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après-midi CH Precision


CH Precision

J’ai eu le plaisir de passer un après-midi de juillet chez Stentor/Pi pour profiter à fond des perles électroniques CH Precision. J’aurais pu écrire « le privilège » mais ça aurait un côté obséquieux façon presse hifi.

CH Precision - vous noterez l’internationalisation par l’absence d’accent sur le « e » nonobstant la francophonie de la marque -, est une société suisse pas encore très connue en France mais prestigieuse dans de nombreux pays ; j’ai eu le privilège (ah ?) d’entendre plusieurs réalisations à divers moments depuis déjà 5 ans (ou 6) à Munich, première rencontre avec un DAC qui m’avait paru assez exceptionnel sur un stand vraiment attachant, puisque, si ma mémoire ne me joue pas des tours (et franchement ma mémoire est farceuse), c’était aussi celui de ma première rencontre avec les excellentes enceintes Soundkaos, le modèle Wave.

La même année, nous avions été conviés par Fabrice, l’adorable patron de JFF Diffusion, à une écoute privilégiée des Cardinale de Wilson Benesch dans un luxueux hôtel de Munich et les électroniques étaient CH Precision, DAC et multi-amplification.

Outre l’accueil cordial et même affectionné réservé aussi bien par la « famille » Wilson Benesch que par les animateurs de CH Precision, j’avais été favorablement impressionné par cette expérience et si j’avais certes renoncé à l’idée de rentrer CH Pré(e)cision (marque peu connue dont le plus petit élément coûtait 26 000 €, d’autant qu’à l’époque, si je me souviens bien, il n’y avait pas d’intégré et il fallait donc envisager le DAC + Ampli de puissance), quelques moments de musique faits d’allant, de swing et de nuances m’avaient fait révisé ma goguenardise quant aux gros totors, redevable certes à de bien nombreuses déceptions. Soyons clair(s ? On ne va pas s’en sortir. Et encore, on n’a pas abordé l’écriture inclusive) je suis tout aussi goguenard face à la pléthore de loukoums à tubes.

Donc quand Pi Music m’annonce il y a quelques mois qu’ils (qui ça « ils » ? Pi Music suppose le masculin neutre ou le féminin pas neutre, la société Pi ? Ben eux (h) quoi, les gens de Pi… ) ont décidé de distribuer la marque, leur dis-je bravo : CH fait partie de ces repères du très haut-de-gamme qui ne relèvent pas de la fumisterie, au final pas si nombreux. De leur côté, ils sont surpris que je connaisse un tant soit peu la marque.

Nous avions donc prévu que je passe chez eux (!) à un moment où un autre car ils sont installés à quoi ? 35 kms de Nantes ? ; or, informé qu’ils avaient pour quelques temps le nouveau drive et une horloge de compétition, et qu’Olivier, mon interlocuteur habituel, était de passage trois jours dans la région, j’ai improvisé un déplacement.

 

A quelques tours de roue de la sortie d’autoroute, le groupe Stentor/Pi est idéalement installé à l’entrée d’une nouvelle zone « d’activités », dans un grand bâtiment, notable réussite d’architecture industrielle, un vaste parallélépipède dont les façades zinc sont intégralement dissimulées derrière des « stores » faits de lames irrégulières de bois brut dégageant les meurtrières des fenêtre géométriquement réparties; c’est un bel endroit aéré par un vaste parking gazonné et arboré, au bas mots 60 places pour 3 voitures un mardi de juillet ; et pour cause, je découvre stupéfait que mes interlocuteurs occupent tout le bas du bâtiment soit à mon avis un bon 1000 m2 ! Pour une toute petite équipe. Quel confort ! L’étage supérieur est momentanément inoccupé.

A droite de l’entrée, dans une pièce aveugle d’environ 50 m2 qui ne sert pas à grand-chose (les enlèvements ?) est alignée la gamme Apertura (dans de drôles de couleurs) pour une présentation des nouvelles finitions opérée la veille auprès des revendeurs.

À gauche l’atelier-bureau tout en longueur, qui doit bien couvrir 150 m2, avec des postes bien répartis et intelligemment dégroupés, alternance de bureaux et de plans de travail, largement éclairé sur deux côtés.

Ici sont donc réalisés les filtres en petite série et le montage final des enceintes, amortissants, filtres, socles et pieds sur et dans les « ébénisteries » venant de l’extérieur.

Une petite zone est dédiée au SAV.

Une porte latérale donne sur un couloir qui passe devant une petite cuisine et un petit atelier avec imprimante 3D et une fraiseuse pour les maquettes.

Le couloir ouvre sur deux zones d’entrepôt qui prennent la hauteur totale du bâtiment.

Les dimensions sont délirantes (l’idée est peut-être de ressusciter le Hindenburg ?) avec pour résultat que les stocks de pièces ou « ébénisteries » ou cartons ou zones d’expédition sont largement disséminés (ce n’est pas inclusif, c’est la grammaire). Dans l’une des deux zones de stockage a été installé un « chapiteau » photographique fait de voiles blanches semi-dépolies utilisées comme parapluie. Pratique et malin.

Une autre aire est dévolue aux mesures, sans traitement apparent, le volume du hangar faisant office de chambre sourde.

Et dans un angle a été construite une pièce dans la pièce : l’auditorium.

Il jauge, à vue de nez, 60 m² ? Soit 150 m3.

Murs blancs parsemés de panneaux acoustiques élégants, couleur crème, une lumière de plafond assez douce, un beau tapis, un meuble latéral sobre, deux jolis canapés l’un derrière l’autre faisant face à un large meuble bas où sont alignés les CH Precision. Très impressionnant. On ne peut s’empêcher de faire l’addition.

Une paire d’Apertura Edena, modèle à 8 000 € la paire environ me dit-on, mais je ne sais plus si ce sont les MKII ou les Evolution, encadre le meuble. Je penche pour cette deuxième version. On me l’a dit évidemment, mais pas familier de la nouvelle gamme, je n’ai pas enregistré la nuance sur le moment.

Les enceintes sont très éloignées l’une de l’autre (trop ?) soit environ 6 m et surtout trop ouvertes, j’en ferai la remarque pendant l’écoute mais évidemment on se contentera de me répondre que c’est la disposition que Christian Yvon (« Dieu », un de plus) souhaite.

Belle panoplie en tout cas reliée par des câbles Chord et le secteur dûment traité par les vilaines boîtes Entreq. Esthétiquement. Pas d’idée sur leur action n’ayant eu le loisir d’en isoler le fonctionnement.

J’ai apporté un disque dur mais il n’y aura pas moyen de le brancher. Trop compliqué dans cette configuration. La jolie platine vinyle n’est pas envisageable non plus car nos hôtes ont prêté les outils nécessaires à l’installation. Zauraient dû me le dire, je ne serais pas venu les mains vides…………

Olivier, pas très au fait du démat, ne pourra dans un premier temps que nous faire écouter des CD dans un choix très limité jusqu’à ce qu’il demande à Eric (M. Stentor) de nous montrer comment utiliser le NAS et que je découvre un peu plus tard en manipulant l’appli CH (intuitive mais pas la plus complète qui soit non plus) qu’il y a un abonnement Qobuz actif sur le lecteur réseau CH.

 

Le premières minutes sont ennuyeuses à souhait, sur du Gianmaria Testa je crois, sais plus, et je crains le pire pour la suite mettant ça sur le dos des Apertura me rappelant que par le passé les enceintes de la marque m’ont souvent paru propres, timbrées, élégantes et fluides, mais pas enthousiasmantes, un peu ternes côté entrain rythmique et engagement musical.

On est pourtant sur une des propositions les plus complètes de CH Precision, éléments séparés D1 + C1 + X1 + L1 + T1 + M1. On repassera pour l’alphabet mais les initiales ont un sens. Le prix directement lié à l’accumulation des acronymes aussi, sur le papier, et, soyons (je) honnête(s), au résultat.

Un Bartók (Musique pour Cordes, Percussion et Célesta) par Reiner qu’Olivier me passera suite à ma demande musique de chambre (…) commencera à me rassurer un peu.

Malgré la matité exagérée, sans doute due à un excès de traitement de la pièce (et des enceintes ?) qui éteint les harmoniques supérieures, gomme la « brillance » - la bonne j’entends, celle qui fait vivre la lumière, pas celle qui la crée -, ce que mon interlocuteur admet, on devine une richesse de timbres assez exceptionnelle, et même si peut-être les Apertura sont dépassées par les évènements (question de ratio de gamme), c’est beau.              

Je me demande dans quelle mesure la matité n’est pas aussi accentuée par le fait que nous sommes loin des enceintes, dans une pièce amortie, le tweeter à ruban, si gros soit-il, n’a pas le maintien énergétique sur la distance qu’auraient une chambre de compression ou un large bande.

Je souris d’ailleurs en entendant quelques vérités techniques assénées par mes hôtes, issues directement du discours de Dieu : les HP à gros moteurs pour leur rapidité, il n’y a pas tweeter plus rapides que les rubans, les filtres à pentes additionnées sont les meilleurs pour éviter les intermodulations et maintenir la phase, la pièce centrale d’écoulement mécanique. Etc…

On sent toutefois, derrière des thèses audiophiles infrangibles (donc à opposer à une foultitude d’autres théorèmes tout aussi incontestables issus d’autres dieux), une conception parfaitement cohérente et contenue qui a du sens, quand bien même l’expressivité des Apertura n’est pas tout à fait à la coda d’une vitalité franchement convaincante. Avec 200 k€ de matos en amont, soit.

Car ces enceintes un peu gourmées et le traitement de la pièce vont indéniablement révéler des splendeurs rares et paradoxales.

Une large tranche de médium / bas-médium (oui, c’est hélas du vocabulaire audiophile) est absolument magnifique, d’une remarquable articulation et pour le compte d’une grande justesse de timbres, en dépit d’un soupçon d’épaisseur (bas-médium) clairement imputable aux enceintes.

J’en aurai la certitude un peu plus tard (quand j’aurai débusqué l’abonnement Qobuz) sur le violon de Kopachinskaja dont les notes basses sont toujours un peu plus replètes et « huileuses » que les notes hautes, comme si, dans certains registres, la demoiselle aux pieds nus ne jouait pas directement sur la corde mais sur une gaine qui engloberait la corde.

Les câbles peut-être ?

Ma remarque laissera mes hôtes un peu décontenancés (« vous entendez ça ? »), mais ils expliqueront qu’il s’agit d’un choix pour rendre l’écoute plus facile, moins exigeante, lié à la gamme et à la logique d’électroniques adéquates, choix différent sur le modèle supérieur, plus constant, plus tendu.

Intéressant, d’autant que ce que je ressens n’est pas un problème de tension, mais d’épaisseur du trait, comme passer sur une même ligne d’un crayon 2H à un 6B ; pourtant l’argument se tient, je le comprends pour trop souvent entendre des hifistes critiquer un manque de grave sur des objets qui délivrent un message rapide, tendu, accordé.

L’éloquence un peu feutrée de la proposition musicale CH / Apertura finit par prendre du sens à la longue et je vais connaître de vrais bons moments mélomanes, impressionné par la capacité de ce qui sont quand même des « petites » Apertura (au regard de la facture des électroniques) à ne pas être saturées, engorgées par l‘afflux d’informations que l’on devine - à défaut de tout en entendre - déferlant des exceptionnelles créations suisses.

Car l’expérience prouve que bon nombre d’enceintes ne supportent un trop important décalage d’électroniques par le haut, la saturation d’informations entraînant un filtrage aléatoire et une perte de cohérence, des duretés, des laideurs harmoniques ou encore une ventripotence de gras-double selon les cas.

Or, si les Apertura Edena ne rendent sans doute pas un hommage intègre donc intégral aux abondants CH, elles ne se noient pas pour autant, ni ne s’étouffent, et conservent au contraire une louable cohérence. Peut-être bizarrement bénéficions-nous dans ce cas de figure des vertus de 2 x HP différents en rapidité et timbres accordés par un filtre à pentes très raides au final.

