivée une qualité sonore certainement pas à la hauteur de la pyramide de Gizeh à laquelle prétend la marque, mais quand même plus qu’honorable, vigoureuse et ardente, une soprano peu identifiable dont le refrain cependant enchante l’esprit à défaut des sens.


Des enceintes dont nous n’avons pas noté le nom exploitant dans le médium aigu un HP original qui ressemble à un écran de tablette. Le produit semble prometteur à l’exception d’un grave grossier comme partout, dégoulinant jusqu’à napper le sol de l’auditorium et collant aux semelles. Ma mémoire sur le salon ( merci François ! ) me rappelle que ce sont des Göbel High-End.


Engleholm ; hautes colonnes suédoises à la silhouette courbe qui ne réussit même pas à être féminine, utilisant les mêmes HP céramiques que tout le monde mais, euh, mieux !

Sans doute parce que les boncepteurs semblent avoir choisi d’en coller une palanquée tous identiques en série/parallèle pour éviter un filtrage tordu, que les HP céramiques doivent être coupés bas donc avec des filtres moins raides et relayés par ce qui pourrait être un ruban. En dépit de quelques tendances au grave de tout le monde, le reste était pétillant rythmé et énergique, transparent, hélas à 46 000 € la paire si j’ai bien compris le suédois. Ou le finnois, j'sais pas trop !…
 


Münich 2013 part 4


Enchaînons… 4ème volet :


La jolie découverte de l’année, ce sont les enceintes Sound Kaos, dont le dessin rappellera les petites Vivid ou les Abyss Acoustique (qu’est-ce que c’est devenu ça ?), jolies formes pas vraiment abouties, bois blond de la grande époque de la déco danoise élégante quand même pas magnifique, en revanche une restitution animée, habitée, volubile, des timbres d’une grande subtilité, révélés sans doute par les câbles Absolue Créations ; j’aurais bien aimé écouter des formations un peu plus complexes sur ces petits bolides facturés 16 000 € l’air de rien, mais au moins la musique était-elle respectée ! Ça adoucit la note, franchement…




Voxativ : toujours aussi passionnantes ces enceintes à pavillon arrière utilisant un large-bande maison (au milieu d’une ligne complète de transducteurs) conçu par un génie du HP, Inès Adler qui a fait disparaître tous les petits défauts agaçants et congénitaux des large-bandes bi-cônes au profit d’une richesse harmonique et d’une délicatesse de peu d’équivalent, le tout bien sûr animé du plaisir à gazouiller propre à ces solutions si ardues.

A suivre, ça m’intéresse vraiment énormément, d’autant que Voxativ vient de sortir un « petit » modèle adorable (à ne pas confondre avec abordable), la (Pi, comme le film assurément improbable et grandiose d’Ang Lee, un moment de cinéma à la fois beau (c’est peu dire), métaphysique et qui n’a pas peur de se jeter dans le mysticisme).


Le clou du salon maintenant, le buzz ?…
 


Münich 2013 part 5


Le clou du salon maintenant, le buzz ?…



Sans aucun doute la Vox Olympian de Living Voice, cet hénaurme truc en 4 caissons, peaufiné depuis des années par le talentueux Kevin Scott.


Autant dire tout de suite qu’il y avait quelques aspects énervants dans le show : c’était trop fort, les amplis Kondo étaient à bout de souffle, et Kevin laissait chaque disque au moins 20 mn. Bref, 3 disques = une heure !

Qu’importe : il faut avoir écouté ces monstres (300 000 €, je réfléchis encore un peu avant d’en acheter une paire de démo, sais pas pourquoi) pour comprendre ce qu’est le grave, une exploration hallucinante de netteté, puissance nuancée, densité tellurique, timbres, variations mélodiques, évidemment à la hauteur du reste du spectre, transparence, franchise, couleurs diaprées, parfois un peu technicolors, et une présence quasi indécente.
Une cohérence tonale, dynamique, mélodique sidérante quand on pense à la complexité du joujou !


Le système idéal ?


Possible, même si la démo n’était pas encore à 100% parfaite : d’abord il y avait de la distorsion probablement due à l’essoufflement des amplis qui avec je ne sais pas exactement, disons 20 w pour secouer des 38 Vitavox et une enceinte 5 voix passive, ouch, se débrouillaient comme ils pouvaient……
Et du coup, il n’y avait pas de swing, ça ne balançait pas, ça ne dansait pas, vivant oui, mais pas inspiré. Toutefois, compte tenu des moyens employés et de la méthode choisie, il n’y a aucun doute : cette lacune tenait à la mise en œuvre.