Même en demandant à descendre d’un cran pour quitter la combinaison préampli plus ampli vers l’intégré I1, tout nouveau je crois, même en utilisant les streamer et DAC internes optionnels de celui-ci et passé un petit temps de réétalonnage, je serai obligé et rassuré de reconnaître que les CH sont de très très grandes électroniques ; d’une classe folle même ; nous reviendrons à ma demande au DAC C1, car ce DAC est clairement l’un des quatre ou cinq meilleurs au monde, et ma remarque vaut probablement pour tous les éléments de la marque, à comparer (si nécessaire) aux amplificateurs Apurna Apogée écoutés chez nous depuis et qui placent la barre si haut que la question de la compétition n’a plus beaucoup de sens. Evidemment, faire la part des choses n’est pas toujours simple, d’autant que le DAC ici est accompagné de l’horloge externe qui rehausse copieusement la note finale mais offre aussi le mérite d’un possible progrès dans le temps. Car un rapide test avec et sans prouve que, une fois n’est pas coutume, cette horloge additionnelle apporte un incontestable plus dans la sensation de cadences plus élaborées et de timbres mieux déployés.

 

J’en arriverai en fin de soirée (15 h 30 => 20 h quand même) à apprécier grandement les Apertura Edena, conscient de leurs limites mais aussi d’une rigueur qui permet aux électroniques de s’exprimer pleinement, et donc à la musique d’installer une sérénité rassurante, à défaut des petits frissons, exubérances, hésitations, maniaqueries ou relâchements qui justifient l’humanité et que j’appelle l’expressivité.

Bien sûr, j’ai du mal à transposer l’écoute des Edena sur d’autres électroniques moins extrêmes, car on entend clairement que les CH forcent la main à ces « petites » enceintes, leur procurent une stature notable, un axe organique phénoménal et une définition supérieure (ne nous trompons pas, on est loin derrière les ppfff quelles qu’elles soient et je souriais intérieurement en me disant que j’aurais bien aimé une paire d’Adelaïda en comparaison, histoire de replacer l’église au milieu du village, et ce n’est pas qu’une question de prix, mais d’esprit).

Les Apertura restent en effet un peu éteintes quand on a côtoyé des ppfff ou des Living Voice (au bénéfice d’une plus grande homogénéité face à ces dernières) en dépit de l’intensité émise par les CH mais j’avoue avoir quand même été séduit par la proposition qui m’amène à réfléchir, moi qui ai tant de mal à trouver des objets dont au minimum je comprendrais le sens, la vocation. Or, j’ai entendu ce jour de juillet des enceintes qui respectent de nombreux fondements musicaux, soucieux de transcrire les lignes écrites sans erreur de lecture ou de diction, sans caricature ou négligence coupable ni crânerie théâtrale.

Il semble qu’Apertura, avec sa nouvelle génération, a franchi un pas qui en extrait les ouvrages de cette triste « vérité » qu’elle (qui ?) a toujours revendiquée, une vérité qui pour détourner les failles du vivant en gomme les aspérités, précisément ce qui fait la richesse de l’humain, et à l’arrivée ment par omission.

J’ai eu la démonstration qu’elles (les Edena) parviennent à swinguer, même si je sais que c’est un point fort des CH que j’avais déjà noté il y a 6 ans sur les Wilson Cardinale, qu’importe, elles savent le faire aussi, n’opposant pas le veto formel de tant d’enceintes prestigieuses à ce facteur essentiel mais indispensable de toute musique.

La gestion de la scène sonore est un modèle du genre, et par exemple lorsqu’Olivier m’a taquiné en nous mettant « LE » Oscar Peterson des audiophiles en SACD, j’ai pu constater une gestion de l’espace et du relief peu commune, avec un placement ultra précis du piano, tiers gauche un bon mètre devant l’enceinte, enrichi qui plus est d’une vérité sur la main gauche très enthousiasmante, et l’extrême grave un peu court et même caoutchouteux (voire ridicule) constaté sur le très très exigeant « Arrival » ne pose pas de problème sur le Pépé Terson.

Contrebasse quelque peu surprenante, voilée et peu boisée, mais elle est peut-être comme ça. Je ne vérifierai pas sur des ppfffWe Get Requests est de ces albums si galvaudés par les hifistes qu’ils en ont vidé la moelle artistique (avec des jugements d’ailleurs souvent cocasses sur le piano).

Batterie marquée d’un soupçon de lenteur, les attaques des Apertura resteront toujours retenues, sans être rédhibitoires non plus, car l’homogénéité dynamique irréprochable compense, avec l’aide évidente des CH bien sûr aux transitoires impeccables.

 

Je suis vraiment curieux d’essayer les Apertura avec des électroniques plus humbles, parce que ce que j’ai entendu-là était vraiment séduisant, raffiné, pétillant.

J’ai même, honnêtement, été surpris (enthousiasmé ?) de la présence des instruments, voire le grain du violon et des cuivres, sur le Kopachinskaja, preuve s’il en est que les électroniques sont remarquables pour extraire tel relief d’une paire d’enceintes à 8 000 €.

On remarque aussi le souffle des CH (la capacité pulmonaire j’entends), la sérénité d’un molosse face aux roquets, sorte de quiétude douce comme une crème renversée que procure un gros V8 même à 130 sur l’autoroute, sensation qu’un filet de gaz supplémentaire propulsera l’engin comme l’éclair s’il le faut.

En tout cas, les croisements de phrasés, subtilités de densité tenues sur les signaux les plus faibles, le recul lointain de la distorsion pas si mal suivi par les Apertura, l’aplomb physique des instruments dans une dimension et un corps harmonieux, la respiration puissante, en disent long sur les CH Precision.

D’où vient le secret ? Pas la moindre idée. Après tout, certains sont des anciens d’Anagram Technologies à la base de quelques DAC monotones dont j’ai oublié le nom des plus célèbres.

Sur les amplis la contreréaction est réglable m’a dit Olivier ajoutant qu’il l’avait choisie très faible, voire nulle. Je n’ai pas osé lui dire qu’il simplifiait sans doute un peu (par diplomatie peut-être) et, vérification faite, il semble que CH ait prévu un moyen de jouer entre contreréaction globale, donc destinée aux enceintes lourdaudes ou compliquées, et contreréactions locales, d’où je suppose que l’ampli n’utilise que des contreréaction locales en position 0 (sans).

Oui, tout ça joue, mais quand même. D’autant que l’intégré de 43 kgs pour 100 W, soit, n’est pas un monstre…

Conclusion à l’arrivée :

  • CH Precision a incontestablement sa place dans le club très fermé des grands qui peuvent fièrement revendiquer que l’ultra haut-de-gamme ne flatte pas que des jouets pour vulgaires parvenus ; avec d’autant plus de légitimité en ce qui les concerne que savoir aussi bien franchir les marécages contradictoires de la conversion numérique, l’amplification et la pré amplification réduit sérieusement les candidats à l’excellence véritable.
  • Je me demande si je n’ai pas envie de donner une nouvelle chance à Apertura dans ma difficile quête d’enceintes respectant le discours musical. Les raisons qui m’ont tenu à distance ne sont peut-être plus d’actualité.

compte rendu du salon staCCato 2016


compte rendu du salon staCCato 2016

 

C’est déjà fini…

La première édition du salon staCCato que nous avons appelé staCCato – La Rosière (ou salon des Sirènes pour certains d’entre vous) a fermé ses portes et lorsque dimanche soir je procédais, le cœur serré, à un dernier tour d’inspection dans les salles vides avant de rendre les clefs, je ne reconnaissais pas le lieu désert, vide, ce bel hôtel particulier de la Rosière, 35 rue de la Rosière d’Artois.

Car cet espace a été le nôtre, le vôtre pendant deux jours (trois pour nous) formidables où vous êtes venus nombreux (très très nombreux, au bas mot 250 en pointage vestiaire, je n’ai pas fait le compte exact), vous êtes restés longtemps (ce dont nous vous remercions tous), faisant de ce bel endroit hiératique un forum animé, vivant, joyeux, vibrant de concentration, émotion souvent, curiosité ou passion et surtout d’amitié et de gentillesse.

Autour de la musique !

Thème majeur du week-end.

Evidemment, je tiens à vous remercier tous, exposants fournisseurs présents ou nous ayant délégué vos précieux bébés, visiteurs inconnus (majoritaires ?), amis et fidèles, collaborateurs et participants sous quelque forme que ce soit et évidemment nos amphitryons, qui ont été attentifs, présents, généreux.

Un immense merci aux musiciens du Quatuor TANA, à Serge, Diego et son fils, mais je reviendrai dans un autre billet sur l’émouvant concert du samedi soir.

Je vais donc refaire un petit tour des salles avec vous pour raconter ma perception des différentes démos de 36 marques exposées dont j’ai pour une fois été le spectateur privilégié quasiment au même titre que vous, amis visiteurs, en y ajoutant quelques commentaires glanés çà et là.

D’abord le lieu, coquet et confortable, humain, idéalement adapté à cette manifestation puisque les escaliers et paliers créaient une animation permanente, des échanges spontanés, une sensation de mouvement, de flux et reflux, de vie et de gaieté.
    
Je salue et félicite les allègres et dévouées « demoiselles » à l’accueil qui n’ont jamais perdu le sourire alors que le va et vient permanent les exposait à la morsure du froid.

En face de l’accueil, le stand « Comme à la radio » animé par Sébastien - qui avait apporté à l’occasion quelques-unes de ses perles rares - a permis la rencontre de passionnés divers, collectionneurs ou découvreurs des magies du vinyle dans son jus de la grande époque.

J’ajoute à titre personnel un grand merci aux deux animateurs de « Comme à la radio » pour le coup de main pendant les déménagements successifs et en profite pour vous inciter à vous rendre à leur boutique située 14 rue Marceau pour continuer la quête d’une palanquée de vinyles exceptionnels, soit, mais aussi de découvrir les propositions vintages de trésors ou curiosités de la hifi.
Vous y trouverez un spécialiste de l’entretien de votre matériel venu du passé, quel qu’il soit.

Alexandre et Sebastien de Qobuz ont patiemment expliqué aux sceptiques ou inquiets les vertus comparées du streaming (possiblement en haute-résolution) et du téléchargement en haute-résolution (dont nous sommes d’ardents zélateurs !) et la différence flagrante dans le combat permanent de Qobuz pour la qualité musicale, culturelle, et technique face aux géants de la malbouffe musicale, pour reprendre l’argument de notre ami Laurent S, notre agence de communication , initiatrice du projet « Le Beau Son » (06 48 70 50 87) dont les visiteurs ont apprécié, dans les divers couloirs ou salons, les créations joyeuses et iconoclastes qu’il concocte pour staCCato, certes, mais aussi pour ppfff en attendant d’autres candidats séduits par son imagination et son talent.

Salon 1 consacré à une présentation exemplaire par David d’un ensemble de rêve Accuphase (en tout cas, moi, il me fait envie) avec le CD/SACD DP950 + DAC DC950, le nouveau préampli C2850 et le somptueux A70 sur les colossales enceintes Fostex GX250MG qui prouvait avec aisance son potentiel de punch et précision dans tous les registres, en dépit d’une salle un peu courte dans le bas, le tout câblé en Van den Hull.

Au passage, vous aurez remarqué (et parfois reproché) les colonnes « Tempo » en fond de salle disposées impérativement pour maitriser au mieux des résonnances assez fortes dans une large zone du spectre. Ces produits étant expliqués au dernier étage, nous en reparlerons donc plus tard.

Salon 2, cosy, confortable, où la lumière raffinée sculptait les exotiques enceintes grecques Tune Audio Marvel et Prime.

Masa, Manolis (Tune Audio) qui nous ont fait l’honneur de faire le déplacement depuis Athènes, Romain qui nous a fait l’honneur d’un long voyage depuis, euh… Paris, France, et le pétulant Armando (EAT et Grandinote) ont concocté des démonstrations étincelantes d’expressivité à partir de sources bigarrées :
-    vinyle avec une belle et très accessible platine EAT C-Sharp (un produit sur lequel je vais devoir me pencher à l’évidence) accompagnée du préampli phono Celio de Grandinote d’une part
-    et un lecteur de réseau/DAC Volta de Grandinote d’autre part.

Le tout relié en Absolue Créations Tim-Réf (majoritairement) au préampli Grandinote Domino et aux blocs mono Grandinote Futura en pure classe A.

Bonheur lyrique et grain des matières à l’état pur avec des approches très différentes selon que le show était animé par Armando, qui faisait de brillantes démonstrations des diverses créations autour du violon que, originaire de Cremona, il adule particulièrement, de Manolis, puisant dans une avidité éclectique des ressorts variés ou Romain qui saupoudre toujours ses démos d’une pincée d’humour délicieux.

Les musculeux brodeurs de dentelles Grandinote associés aux pavillons Tune Audio mettaient tout le monde d’accord sur l’idée de ce que devrait être la prise de possession de l’espace, l’incarnation et la présence, une compréhension immédiate de ce que nous réclamons ardemment chez staCCato : l’expressivité.

L’enthousiasme d’une grande partie du public (qui parlait librement dans les couloirs, nombreux étant ceux qui, ne me connaissant pas, n’avaient pas de raison d’être diplomates) m’a rassuré sur l’évidence que le naturel peut prendre le pas sur l’idée du son magnifié de la hifi standard et aseptisée.

Suite de la visite vers le palier du premier étage.

Peter « La Boîte » nous présentait avec une disponibilité souriante les belles créations de « La Boite Concept », trois modèles de consoles musicales connectées dont la nouvelle LP160 qui peut accueillir une très jolie platine vinyle, tous modèles de dimensions, dessins et performances adaptés à tout style de pièce, que je vous recommande fortement pour écouter la musique autrement, un bureau, une chambre, un couloir, un petit salon ou même pour faire des fêtes parce que pour le connaître chez un ami, une « La Boite Concept » ça sait aussi déménager.

Petit regret de Peter : il ne pouvait pas vraiment faire des démos à la hauteur sur ce palier que je lui avais réservé avant tout dans l’idée de lui offrir un maximum de visibilité.
On fera mieux la prochaine fois, mais en attendant, n’hésitez pas à prendre contact avec notre ami et frère Green*K Design (06 63 02 72 72) qui les a en démonstration permanente.

A gauche en haut de l’escalier (salon 6) les très professionnels présentateurs de la pièce « l’Audiodistribution » (Jean-Claude, Alexandre et Arnaud) avaient concocté un très agréable et très intime espace pour exposer les joufflus bébés d’AVM, savoureux mélange des gammes Ovation (blocs mono et lecteur CD/Lecteur de réseau), et Evolution (préamp), sur enceintes (ou casques) californiennes Enigmacoustic Mythology magnifiées par le super-tweeter unique (Self-biased Electostatic) Sopranino, câblage et conditionneur secteur Furutech avec d’intéressantes comparaison avec et sans le super-tweeter.

C’est toujours amusant de voir des appareils tout en muscles, blocs d’alu magnifiques, bâtis comme des forteresses donnant une impression de construction impérissable, délivrer une délicatesse infinie dans une écoute prescrite en subtilité et intimité, axée sur le raffinement, hélas brouillée par les conditions acoustiques, pas tant à l’intérieur de la pièce très bien maitrisée grâce aux panneaux Franco Serblin que par les perturbations venues des bavardages et échanges inévitables sur le palier alors que j’avais craint celles de la salle mitoyenne.

La prochaine fois, nous amortirons les portes….

Sur l’arrière (salon 7) nos amis Alain et Christophe d’Absolue Créations procédaient à des démonstrations de câbles décisives sur une base Eera accompagnée du tout nouveau tout chaud Micromega M-One 100 drivant des Mulidine Cadence « ++ » en version aluminium.
 
J’ai entendu plus d’un commentaire élogieux sur l’efficacité des comparaisons.
Bravo les amis ! Car vous n’avez pas été aidés par les conditions acoustiques de votre petite pièce, compensées par votre savoir-faire.

Prestations ultra-vivantes du Micromega M-One sur les Cadence, musiques d’autant plus variées que le style de présentation d’Alain et Christophe permettait aux auditeurs de passer leurs disques.

Je suis heureux et fier du passage de Monsieur Didier Hamdi patron et entrepreneur courageux et audacieux du projet M-One (accompagné de Pascal de DEA, ça alors !!!) qui tenait absolument à venir nous serrer la main pour notre première édition de ce salon. Un homme attachant, volontaire, passionné, merci Didier…

Juste en face (salon  5), Stéphane, Richard (Neodio) et Karl (Living Voice) nous ont offert une prestation de l’excellence en matière de transparence et franchise grâce aux exemplaires électroniques de la gamme Origine, le désormais mondialement célèbre lecteur CD et le tout nouvel amplificateur intégré, deux objets d’une grande beauté, fabrication superbe, délivrant un message harmonieux d’une netteté et richesse harmonique singulières, porté par une énergie intérieure qui semble sans limite, transparence véhiculée par les câbles Neodio et transmise sans réserve par les très extraverties Living Voice IBX-RW3 (posées sur les supports vraiment ingénieux de Neodio : Origine B1), joyeuses, épanouies, lyriques, dans un registre d’utilisation dont je n’ai pas l’habitude et qui m’a rendu un peu jaloux, obligé à une présentation plus intimiste au magasin.

En alternance dans la moitié en miroir de la pièce (salon 4), une présentation faite dans un esprit quasi opposé à son voisin immédiat, intimité, sensualité, expressivité sensible par Marc (Mulidine), Didier et Jean-Marc (Eera), Julien (Antipodes/ICOS) .

A partir du serveur Antipodes DS, musicalité magistrale et facilité d’emploi idéale, la chaîne se composait d’un nouveau DAC Eera Andante tant attendu – les habitués le savent - et largement à la hauteur de nos attentes, d’un amplificateur intégré ppfff VAN mettant en scène les splendides Mulidine Cadence dites « ++ » ou encore « Ul-tim » car câblées en interne par Absolue Créations, présentées en finition Carbon Touch.

En complément, on pouvait parfois entendre un nouveau et redoutable Drive Eera mais aussi une platine Acoustic Solid Metal  équipée d’un bras WTB 213 de chez Acoustic Solid et d’une cellule Hana SL, le tout passant par le préampli phono Aurorasound VIDA.

La pièce un peu grande et difficile car incroyablement gourmande n’a pas empêché les Mulidine de révéler un sens des timbres, du swing, de l’éloquence humaine, du huilé mélodique hors du commun, une vivacité magistrale, même s’il manquait un peu de l’incarnation dont elles savent faire preuve allègrement dans une dimension et aménagement de pièce plus domestiques.

En vinyle, on bénéficiait de la dynamique saisissante, de l’articulation et de la hardiesse habilement dosée du trio Acoustic Solid / Hana / VIDA… Marc lui-même a été séduit par ces produits qu’il ne connaissait pas vraiment.

Allez hop, un peu de courage, encore un étage, le dernier, et on arrive droit sur l’ineffable Serge (Megadisc-Classics) qui, avec son sourire carnassier de soixante-douze dents, vous embarquait dons sa folie affective pour la musique contemporaine sous toutes ses formes, en mettant un trémolo sur sa plus récente production par le Quatuor TANA de WTC 9/11 et Different Trains de Steve Reich (achat impératif !), une présentation particulièrement lyrique d’œuvres à la fois faciles et complexes et douloureuses et optimistes. Je reviendrai dans un autre billet sur la prestation dans les mêmes œuvres du Quatuor TANA lors du concert du samedi soir.

Le plus discret Fabrice (JFF Distribution) venu présenter Wilson Benesch et Jolida nous a fait de longues et belles démonstrations des enceintes connectées de la série EC Living d’Electrocompaniet qui inclut évidemment des lecteur-réseau, serveur etc… pour installation multi-room aisée très musicale à partir d’une interface particulièrement agréable à utiliser.

Il imprimait aussi sa présence dans l’alcôve latérale où était installée une petite chaîne multi-usages composée d’un Antipodes DX, un Lumin D1, d’un lecteur Atoll CD400, d’une très belle et très performance platine Wilson Benesch (c'est lui !) avec préampli Jolida JD9 SE (c'est encore lui), d’un ampli intégré ppfff VAN et d’une paire de Mulidine Cadence, un conditionneur secteur Torus (c'est toujours lui), destinée à des présentations variées autour du thème de la dématérialisation menée avec brio par François (Julien pour l’Antipodes) qui présentait également des solutions personnelles customisées en fonction des besoins dont le phénoménal serveur/DAC « Jonas » ou encore des accessoires Stein Music.

Enfin Fabrice avait confié les remarquables Wilson Benesch Vector aux bons soins des Esoteric de François (Synergie) et aux Jadis de Philippe (Green*K Design).

Dans une toute petite pièce très bien exploitée, très cosy, François (Synergie donc) et Philippe alternaient les prestations des :

-    Lecteur réseau Lumin N-05
-    Intégré classe A Esoteric F-03
Que je découvrais avec bonheur, se positionnant sur un terrain d’ampleur, de justesse suave et de ductilité que je n’attendais pas

Et
-    Lecteur CD Jadis Orphée
-    Intégré classe A Jadis DA88S équipé en KT120
Qui au prix d’un peu moins de transparence, ajoutaient peut-être une onctuosité organique.

Le tout sur les Vector donc, relié par Absolue Créations.

Là encore, je suis jaloux de ce que j’ai entendu n’ayant jamais réussi à obtenir une telle énergie, une telle pulsation des Vector (mais évidemment en en extrayant d’autres qualités) dans mon auditorium gourmand. Timbres, cohérence, affirmation positive qui ont valu un vrai succès d’amour pour ce stand dont les dimensions minuscules diminuaient l’ampleur majestueuse que savent aussi déployer les Vector.

Sans doute le traitement Tempo dont Philippe de Green*K – Design décrivait les vertus et performances n’est pas pour rien dans cette énergie étoffée mais parfaitement tenue.

N’hésitez pas à l’appeler à ce sujet aussi : 06 63 02 72 72

Salon 9 (quitte à les faire dans le désordre…)

Stéphane et Laurent (Atoll, mais doit-on encore les présenter ?) et Pascal (meubles Centaure) proposaient diverses combinaisons d’électronique Atoll :

-    Lecteur réseau ST200
-    
Lecteur CD/DAC CD400
-    
Préampli PR400
-    
2 x blocs AM 400 bridgés
-    Posés sur les meubles Centaure de conception antisismique (ça a l’air vraiment efficace, ces étagères superlatives)

… mais mettaient surtout l’accent sur le tout nouvel intégré/DAC IN300 très très surprenant et portant haut la barre des qualités musicales au point que j’ai dû insister plusieurs fois pour rappeler qu’il coûte 2800 € tant c’était médusant et aussi parce que ni Laurent ni Stéphane n’osaient le dire…

Combinaison hautement remarquée avec les belles Atohm GT2HD ou GT3HD (utilisées aussi pour la partie reproduite du concert), qui délivraient le panache qu’on leur connaît, la lisibilité magnifique et stentorienne affirmation de personnalité, alternant de temps en temps avec les ppfff ADA qui permettaient de montrer la polyvalence de l’IN300 aussi à l’aise sur des enceintes un peu énergivores comme sur des enceintes au contraire très détendues. ADA, guidées par un intégré à prix raisonnable, révélaient sans pudeur leur souriante énergie, leur intégrité lyrique, leur authenticité frémissante, un must définitivement !