C’est intéressant de noter qu’il y a deux ans, dans les mêmes conditions, j’avais chialé en écoutant les Anima de Tune Audio accompagnées des impensables Aries Cerat, c’est vrai, pourtant ça ne m’empêche pas de considérer le chef-d’œuvre de Kevin Scott comme un possible prétendant au record, un peu vain jugeront certains, mais si enthousiasmant dans l’idée de placer la barre de plus en plus haut. Un peu moins de musique que sur les insurpassables Anima, mais une vigueur organique sans équivalent !


Kevin alternait la présentation des Vox Olympian avec celle, très réussie, d’une paire d’OBX-RW qui relativisait quasiment tout (l’exception ? Les Prime de Tune Audio ! Y aurait-il conflit de talent entre ces deux agréables et atypiques créateurs ?) ce qu’on pouvait écouter dans les autres audis ; on a retrouvé tout ce qu’on aime des Living Voice, avec un grave un peu plus charpenté que chez moi (mais mon audi amaigrit sensiblement la restitution), la vie, la liberté dynamique et rythmique, même si j’obtiens évidemment plus en magasin ou chez les particuliers en précision, subtilités, vitalité et timbres.


Et puis l’autre moment d’apaisement, nous l’avons connu en dehors du salon.


Je ne parle pas des bières allemandes et des merveilleuses asperges à la sauce hollandaise servies dans des brasseries plus vastes qu’un terminal d’aéroport par des Walkyries de 120 kgs (une surtout au sourire si magnifique et si imprévisible aussi !), mais du haut-de-gamme Wilson Benesch présenté dans un palace du centre-ville où j’ai eu un peu honte de garer l’Audi A7 (eh oui Audi, on ne peut pas s’empêcher, déformation professionnelle) à côté des Bentley et autres Maybach ou Aston Martin.


Les Cardinale.

Alimentées en tri-amplification par les amplificateurs suisses CH Précision.


Ben, vraiment pas mal même si ce n’est pas à priori ma tasse de thé ( ni ma chope de bière ). On a pris notre temps, on a passé mes disques, on était entre potes, on a pu explorer le potentiel de ces machins très très technologiques. Que dire ?

Une démonstration absolument pas show off tout d’abord, toute en équilibre et retenue.
Premier exploit : on réussit facilement à trouver le niveau sonore idéal pour chaque disque, ce qui n’est pas un petit compliment.

Une totale absence de distorsion, très insolite, même sur des pointes de niveau élevées, aucun son de charge non plus.

Une vivacité du meilleur goût, une dynamique sans heurt, précision (suisse ?) et stabilité de la scène sonore tout de même rare, lisibilité idéale sans pour autant tomber dans le clinique, homogénéité de large-bande, capacité à la présence corporelle très bien dosée, je veux dire pas forcée ou vaudevillesque comme certains systèmes cités en amont, un grave qu’on a craint une ou deux fois légèrement lourd mais en vérité très peu, prouvant le réglage extrêmement fin à la fois des Cardinale mais aussi des Torus, deux gros cendriers qui sont des sortes de caisson de grave.


Relatif désenchantement sur les timbres et le ressenti de plus de vie que de poésie, mais un bon sens des rythmes quand même, tout cela probablement peaufinable.

Incontestable réussite, vraiment, bien au-delà ce que je connais par ailleurs de la marque. Si ma sensibilité musicale n’est pas absolument comblée, je reconnais quand même qu’on a affaire à une proposition aboutie, cohérente, incontestable dans sa logique.
Donc bravo et merci, merci de surcroît pour la gentillesse et la disponibilité du concepteur qui a exprimé avec patience et application la complexité technique de l’objet au point de me donner le plaisir de croire que je parlais bien l’anglais.


75 000 € la paire, sans les Torus et chaque ampli (5 au total) coûtant 27 000 €, d’accord, mais franchement, dans la catégorie hi-fi conventionnelle ( entendez par là excluant les systèmes atypiques de type Voxativ, Living Voice, Tune Audio ou Sound Kaos etc… ), alors qu’on sortait de deux jours d’abominations réclamant des années de salaire d’un cadre très supérieur sans compter les câbles au prix d’une Lamborghini, l’écoute des Cardinale était vraiment rafraîchissante, au point de se dire: oui, je pourrais vraisemblablement vivre avec ça !


A condition de revendre l’Audi A7 !

Ah zut, elle n’est pas à moi…


Et puis, à encombrement certes supérieur mais prix nettement moindre, je continue de préférer l’idée d’une paire d’Anima et un Pulse de Tune Audio et leur redoutable verve lyrique et voluptueuse, mais quand même, c’était bien !


Finalement plutôt un bon cru, cette année 2013.


Merci aux bavarois, merci à la délicieuse Masa et au grand Manolis, à Romain et Clémence, Fabrice, François, Christophe et Alain, Laurent, Holger et les autres…
 


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