Vivacité, couleurs, timbres, plaisir du groove, entrain, l’IN300 a comblé les visiteurs qui restaient très attentifs pendant toute la durée des présentations alternées avec celle, comment dire ? Euh…

Salon 8, des nouvelles AVA de ppfff de l’autre côté de la pièce par Patrick (Monsieur 30 000 disques), Emmanuel et Bernard (ppfff) accompagnés silencieusement par Yves, Gérard et Jean (x2) alimentées par :

-    Platine vinyle (sous-exploitée ai-je entendue regretter, dans le sens où les présentations vinyles étaient moins nombreuses que la part numérique) Acoustic Solid Wood MPX réaménagée pour pouvoir recevoir le bras extravagant VIVLab Rigid Float (installé un peu vite, un peu tard…) guidant la très explosive cellule Stein Music Aventurin 6 confiant ses pépites permanentes au préampli phono possiblement le plus abouti de la planète, à savoir le VIDA monoblocs d’Aurorasound.
-    Un drive Lumin U1 conversant en Spdif avec un DAC Eera de dernière génération, modèle Majestuoso
-    Le tout relié en Absolue Créations alternant entre In-Tim et Tim-Signature à un intégré Grandinote Shinai afin de rétablir l’équilibre de facture entre les salles (enceintes plus coûteuses qu’en salles 1, 2, 5 ou 6 mais électroniques moins absolues sur le papier), ce monstre de ductilité et aisance délivrant 36 W au compteur.


La part donnée au vinyle a été un peu raccourcie car devant l’énergie délirante délivrée par les AVA, il arrivait au bras de subir les assauts d’un plancher un peu élastique faisant regretter de ne pas avoir de ce côté aussi un meuble Centaure. Regret d’autant plus marqué que nous avions affaire à une formule vinyle de peu d’équivalent comme l’ont démontré les trop rares instants où on lui a permis de s’exprimer.

Que dire de cette écoute ?

Qu’elle semblait à même de regrouper les qualités cumulées de toutes les autres salles je crois (commentaire que j'ai saisi plusieurs fois dans les escaliers).

Qu’elle ne pardonnait pas les instants où Patrick misait sur la particularité musicale ou l’humour d’un morceau objectivement pas très bien produit, mais qu’à côté de ça on s’en moquait parce que la musique coulait avant tout à condition d’être mélomane.

Et que lorsqu’au contraire passait une belle production comme il en existe majoritairement dans tous les compartiments musicaux, on se disait que sans doute on ne l’avait jamais aussi immédiatement et évidemment perçue, vécue !
Un dimensionnement plausible des intentions musicales, une prise de possession de l’espace par la matérialisation organique des musiciens, une ampleur phénoménale (je frissonne encore au souvenir du premier mouvement de la 5ème de Beethoven par Karajan édition 63, qualité Studio Master Qobuz !) et une puissance physique même dans les filés en filigrane.
Des moments bouleversants d’intensité émotionnelle, de plaisirs plus gourmands, de chocs au plexus, caresses alternant avec coups de poing qui faisaient onduler le sol rendant parfois le grave légèrement flou mais si peu tant l’impact en était puissant.

Toutes émotions que nous allions retrouver le samedi soir grâce au Quatuor TANA que je vais raconter dans un autre article, mais non sans avoir évoqué l’animation intermédiaire orchestrée par Nicolas des « Domaines qui Montent », 10 rue des Hauts Pavés, qui a su nous emmener en voyage grâce à sa tonique présentation basée sur le partage émotionnel « musique et vin », encore un haut moment d’amitié, d’autant plus fort pour moi que Sophie m’avait fait le plaisir de sa présence.

Je regrette seulement de ne pas avoir gouté un seul des nectars ou piquantes découvertes que Nicolas avait apportés, accaparé par la préparation technique du concert…

Mais allez voir Nicolas, il vous en parlera mieux que moi.



JPO E800 + Genuin Drive


Les Journées Portes Ouvertes des 6 et 7 mars 2020 :

 

Tout d’abord, je tiens à remercier les visiteurs qui, comme toujours, ont été attentifs, curieux, intéressés et courtois.

Un grand merci à Serge de Megadisc Classic qui nous a aussi fait connaître la remarquable platine Genuin Audio Drive intégrant bras / cellule / préampli phono. Une platine de grande classe !

Un grand merci à David qui, outre la star du jour, l’intégré Accuphase E800, nous a aussi apporté un ensemble Chord le Drive / Up-scaler Blu MKII et DAC Dave.

Un ensemble que je vais apprendre à mieux connaître, car il semble explorer la musique avec beaucoup de minutie.

N’oublions pas les sublimes DAC EERA Meister et Majestuoso sur lesquels les présentations numériques ont majoritairement eu lieu, comme prévu.

Evidemment, tous ces formidables appareils ont pu librement s’exprimer grâce aux incomparables enceintes AVA de ppfff.

Dérogeant un peu avec nos habitudes, nous avons utilisé des câbles Wing dont nous aurons sûrement l’occasion de reparler !

En ce qui concerne la platine Genuin Audio, vous pouvez vous référer à l’article publié par le site « lebeauson ».

https://lebeauson.fr/a-l-oreille/144-genuin-audio-platine-drive-bras-point-cellule-sting



CPR JPO APURNA et ppfff


Les Journées APURNA & ppfff

Les 23 & 24 novembre 2018, nous avons eu le bonheur de présenter un ensemble de haute volée, que dis-je : de très haute volée, du côté de la suprématie, autour des luxueux amplificateurs du « joaillier » français APURNA et des géniales enceintes des « artistes » de ppfff.

Tout d’abord merci à Franck, le talentueux et méticuleux concepteur des amplificateurs sans équivalent d’APURNA, homme humble, attentif aux questions et à la perception des visiteurs de la démarche hors norme d’APURNA.

Merci à Francesco, le directeur commercial de la société qui, sillonnant les routes du monde entier, a trouvé le temps de poser ses valises quelques jours pour nous honorer de son bel accent, sa culture raffinée et sa curiosité en toute chose, son aisance diplomatique à expliquer la réalité et logique des coût et valeur des objets présentés, qui de mon point de vue se justifient par un constat incontestable : l’excellence visuelle, technique et musicale, aussi bien pour les réalisations APURNA que ppfff… Et tant pis pour les grincheux ou les aigris.

Merci à Emmanuel et Florian de ppfff d’avoir su expliquer leur choix de solutions techniques élaborées qui n’hésitent pas à plonger dans le passé pour rejoindre le futur face à l’armada technologique souvent vaine déployée dans le domaine de l’acoustique.

Merci au public toujours cordial, concentré, qui je crois a parfaitement entendu le degré d’exception atteint, médusés pour certains, secoués pour d’autres, sans la moindre contestation de l’évidence émise… et perçue.

Public hélas réduit par les circonstances : la crainte des barrages routiers a en effet dissuadé quelques-uns de nos précieux amis de faire le déplacement, je les remercie cependant de nous avoir fait savoir leur regret.

La présentation a été concentrée, à de rares moments près, sur les modèles Apogée d’APURNA que nous avions en mains depuis une semaine pour la présentation de l’ensemble Apogée + PANDORA de ppfff chez Trident, concessionnaire MASERATI ; consultez notre page Facebook pour cet évènement.

Le système complet était composé de deux sources, l’une numérique qui a concentré le plus gros des présentations avec l’envie de varier le plus possible les styles et artistes à savoir :

  • Lecteur réseau Lumïn U1 + alimentation ppfff
  • Convertisseur EERA MEISTER (quelle fantastique machine, émouvante de précision et modelé, je vais lui consacrer un BE complet au plus vite)

L’autre analogique pour quelques formidables moments de bonheur sur une vingtaine de disques amusants ou émouvants :

  • Platine Acoustic Solid Wood MPX double poulie
  • Couvre plateau VivLab
  • Bras VivLab Rigid Float 9’’ Carbon
  • Nouvelle cellule HANA ML pas rodée
  • Aurorasound VIDA Monoblocs VI-8

Ayant eu le temps d’installer et de laisser se poser les blocs intégrés Apogée d’APURNA dans leur superbe livrée « Carbone/Titane », nous avons privilégié ceux-ci plutôt que le nouveau modèle de la gamme arrivé la veille des présentations, pourtant nettement plus abordable, à savoir l’intégré Prélude, dont la matière mate satin d’une couleur crémeuse a attiré les convoitises.

Tout ce petit monde nourrissait la grandiose PANDORA de ppfff actuel modèle vedette du trublion français.

L’ensemble relié et alimenté par nos chers amis d’Absolue Créations entre Tim-Signature, Tim-Ref et Fontainebleau.

Malgré l’exiguïté de mon auditorium et ses défauts connus, nous avons atteint un niveau sans pareil d’engagement physique, de finesse frissonnante et de véracité harmonieuse, de variations dynamiques aussi étendues que modulées. Pour beaucoup, y compris nous, c’était un moment d’anthologie, une des trop rares écoutes qui marquent une vie et récompensent notre quête.

La transparence naturelle alliée à une énergie peu commune ont en effet ouvert un lien à la musique comme nous en vivons trop rarement dans une exigence de mélomane, un rapport direct aux démiurges de la musique trônant fièrement à côté du concert mais certainement pas inférieur.

Incarnation, tension nerveuse ou délicatesse sensuelle, tout est possible, et des filés les plus ténus du violon d’Aaron Rosand jouant une Partita n° 2 de Bach dans une approche intériorisée superbe, où jamais nous ne perdons l’archet, le crin comme le bois de l’instrument même à la lisière du subliminal, aux éclats furieux à des niveaux de concert de « Battle Sirens » de Tom Morello et Knife Party sans les moindres distorsion ou dureté ou début de fouillis (et pourtant !), tout n’est que jouissance pure.

Un des grands secrets de la vigueur expressive de ce système tient évidemment à sa capacité à procurer aux notes, des plus subtiles, quasi-inaudibles, aux déflagrations les plus extravagantes une densité constante, une matière concrète, une réalité palpable, une prise de possession de l’espace. Or, si c’est une caractéristique notable des réalisations ppfff, elles peuvent en perdre facilement la prérogative si l’amplificateur ne sait pas le faire, cas fréquent des gros amplis à transistors très chers débordant de watts inutiles ; là, cette personnification permanente est source intarissable d’émotions fortes, à point qu’on a du mal à comprendre comment des appareils aussi herculéens que les Apogée peuvent être aussi finement sensibles et euphoniques, jusque dans des amortis de notes émouvants de beauté, car jusqu’à présent, parmi nos nombreux essais, seuls les Grandinote en transistor, classe A et pas vraiment puissants, savaient créer ce lien.

La délicatesse est présente à tout moment, dans tous les registres de l’éloquence artistique, y compris dans les assauts forcenés de Primus, où des couleurs fines se faufilent dans des frappes insensées de basse/batterie frénétiquement entremêlées mais dont la virtuosité est ici sidérante de lisibilité. Le modelé et la plénitude sont toujours patents, permettant des niveaux de concert (dans ma petite pièce résonnante mais impeccablement tenue d’une poigne de fer par le système) sans le début d’un décrochage ou d’une distorsion.

Grâce à PANDORA, la puissance tellurique (mais raffinée) du grave des Apogée peut s’exprimer tout en nuances, couleurs et modulation jusque dans les tréfonds, bien plus bas que les fondations, du côté du noyau de la planète.

« Grosse claque » a exprimé un visiteur mélomane pourtant équipé de lourd, résumant au nom des hôtes présents au même moment la présence tangible des musiciens, si divers dans nos instants de musiques sans frontière, qui nous ont invités au spectacle, chez eux, dans le studio d’enregistrement, la salle de concert, une église ou un auditorium, où la vocalité frémissante d’une soprano laisse place au gros son percutant d’une déferlante électro, au raclement abrasif d’une énorme guitare (Tom Morello). Et toujours, une dimension plausible des instruments qui ne varie pas sur les forte ou au contraire au frôlement des silences, superbes de profondeur habitée, soit dit en passant.

Ainsi, des élucubrations acrobatiques et hystériques de Nina Hagen (jamais entendue comme ça) à la charge assassine du massacre du Dimanche Rouge dans la 11ème de Chostakovitch par Nelsons, du susurrement complice de Fischer-Dieskau dans « le Martin-Pêcheur » à l’ironie exquise et douloureuse d’Annie Clark dans « Slow Disco » et « Savior », version pour piano et voix, la ballade en musique a été si viscéralement prenante que nous sommes sortis épuisés de ces deux jours, car deux jours de concert, c’est beaucoup, c’est trop…

A ce stade, cette altitude de reproduction musicale, on rejoint l’art à l’état pur.

Et pourtant, mon salon est probablement un peu petit pour ce type de système, notamment sur des symphonies ou le gros son musclé de quelques passages de rock ou hip-hop. Qu’importe : l’immersion était totale, l’intimité avec les musiciens parfois à la limite de l’indécence.

Nous sommes passés tardivement (ma faute : je ne pouvais pas me détacher de la fascination qu’exerçaient les deux gros blocs Apogée) à l’écoute de l’intégré Prélude, modèle stéréo d’APURNA pas encore tout à fait rodé.

Toutefois, dès les premières notes, sur un appareil froid et pas installé, la parenté est flagrante, notamment l’intelligence (musicale) de la gestion de l’énergie.

Au bout d’une demi-heure, les timbres s’affinent, la scène recule, l’articulation s’assouplit, bref le système se met en place, et, les PANDORA n’ayant pas besoin de la puissance des Apogée, la proposition prouve progressivement sa logique. Evidemment on perd un peu du fantastique moelleux diapré de matières et couleurs exquises des Apogée, mais rien de l’esprit ou l’expressivité ; d’ailleurs les différences apparaissent uniquement dans le cadre d’une comparaison directe, et encore, très injuste pour le Prélude, câblée secteur deux crans en dessous (Tim-Signature trop court !)et surtout n’ayant pas eu le temps de s’ébrouer…

J’avoue mon envie de prolonger ces tests du Prélude, notamment sur ADA, AVA et ADELAÏDA, car pour avoir branché les trois divas sur les Apogée pendant les 10 jours où je les ai eus en main, j’ai été surpris de découvrir le niveau souverain que peut atteindre ADA par exemple, qu’on aurait pu craindre saturée par l’énergie et la transparence fourmillante des gros blocs, là où précisément d’autres enceintes dont deux coûteuses et prestigieuses (pas pour nous) et une que nous aimons beaucoup par ailleurs, se sont cassées la figure, totalement dépassées par le déferlement d’énergie et d’informations de toutes dimensions, formes ou origines.

J’ai même fait plusieurs fois la remarque à des visiteurs de passage, que proposer un ensemble incluant des Apogées et des ADA n’était musicalement pas absurde en dépit de la différence de budget tant les ADA ont à offrir drivées par ces « monstres ».

Autrement dit, APURNA et ppfff forment une équipe de vainqueurs niveau international et c’est la musique qui triomphe à l’arrivée ! La musique à son… Apogée ?




CR des JPO Living Voice, VIVlab, VIDA


 

 

Compte rendu des Journées Portes Ouvertes consacrées à Musikae et la lecture analogique 25 et 26 mars 2016.

 

L’installation pour ces Journées était composée comme suit :

-    Platine Acoustic Solid Wood MPX à double poulie
-    Bras VIVlab « Rigid Float » 9 pouces
-    Cellule Stein Audio Aventurin 6

-    Préampli Phono Aurorasound VIDA monoblock (en 4 blocs)

-    Amplificateur intégré ppfff Van V2

-    Enceintes Living Voice IBX-RW

-    Câblage Absolue Créations variant de In-tim à Tim-Référence


A bien y regarder, nous avons assemblé là un système composé de chefs-d’œuvre d’artisans devenus des références internationales, une réunion de talents purs, de développeurs brillants, passionnés, obstinés, patients… Tout ce qu’on aime.

Le résultat était à la hauteur et même bien au-delà et moi qui regrette souvent que ma pièce d’écoute manque un peu de densité, ces jours-là clairement ce n’était pas un problème tant ce système avait une capacité à sculpter l’espace en imposant une vigueur organique rare, surtout compte tenu de la compacité de l’ensemble.

Les deux découvertes principales, je le dis sans détour, sont définitivement des bijoux.

Quelles découvertes ?

Pas la cellule Stein Aventurin que je connaissais et adorais déjà, raison pour laquelle je l’ai fait venir pour l’occasion.

La découverte a porté en deux temps sur le bras VIVlab « Rigid Float » et sur le préampli phono VIDA Mono dont j’utilise avec joie et fierté la version stéréo depuis 3 ans maintenant.

Le bras m’a laissé interdit. J’en ai pourtant manipulé quelques-uns, avec quelques préférences (un tiercé ? Graham Phantom, Moerch, Durand, Ikeda... Ca fait quatre ? Ah oui !)

Le VIVlab « Rigid Float » et sa panoplie d’inventions (parmi lesquelles une qui me paraît fondamentale : il est totalement décorrélé de la liaison bras/support)  fait oublier tout le reste une fois qu’on a compris son fonctionnement et son installation atypique. Il guide la cellule (et semble-t-il quelle qu’elle soit, légère ou lourde, totale universalité) avec une aisance déconcertante, semblant s’affranchir totalement de la position sur le sillon, du pressage, des anomalies diverses des galettes noires pour lui permettre (à la cellule) de dévoiler tout son potentiel et croyez-moi la Stein Aventurin n’est pas timide, ne manque pas de panache, de vitalité, de puissance même. Avec le VIVlab, on en profite pleinement, jusqu’à la dernière goutte de nectar musical.

Car ne nous trompons pas, écouter un bras n’a pas de sens, comme pour un câble on doit apprécier son absence afin de révéler le vrai caractère de la cellule.

Ce qui est une réussite absolue avec le VIVlab. Il sublime la cellule Aventurin 6 comme aucun autre.

J’en parle d’autant plus à l’aise que j’ai été persuadé pendant les essais et un bon moment de la présentation que ce bras coûtait 5500 € jusqu’à ce que Karl (Musikae) me corrige et me dise : non, cette version coûte 3600 €.

Or, même en le situant à 5500, je n’avais aucun problème de prix, les performances musicales le justifiant sans aucune réserve.

Les visiteurs, peu nombreux cette fois avouons-le - week-end pascal oblige -, ont été sincèrement séduits et même saisis (ça se voit !) par le naturel, la réalité charnelle, l’homogénéité et l’afflux charpenté mais sensuel de la musique très variée que nous avons dégustée sur ces deux jours, sans en passer systématiquement par des disques audiophiles, flatteurs même sur un Teppaz.

Alors un merveilleux bras au service d’une cellule d’exception soit, mais ce n’est pas tout évidemment : le préampli phono VIDA Mono, deuxième nouveauté de notre présentation, se taille une belle part dans le résultat simplement magique.

Lorsque j’ai écouté pour la première fois le VIDA il y a 3 ans, je n’étais pas particulièrement demandeur ni en recherche, pas vraiment mon marché donc pas ma priorité. J’avais accepté de le tester pour l’évaluer, point.

Sauf que, sitôt qu’on l’eut branché, je compris que je ne le laisserais pas repartir. Un tel naturel, une évidence si palpable, une telle souplesse harmonieuse, on ne passe pas à côté, c’est bien trop rare.

Donc, je ne savais pas ce que je devais attendre de la version Mono de ce VIDA, d’autant que la différence de prix (4400 à 6000) n’est pas colossale.

Oui mais voilà : passer de l’un à l’autre est du même ordre de choc que d’écouter le VIDA stéréo la première fois. Honnêtement, ça m’a agacé. Et emballé, parce que bon, c’est comme ça, il faut bien laisser le droit aux créateurs de vouloir toujours plus et, plus important, d’y parvenir.

Et puis ça ne fait pas du VIDA stéréo un appareil moins bon ou frustrant, et c’est un point rassurant : je vis très bien avec la version primitive qui va déjà bien plus loin que ce que nous connaissons par ailleurs et délivre une musique vivante et gouleyante.

Oui mais en comparaison, on a l’impression que le Mono est un joyau bien plus onéreux. Les qualités du premier VIDA mais… approfondies ? Stabilité, plénitude organique et sérénité, fluidité onctueuse jalonnée de coups de griffes quand la musique le dicte, incarnation des substances et profondeur des silences (assourdissants) etc… vraiment on doit pouvoir placer ces objets face à des ténors dépassant les 15 000 € et ce sont les stars qui rougiront !

Le reste du système on le connaît et on savait que ça ne freinerait pas ces merveilles, le Van de ppfff est un objet totalement à part dans la production mondiale, là encore un joyau brut, et il me paraît inutile de ressasser tout le bien que nous pensons des Living Voice qui, à défaut de trouver autant qu’elles le méritent leur place en France ont envahi Allemagne, Angleterre et autres pays de mélomanes…

Nous avons prouvé qu’elles ne craignent aucune musique en passant des disques exigeants, longue errance d’un Quatuor de Chostakovitch (par Fitzwilliam) à Isaac Hayes, du premier disque électro de Liesa van der Aa au Sacre du Printemps (Karajan et Maazel), de Chick Corea à du funk explosif, de Juliette Greco à l’étonnant Night Bird de Lavilliers etc…

C’était magnifique, j’en suis encore ému à l’heure d’écrire ces lignes en hommage à des objets qui nous ont procuré frissons et vibrations et que je vois repartir à regret ; mais pas pour longtemps car je vais bien évidemment donner suite.

Merci à Karl pour sa disponibilité, son engagement sur une voie difficile, celle d’extraire d’un tri patient des objets inconnus par pure passion, rejetant la facilité des modes ou des normes de la puissance mercatique.

Pas étonnant qu’on apprécie de telles collaborations


Emotion part 1


27 octobre 2014

 


L’émotion, première partie.

 


Récemment, l’amie d’un copain, alors que nous buvions un verre après la fermeture du magasin, m’a posé une question toute simple et si pertinente :
-    mais à n’écouter la musique que sur des systèmes performants, pouvez-vous encore ressentir une émotion en écoutant un morceau dans un poste de radio ?

J’ai eu besoin d’un petit moment de réflexion avant de répondre : oui, bien sûr.

Le petit délai ne concernait pas la réponse évidente, mais le besoin d’examiner l’idée même de l’émotion, ses formes et ses degrés, ses alternances, « ses natures », la spontanéité comme vertu nécessaire…

Oui, bien sûr je peux vivre des émotions musicales via un poste de radio.
Je suppose qu’elle ne sera pas la « même » émotion qu’à l’écoute d’une œuvre majeure sur un de nos systèmes de référence. Je suppose qu’elle touchera une couche différente de la perception et de l’affect, je suppose qu’elle se conjuguera dans un tempo différent.

D’abord il y a ces choses chargées de sentiments qui éveilleront un frisson en soi quels que soient les circonstances, le lieu, l’instant. La mémoire olfactive est de ce point de vue particulièrement vive à réagir, le parfum d’une femme qu’on a aimée reste à jamais imprégné dans la chair et sitôt que les narines le détectent, même subrepticement au hasard d’une foule, la réaction fuse, immédiate et ardente, voire érotique, je pourrais être attiré par le seul parfum d’une femme qui évoque des réminiscences particulières.

Idem pour des musiques, souvent liées à des souvenirs du même ordre pour tout avouer.

Une petite confession : dès que j’entends (c’est heureusement rare) la reprise de « mon amie la rose » par Natacha Atlas, je fonds en larmes, même une bribe du refrain voguant depuis une fenêtre entrouverte au milieu d’un embouteillage infernal.

Je refuse d’entendre une seule seconde du final de West Side Story tant la fatalité de l’issue m’a secoué, d’autant plus maintenant qu’il y a quelques mois une belle jeune femme est entrée dans le magasin et, parmi les quelques disques qu’elle avait apportées pour choisir sa chaîne, a brandi ledit instrument à larmes.

J’ai aimé cette jeune femme sur le champ. Hum… pas seulement pour WSS… Je l’ai d’ailleurs évoquée lors d’une autre rubrique. Je suis raccord avec moi-même, c’est pas si mal.

Un fan de Johnny Halliday n’a pas besoin d’une chaîne à 50 000 € pour apprécier son idole.

Si j’entends quelque part « the End » des Doors, je suis pris d’une sorte de détresse parce que ça évoque le choc de ma première vision d’ « Apocalypse Now » auquel j’ai été particulièrement réceptif, mais l’intensité n’est pas plus élevée en l’écoutant sur une chaîne qualitative (et éventuellement moindre sur une chaîne de luxe sans aucune expressivité, ça m’est arrivé un jour sur un salon).

Les exemples de pièces musicales que j’ai découvertes à la radio, je peux même ajouter l’autoradio lors de mes longs déplacement en automobile à moteur, sont nombreux et dans des genres très variés, quitte à être paradoxalement déçu en les réécoutant dans de bonnes conditions, qu’importe, l’émotion a été là, secousse dans la moelle épinière, cette coulée de glace dans le dos ou cette chaleur au bas des reins selon les flèches, créant l’urgence, l’impérieuse nécessité, trouver ce truc, ce titre qui a fait vibrer une corde sensible, peu me chaut laquelle.

Et je peux citer des pics aussi différents que la première écoute en voiture pendant nos vacances en 1992 à Bayonne en identifiant Peter Gabriel sur quelques secondes du titre Digging in the Dirt après 6 ans d’attente vorace d’un nouvel opus de l’Archange, Maroon 5, the Zutons, Robin McKelle ou Imelda May qu’une symphonie de Bruckner par Abbado

Je vais même plus loin : il y a pas mal de disques que je n’aime qu’en voiture, j’en profite avec un plaisir sans équivalent, savoureux, attendu, impatient, sur les longues plages d’autoroute que le cheminement m’impose,  participant au délassement de rouler longuement sans urgence.

Souvent nous nous sommes pris à échanger avec un collègue au retour d’un lointain rendez-vous professionnel ou d’un salon à propos de telle ou telle version entendue sur France-Musique et décider de l’acquérir dans la foulée parce qu’on a tous les deux ressenti fortement qu’il se passait quelque chose, quitte parfois à s’apercevoir à l’issue du titre que l’un de nous a déjà cette version, oubliée ou négligée, passé à côté.

Je peux éprouver un bien-être lascif à ébaucher des pas de danse (tout seul, quand personne ne me voit !) en écoutant Prince en MP3 sur la minichaîne du salon, ou en écoutant un truc sans grand intérêt à la radio simplement parce que la conjonction est idéale, je peux, dans les mêmes conditions, me raconter des histoires splendides en écoutant des airs ou des artistes que j’aime plus ou moins mais qui en cette coïncidence provoqueront quelque chose.

L’émotion a des degrés, des atours divers, des causes variées, des émetteurs ineffables.

C’est pourquoi j’emploie assez peu ce mot dans mes diatribes : ce qui la provoque est inexplicable, inextricable, l’émotion appartient à chacun.

Je parle en revanche d’expressivité, qui elle ne dépend plus de la réception mais correspond bel et bien à une Vérité Objective de l’émission.

Et c’est ce qui reparamètre tout, ce qui explique le besoin chez certains mélomanes et amènerait ceux qui en ignorent l’existence à privilégier un équipement de reproduction qui sera précisément expressif, autrement dit plus fondamental qu’un système spectaculaire ou beau dont on se lassera vite.

J’ai, pendant mon adolescence, considéré Picasso comme un artiste essentiel certes, mais en pure théorie pour moi, ma faible connaissance livresque de l’œuvre du possible génie m’arrêtant à la lisière du cérébral. Et puis un jour, lors d’un tournage, assez jeune encore heureusement, je passe au MoMA et tombe en arrêt devant « les Demoiselles d’Avignon ». J’ai pris une gifle d’une violence inouïe qui m’a possiblement fait reconsidérer mon rapport à l’art au sens large. Ce jour-là, j’ai vécu un degré supérieur de l’émotion et la compréhension d’icelle, ce qui ne signifie pas le besoin de l’expliquer.

Bien sûr quand j’ai découvert par exemple la très belle version du quatuor n°9 de Chostakovitch par le Pacifica Quartet il y a quelques mois, ce n’était pas forcément sur la meilleure composition technique du magasin, or j’en ai entendu suffisamment pour sentir cette qualité rare du Pacifica de savoir varier sans arrêt la ligne pour toujours maintenir le suspens, la curiosité, l’envie d’aller plus loin quitte à se complaire dans quelques coquetteries.

Et puis, il n’y a pas si longtemps, alors que nous découvrions les ADA de ppfff, nous étions cinq dans l’audi pas tous bien placés, j’ai installé ce disque dans le lecteur et là nous avons vécu de ces arrêts du temps exceptionnels où soudain tout devient limpide, flagrant, compréhensible, naturel, humain, l’émotion prend une qualité éminente, de mon côté parce que j’ai frémi à chaque note, à chaque souffle, à chaque nuance de couleurs, chaque audace, et compris que ce qui parfois m’avait semblé une mignardise certes destinée à stimuler une ponctuation du texte, était en fait d’une subtilité musicale supérieure absolument pas facile ou factice, plutôt une élégie supplémentaire dans cette pièce à quatre voix dont les acteurs ont au final une importance constante et comparable, je me souviens notamment, vibrant encore à l’instant d’écrire, d’une ligne tendue du deuxième violon qui m’était apparue jusqu’alors comme un peu artificielle dans sa fragilité diaphane, précieuse et qui là, parce qu’elle reprenait sa densité organique naturelle, son vibrato hésitant car la ligne est difficile à tenir, imposait un espace charnel très différent comme un paysage qui aurait été jusqu’à ce moment privé de sa perspective, son fond, son assise, et c’est un exemple au milieu de tant d’autres dans ce formidable opus qui nous a tous, que nous soyons à priori sensibles ou non à cette musique précise, emportés jusqu’au bord du gouffre, l’émotion en commun, incapables de prononcer un mot pendant que j’allais, lentement pour que nous ayons le temps de reprendre notre souffle, retirer le CD du mange-disque me demandant ce que j’allais pouvoir y placer après cet instant-là.

Rien évidemment ! Car là aussi nous étions passés à un degré incomparable de l’émotion, accompagnée d’une compréhension transcendante, nous avions VU les musiciens, nous avions vécu un partage métaphysique en leur compagnie, aussi ne fallait-il pas s’obstiner à vouloir prolonger la magie au risque d’en corrompre la volupté unique. Après le choc des « Demoiselles d’Avignon », il ne fallait pas prolonger la visite au milieu de tant de chefs-d’œuvre pour ne pas en compromettre la quintessence.

Mais c’est bien cela qui est intéressant : lorsque la totale expressivité est au rendez-vous, elle va provoquer l’émotion collectivement comme seule l’’énergie du direct peut le faire ; les exemples au magasin où 5 ou 6 personnes ne partageant pas les mêmes goûts se retrouvent à la fin d’une œuvre qu’ils croyaient connaître ou non, émus, incapables de parler pendant de longues longues secondes pour ne pas avouer les sanglots qui obstruent la gorge, immergent les yeux, sans être nombreux n’ont laissé aucun doute sur la qualité passionnelle de l’instant.

Aurions-nous pu vivre cet intervalle de sentiments partagés - ou quelques autres à travers les découvertes de staCCato - autour d’un poste de radio ?

Non.
Plus aujourd’hui.
Pourquoi cette dernière précision ? Parce que vous me rétorquerez qu’au début de la radio, des familles pouvaient découvrir, paralysées d’émotions, les symphonies que leur proposait un Toscanini sur la NBC.

Alors pourquoi plus aujourd’hui ?

Tout d’abord parce qu’il y avait dans ces retransmissions des qualités de spontanéité qu’on a peut-être perdues dans la reproduction moderne ; les nostalgiques des grandes heures du direct sur France Musique ne me diront pas le contraire, même si c’est un autre sujet.

Mais surtout, à l’époque il y avait l’émerveillement de la découverte, on pouvait encore s’extasier sur le motif de 4 notes attaquant ex-abrupto la Cinquième de Beethoven. Aujourd’hui on a franchi le stade du premier choc pour aller bien au-delà et pénétrer dans un besoin d’exploration où l’émotion réclame plus ; on veut encore être surpris par ce même bloc rythmique et la suite de « l’Allegro con brio » par l’imagination et la faculté subtile qu’aura tel chef de les faire chanter, les réinventer, les embraser ou les sublimer, l’émotion deviendra alors une détorsion sensuelle, effleurement sur l’épiderme, une caresse sinueuse aux mains lentes, torrides et glacées, conséquence du voyage, de la perte ou la fusion dans l’œuvre, pas de la découverte, mais n’en sera ni moins vraie, ni moins pure, ni moins intense.

Bon j’arrête car vient de me revenir une question qu’une fiancée m’avait posée il y a de cela quelques années et qui m’avait laissé perplexe :

-    Pourquoi est-il si difficile d’être sérieux et si facile d’être trop sérieux ?

AC

 

 

 


émotion 2


octobre 15

 


L’émotion, deuxième partie et probablement pas la dernière.


En zappant un soir sur les 22274 chaînes du câble, je me suis arrêté sur la rediffusion d’un film très sympathique contant les aventures foldingues des membres d’une radio libre (en l’occurrence pirate) : Good Morning England de Richard Curtis, comédie faussement désinvolte et très allègre qui curieusement a été un bide.

L’histoire de cette station de radio - Radio Rock - émettant depuis un bateau navigant dans les eaux internationales de Mer du Nord pour échapper à la loi anglaise, se situe en 1966/67.

 

Mon intention n’est évidemment pas de pondre une critique cinématographique mais de développer un aspect secondaire du film pour rejoindre un précédent billet évoquant l’émotion… Pardon : l’Emotion, grand sujet d’inquiétude de notre belle époque.

Je parle donc des saynètes parallèles aux déboires des « héros », qui, ponctuant plusieurs péripéties du récit, présentent divers individus ou groupes de personnes, jeunes filles échauffées, gamins effarouchés, familles gourmées ou timidement émancipées, accueillant sur des postes de radio souvent très jolis et dans des circonstances très différentes le choc sardanapalesque, voire subversif, d’une percée artistique bourgeonnante et foudroyante : la musique pop ou rock introduite par les suggestions lascives susurrées des lèvres collées au micro de DJs anticonformistes ou au moins agitateurs.

 

L’émotion première et viscérale de ce public, déployée par le frisson délicieux de participer à un acte de rébellion caractérisée, emplissant les poumons encrassés de calamine conservatrice d’un petit air chaud de souffre, est superbement palpable et éminemment authentique. Après tout, être du côté de la liberté ou du libertinage à l’encontre des carcans verrouillés par les vieux cons emberlificotés dans leurs préjugés réactionnaires, dégage quand même une succulence délictueuse raffinée.

Le contexte bien sûr, la fraîcheur d’une hardiesse artistique en pleine efflorescence volubile ou caressante (A Whiter Shade of Pale de Procol Harum), barrée et sensuelle (Hendrix cité avec un titre anachronique) et encore The Kinks, les Beach Boys, Cat Stevens, Otis Redding, the Moody Blues ou the Supremes, bref sillonnant des thèmes bigarrés particulièrement bien sélectionnés dans le film (même si souvent les textes de ces chefs-d’œuvre étaient d’une mièvrerie à pleurer), injectent directement les papillons dans le cœur, la tête et le bas ventre, propulsent les fantasme et le plaisir à une altitude qui déborde les sensations musicales.

Et les postes de radio (mono) retranscrivaient une geste authentique avec une logique de son appartenant clairement à l’époque : ce film a la qualité, parmi d’autres, de rappeler pourquoi souvent les disques de cette génération étaient produits plus ou moins fastueusement ou piètrement mais toujours dans une gangue compressée avec une insouciance libertaire, courte en fréquence, pas du tout spectaculaire et un peu confuse voire crade ; oui, mais ça correspondait à une cohérence d’ensemble, c’était fait pour passer partout, par pour complaire à une poignée de privilégiés qui commençaient à s’investir dans ce qui allait devenir à la longue avec souvent plus de désastres que de progrès, la haute-fidélité.
L’émotion était connectée directement au sens premier de la musique dans une phase de rupture culturelle et émancipatrice en mouvement.

Qu’en reste-t-il de nos jours ?
Ou, pour poser la question plus crûment : y a-t ’il une logique à écouter cette musique connotée poste de radio sur les systèmes de reproduction affutés que nous préconisons avec passion, choyons jalousement, dont nous essayons de collecter les trop rares acteurs non pervertis par la facilité du marchéage ?

Oui bien sûr !

Absolument !

Définitivement !

Euh, oui…

Evidemment que (joli, non) l’écoute de ces musiques noblement populaires via nos appareils dûment sélectionnés pour exposer à cru les facéties, foucades, traits de folie, sidérations ou concentration tâcheronne, lents développements d’idées en strates des fomenteurs de troubles musicaux de cette époque a du sens, et ô combien !


Car passé le choc générationnel perdure la puissance artistique, filtrant vers la quintessence, éliminant des artisans portés par la tendance, aussi cette ère musicale hautement bénéfique mérite-t-elle amplement, à l’égal des grandes pages du baroque (où le filtrage n’a pas toujours été idéal), classique, romantique, classique moderne, contemporain, jazz(sssss), d’être retranscrite avec ardeur, profondeur, dynamique, puissance, panache, densité, justesse ou délicatesse…

… Avec respect.

Hendrix et évidement tant d’autres cette même décennie et les suivantes, Beach Boys, Animals, Rolling Stone, Dylan, Jefferson Airplane, Simon and Garfunkel, Zappa, Sergent Peppers, Bowie, Canned Heat etc… sont dorénavant des grands classiques et doivent être traités comme tels afin d’en multiplier les ressorts émotionnels, les affiner, les épanouir.

 

Cette manne novatrice ne nous parlant plus aussi directement en motivations originelles que dans son époque ou contexte, quelle que soit l’éventuelle nostalgie, et au même titre que le classique autorisé ou le jazz foisonnant des pionniers, a besoin désormais qu’on en fouille la luxuriance et la fécondité, les conceptions, le cœur pulsant touchant ou mutin, drôle ou vigoureux, la savourer  sur un système de reproduction naturellement prolixe permettant de bourlinguer bien au-delà du premier degré d’une génération, où les plus visionnaires mesuraient à peine que la météore Hendrix relevait du pur génie, n’y percevant pour la plupart que la sédition induite, la soif inassouvie de liberté, l’audace d’une prise de pouvoir, l’innovation révolutionnaire, la rupture, la provoc, et pas forcément l’intensité créative, la dextérité coloriste jamais égalée, l’ardeur volubile.


Si on est toujours surpris de découvrir ce que recèle un beau vinyle de Furtwängler, pourquoi ne pas écouter Zappa ou Jefferson Airplane ou tant d’autres avec la même intransigeance ?

Eh oui : haute-fidélité bien choisie, émotion garantie !

 

Vibrer au démon, frissonner aux poèmes lyriques délirants et pétulants d’idées sidérantes, déguster goulument des feux de couleurs et de rythmes jamais égalés, serrer les dents sous le grain qui racle… Explorant timbres, palettes virtuoses, matoiseries de successions d’accords inédits, déhanchements rythmiques, finesses ductiles, effets de chant, tremolos ou respirations, glissements groovants… Grelotter de volupté hédoniste sous la chaleur paradoxale d’une émotion nouvelle, en renouvellement perpétuel, n’est certainement pas moindre jouissance que les frissons épicuriens de l’insurrection.


A l’époque on s'enflammait à la gloire de Hendrix par enthousiasme contestataire, aujourd’hui on peut vérifier que l’esprit divin en est incontestable par acuité mélomane !

L’émotion vraie n’est pas que celle d’un instant, la relation à l’art véritable permet de varier le saisissement à l’occasion de chaque regard posé sur une même œuvre, et c’est peut-être ce qui fait le tri entre art mineur barbotant dans le buzz d’un instant, et l’art majeur éternel.

En musique, pas de salut : si Popa Chubby rend avec brio un hommage permanent à Hendrix, il n’est pas Hendrix.
Place donc à la haute-fidélité telle que nous, membres incorruptibles de staCCato (hi hi !), la concevons, pour ressusciter le pur farfadet, renouveler à l’envi le bouleversement que revendiquent les véritables amoureux de La Musique, sans frontière, genre, date, couleur ou culture !

Car là est le rôle de la haute-fidélité vraie : être suffisamment honnête pour offrir une perception nouvelle à chaque écoute d’une même œuvre !

Au risque d’enfoncer le clou, j’insiste sur notre définition de la Hifi à l’encontre de la Grande Hifi Internationale : frissonner en écoutant Hendrix ou Zappa ou les Stones, suppose de confier sa chère musique à ces rares ensembles de reproduction qui magnifient la différence, savent révéler la marginale altérité entre deux artistes, pas ceux ultra-majoritaires qui régurgitent du plus beau que nature et lustrent ainsi les différences parfois subtiles qui caractérisent chaque individu et qui font que Popa Chubby n’est pas Hendrix mais pas non plus un clone ou un pâle imitateur.

L’émotion est plus qu’un frisson éphémère : elle peut s’entretenir et se perpétuer à condition de la transmuer.

 


le microsillon aujourd'hui


 


avril 2015

 

 

Un des refrains du moment concerne le retour du disque noir.

Un peu comme celui des amplis à tubes.

L'histoire d'un succès, d'un renouveau, d'une renaissance.

Mouais...

On nous vante le triomphe de la qualité musicale de la vieille galette face à la poussée du "démat" dont certains journalistes reviennent après l'avoir pourtant promu au rang de tueur du CD moins de 10 mn après ses premiers balbutiements.

Ils en reviennent sous prétexte de tests poussés, rigoureusement aussi peu rigoureux que ceux effectués quelques années plus tôt et qui avaient mené à la conclusion contraire.

Et maintenant on nous assène qu'un lecteur CD Rega à 900 balles écrase tous les lecteurs réseau ou serveurs audio du marché...

Ben tiens.

En attendant un prochain revirement, revenons à notre sujet du jour : le bon vieux microsillon ! Une valeur sûre.

Qu'en est-il de ce retour fracassant ?

On le sent en effet, nous voyons pas mal de jeunes gens par exemple qui, sans doute un peu lassés par le cumul anarchique de données MP3 sur les baladeurs numériques, tombent un jour sur la collection des 33 tours de papa, s'aperçoivent, émus, que ce n'est pas désagréable d'avoir ce bidule anachronique entre les mains qu'il faut manipuler avec précaution, accompagné de belles pochettes grand format avec des illustrations parfois superbes, sophistiquées ou extravagantes...

Et puis qui, l'essayant - le plus souvent dans des conditions très moyennes, un Teppaz ou une Dual de Cro-Magnon dont la pointe en silex est ravagée -, trouvent que, quand même il se passe quelque chose soudain qu'ils n'avaient pas jusqu'alors dans l'écoute des fichiers compressés injectés directement dans le cerveau ou sur les médiocres HP des portables.

Ben oui, hein...

Les incorrigibles de la galette noire diront en haussant les épaules, suffisants : « pas étonnant, on n'a jamais fait mieux... »

Mmhhh, on peut dire ça !

A condition de prendre quelques précautions oratoires quand même.


Le vinyle c’est formidable, oui, sans aucun doute, et, pour certaines sensations sensuelles, irremplaçable. Je peux en parler, je passe beaucoup de temps en ce moment sur mon nouveau jouet (une Acoustic Solid Wood MPX, un bras WTB 213 et le VIDA) à reclasser ma discothèque microsillon, redécouvrant tant de perles oubliées : il est vrai qu’on vibre d'un plaisir incomparable dans le lien organique et la matière onctueuse qui n’appartiennent qu’aux vinyles incitant sans aucun doute à pardonner les nombreux défauts inhérents au principe même de la lecture.

J’écoute en ce moment même le dernier acte du Crépuscule des Dieux, une édition originale numérotée, j’avais oublié que j’avais encore cette merveille, dans la version quand même décapante de Solti à la tête de Vienne, Birgit Nilsson, Fischer-Dieskau, Frick et Windgassen.

Ca craque un peu, il faut vraiment que je m’achète la belle machine à laver les disques que je vise, mais je suis ébahi par la dimension poétique et subtile que j’avais oubliée à n’avoir écouté depuis des années que la célèbre remasterisation CD (magnifiquement faite sans aucun doute) qui date de… 1997 ?, et pas tous les jours qui plus est.

Sur le CD, le spectacle tend vers un paysage grandiose aux reliefs et couleurs paroxystiques, hollywoodiens, les traits sont surlignés, les cuivres, impressionnants, ont le gosier goitreux et leur grain magnifique est un rien fictif, les contrebasses ronflent à loisir, tendance générale à l’outrance extraordinaire qui contribue à faire que certains considèrent Solti comme parfois légèrement bourrin.

Sur le vinyle on découvre derrière le spectacle grandiose un monde de finesses, des jeux de couleurs délicats, on entend le subtil travail de l’orchestre (cordes raffinées à souhait !) qui semble jouer entre les creux et les pointes des comédiens pour accentuer un trait, accompagner un geste, prévenir une phrase, magnifier une plainte ou une pique acerbe, c’est d’une théâtralité mesurée et merveilleuse, on reconnaît ce travail de titan qu’a dû représenter cette captation idéale et la post-production scénarisée, probablement impossible de nos jours pour des raisons économiques évidentes. C’est quasiment une interprétation différente, sans pour autant que l’une soit à rejeter. Disons que la mise en lumière diffère mais au profit de subtilités artistiques que le CD ne permet pas de deviner. En grande partie, je le répète, du fait des choix lors de la remasterisation.

Maintenant la réalité est-elle toujours aussi merveilleuse et le choix aussi manichéen ?

Non !

Je ne suis pas de ceux qui se sont contentés de pleurer la disparition du vinyle ou se morfondre sur la vieille rengaine du : « le CD c'est pas bien, ça fait pas de musique ».

Tout ce dont je conviendrai à la rigueur, c'est qu'il est plus facile de se faire plaisir avec une petite platine vinyle à prix modéré qu'en CD.

Mais condamner le CD jamais !
Et évidemment encore moins les fichiers numériques même s'ils ne rejoignent pas le meilleur des trois mondes, encore que. Des esthétiques différentes tout au plus et qui fonctionnent toutes à condition qu’elles suivent une filière de pensée cohérente.

S’arrêter à considérer que seul le vinyle détient la vérité, c'est d’emblée renoncer à des décennies de productions musicales majeures qui n'ont jamais été proposées en microsillons ou alors dans de mauvaises conditions.

Parce que, ne nous y trompons pas, le vinyle n'est pas toujours qualitatif, avant même de parler de l’usure ou de la poussière ou des particularités de mise en œuvre.

On oublie un peu vite que, même à la grande époque, il y avait de lourds écarts de valeur de pressage, qualité des matrices, des moules plus ou moins usés etc…
Or, la plupart des « pressages » actuels vont de moyens à franchement épouvantables, même certains pressages réputés audiophiles. Sans compter la masterisation amont.

Pour des enregistrements de musique d’aujourd’hui, on ne peut pas faire grand-chose, si ce n'est éviter de rester bloqué sur le vinyle à tout prix. Pour de nombreux disques, il vaut mieux opter pour le CD ou mieux : un excellent fichier dont certains en haute définition creusent vraiment l'écart, sauf si vraiment on prend un plaisir sensuel et inaliénable à manipuler le disque noir, auquel cas je m’incline.

Pour des rééditions de disques issus du passé analogique, la question est tout autre, le bon vieux microsillon trouve sa pleine justification et il faut dès lors bien réfléchir entre la tentation de la facilité, à savoir acheter des rééditions actuelles, ou chiner pour trouver d’anciens pressages voire d’origine.

Pourquoi les galettes actuelles ne sont-elles pas à la hauteur ou rarement ? Pourquoi le son est-il souvent dur, aux articulations raides, la dynamique fine pourtant sans équivalent du microsillon souvent gommée et les musiciens accompagnés de pétillements magnétiques secs, etc…

Les réponses sont sans doute multiples, mais à ce stade j’avoue que j’en suis réduit à des hypothèses…

- Piste n° 1 : on peut par exemple avancer que bon nombre de vinyles réédités de nos jours sont issus d’une masterisation numérique faite pour le CD et pas retravaillée spécifiquement, à l'excepion de la compression RIAA évidemment, pour un support dont les critères techniques sont différents. Idem d'ailleurs pour les fichiers dits Haute-Déf, qui très fréquemment (le plus souvent aujourd'hui encore ?) sont issus des normes CD. Le temps arrangera l'affaire pour la haute définition, pas pour les microsillons.

Admettons que l'éditeur parvienne à remonter à certaines bandes analogiques dites originales (plus probablement issues de copies de copies de sécurité) on se demande ce qu'il en reste après toutes ces années, par quel process il faut les faire passer pour les restaurer et selon quels critères dans l’angoisse idiophile de la modernité. Une bande analogique avait une durée de vie de quoi : 10 ans sans altération ? 20 ans peut-être exploitable (c'est très optimiste) à condition que la bande fût de haute qualité, et encore, conservée dans des conditions idéales, régulièrement déroulée pour éviter que les spires ne collent.
                                                                                                                       
En outre, il y a la question du matériel utilisé pour la lecture et la restauration, pour traiter le souffle que le temps intensifie. Même chez un éditeur comme Classic Records dont le travail était incontestablement soigné, on identifie assez vite une couleur générale omniprésente, une matière des timbres identique et d'autant plus flagrante si on compare avec un pressage de la belle époque du même enregistrement, sans même parler de premiers tirages. Outre cette signature sonore, probablement due au matériel utilisé, lecture de bande, fabrication de la matrice, on constate en comparant avec de vieux pressages qu'on n'a pas vraiment la même texture, la même richesse sensible, le même frémissement.
Toutefois, c'est du travail bien fait, généralement plus raffiné que le CD équivalent, d’accord, et dont on peut tirer beaucoup de satisfaction émotionnelle, si l'équipement final est à la hauteur.

-    Piste n° 2 : sans doute parce que la qualité du vinyle, je veux dire la matière en elle-même, n'est pas soignée comme dans les grandes heures ; il s'agirait le plus souvent de vinyle recyclé, ce qui d'ailleurs se détecte vite, il suffit d'entendre les pétillements électrostatiques très secs pour comprendre que la matière vinyle est médiocre.

-    Piste n° 3 : la fabrication des matrices ou le pressage lui-même sont possiblement un peu bâclés mais ce point n’est pas une fatalité. Question de coût, c'est tout... Le savoir-faire existe toujours, enfin je crois.


Alors le microsillon oui, soit, mais pas à tout prix. Il y a à prendre et à laisser, à boire et à manger comme dit l'expression populaire...

Si vous êtes intransigeant dans votre rapport au CD ou au démat, ne le soyez pas moins dans l'écoute des microsillons. Que le plaisir soit plus immédiat ne doit pas empêcher d'être attentif et d'aller chercher au-delà, toujours dans cette idée fixe de mieux comprendre et honorer le travail des musiciens !

Ne vous ruez pas systématiquement sur les rééditions : 180 g ou 200 g ne sont pas la preuve d'une qualité ; n’hésitez pas à fouiller chez les spécialistes de l'occasion, vous trouverez facilement des vendeurs de disques de deuxième main qui font bien leur travail et sont de bon conseil, d’autant que leur clientèle principale est souvent composée de collectionneurs purs et durs plus accros à la pochette qu’à la qualité du contenu, et même si ceux-là bloquent les premiers pressages, les suivants sur la liste sont quand même supérieurs à la plupart des rééditions.


Ma logique du vinyle est simple : à chaque époque sa vérité, sa ligne technique.

Logique de riche, un peu quand même oui...

Production moderne ? CD ou idéalement fichier haute définition, car la ligne de production a été pensée dans ces formats, travaillée dans un environnement, une cohérence numérique à quelques exception près, soit.
Maintenant si vous voulez quand même le 33 T, d'accord, mais par plaisir de l’objet essentiellement, ou de colorations plaisantes que vous procure votre platine. D'autant qu'il y a des exceptions... Et des collectors, telles les éditions ultra de Jack White, ou quelques autres farceurs sympathiques, bonus cachés sous l'étiquette, début de piste différent sur un même morceau selon l'endroit où on place l'aiguille, plages en 33 ou 45 ou 78 tours (il est gentil mais il faut pouvoir le lire !!!), et même lecture à l'envers. Pas sûr que la précieuse pointe de lecture apprécie l'exercice, mais bon, il faut saluer l'inventivité promotionnelle et reconnaître que ce genre d'initiative contraint à être attentif à ce qu'on écoute.

Suite de la logique " une époque un support " : pour goûter tout ce qui date de la grande époque du vinyle, oui, on peut affirmer que rarement le CD permet de retrouver exactement l’envoûtement, la suavité, l’évidence ou le naturel des enregistrements, même des remasterisations, souvent galvaudées, visant plus à faire rentrer de vieilles bandes dans les rangs d'une apparente modernité, pas de souffle, pas de distorsion, des timbres plus précis et tant pis si au passage la sensualité frémissante, les variations internes du rythme ou les nuances dynamiques sont passées à la trappe.

Qu'on le veuille ou non, la pensée technique de l’époque allait de fait dans un sens unique : bande analogique, mixage analogique, master analogique, reproduction analogique, et ça se sent, ça se déguste autrement, ça a du sens, c'est beau, c'est juste, c'est direct.

Indubitablement, les cordes des violons procurent un soyeux en analogique qu'on ne retrouve que difficilement en numérique ;  l'euphonie, les subtilités d'articulation, de lien, la densité du huilé, le naturel dynamique sont admirables, la plénitude des timbres notamment sur les forte, etc... ; l’atmosphère habitée des premiers Rolling Stones ou James Brown, si contestables que soient les enregistrements en eux-mêmes, offre une vérité palpable et une grande portion d'un jazz majeur est plus immédiatement excitante en analogique pur.

Ceci, on l’aura compris, à condition de privilégier autant que possible les tirages d'époque, idéalement des premiers ou seconds ou troisièmes tirages, et encore en faisant attention au pays d'origine et bien sûr à la quantité de tirages effectués, mais sans forcément non plus en faire une obsession.

Plaisir de collectionneur comme je le disais plus haut ? Non pas exclusivement.

J'ai acheté récemment un pressage ancien de Revolver des Beatles.
J'avais le choix entre deux, un premier (ou second, je ne suis pas formellement sûr) pressage français et un premier pressage anglais. Le collectionneur aurait choisi le second, personnellement j'aime bien ce disque, mais acheter un premier pressage uniquement pour Eleanor Rigby, c'était quand même excessif, même si en comparant les deux (le vendeur me les a gentiment confiés) il y avait incontestablement un plus pour le pressage anglais, ça ne méritait pas la différence qui se chiffrait en plusieurs dizaines d'euros car de toute façon, la magie était au rendez-vous dans les deux cas !

Il y a sans doute quelques disques pour lesquels je me damnerais, soit, pas Revolver. Aussi à ce stade, vous faites ce que vous voulez, la valeur sentimentale n’a pas d’argus.

J'ai acheté à Munich quelques belles choses (d'occasion) en musique classique et ai pu une fois de plus comparer mes achats raisonnables (à une exception près pas plus de 15 euros par disque) à des pressages audiophiles modernes (entre 25 et 40 €). L'écart était bien plus flagrant qu'entre les deux pressages de Revolver. En faveur des tirages anciens évidemment, alors qu'il ne s'agissait pas de premiers pressages.

Pour autant, la qualité de versions vinyles "audiophiles" dûment sélectionnées surpasse les versions CD ou SACD ou HD par certaines délicatesses d'attaques, sinuosités dynamiques complexes, ou peut-être plus simplement encore une fois parce qu'on vibre à la logique plus cohérente de l'univers analogique.

Ce qui ne m'empêche pas d'avoir été ému par les mêmes disques en CD quand la masterisation n'était pas honteuse et le lecteur à la hauteur.

Autre exemple parlant de la mixité : j'ai acheté il y a quelques années une réédition moderne vinyle de Melody Nelson.

Je l'ai posée maximum 30 secondes sur la platine tellement le son était dur, épouvantable, sans nuance face à une excellente version super bien foutue en CD (alors que peut-être précisément les ingénieurs n'ont rien fait de spécial au moment de la masterisation).
Et puis lors d’une foire au disque, j'ai trouvé une édition ancienne à 20 €, j'ai pris, j'ai écouté.

Bon d'accord, c'était incontestablement supérieur au vinyle merdeux ; ça ne rend pas l'écoute CD (certes sur une machine de compétition) particulièrement honteuse, mais c’est quand même plus riche et le tiercé devient plus complexe.

Là encore, tout est question d’attente, mais en tout cas le pressage actuel est à bannir !

Alors, vous allez me dire (si si, vous allez me le dire ) : c’est bien gentil d’acheter des vieux disques tout poussiéreux, mais s’ils sont vieux, ils sont usés !

Oui, c’est le risque. Oui, il faut faire un peu attention, oui, il vaut mieux s’adresser à un commerçant de confiance avec qui vous pourrez éventuellement les échanger si vous n’êtes pas satisfait.

Mais dites-vous que, le plus souvent, les vieux disques sont encrassés plus qu’usés. L’usure ça existe, notamment les disques de jeunesse écoutés en boucles des heures et des heures de suite, creusant une empreinte nouvelle dans le vinyle sans lui laisser le temps de se reformer, surtout si l’écoute a eu lieu à la pointe d’une épée.

Mais même un peu usagés, on sera surpris de voir de quoi les vieux vinyles sont capables.

Quant à l’encrassement, oui, c’est plus difficile à éviter. Il y a des machines à laver les disques qui permettent de contrer efficacement (plus ou moins selon les modèles évidemment) et si vous avez une belle collection, c’est un investissement à considérer, même à plusieurs, entre amis mélomanes car on n’en a pas besoin tous les jours non plus, et vraiment dans certains cas, le résultat tient du miracle, on n’est pas loin de la restauration !

Les microsillons étaient costauds et ont de l'avenir, sans aucun doute...


J’aborderai probablement sous peu la question de la technique des platines, bras, cellules etc… Pas toujours simple non plus.

Mais quand l'installation est faite, c'est un bonheur sans cesse renouvelé.

 

NB : j’emploie ici le mot édition dans un sens large pas stricto sensu, à savoir nouvelle d’édition suppose changement de pochette, de label, d’un titre ou de l’ordre des titres etc…

Les étapes de fabrication d’un vinyle sont multiples et commencent par la gravure au burin diamant d’un Lacquer Master ; par pressage seront tirées des matrices, un jeu de positifs / négatifs comme en photographie argentique (négatif, interpositif et internégatifs puis tirages). Car - de mémoire - on sort alors des matrices positives et au moins une négative, la seconde étant une matrice de sécurité qui permettra de reproduire des moules sans revenir au Lacquer Master plutôt fragile.
Je ne sais pas si certains pressages modernes s’offrent le luxe de revenir aux matrices originales (négatives) mais j’en doute.

La gravure est effectuée après une « égalisation » (uniformisée en 1954 par l’association interprofessionnelle américaine RIAA) de la courbe de réponse en fréquences, visant très schématiquement à une atténuation du grave (pour éviter que les fréquences grave ne dévient le burin et permettre ainsi un meilleur remplissage en longueur par face) et une augmentation de l’aigu pour éviter qu’il soit noyé dans le bruit de fond.

C’est la correction inverse que va opérer la courbe RIAA de votre préampli phono.

Les matrices (1 par face évidemment) étaient données pour une production d’un millier de disques de première qualité mais pouvaient être utilisées parfois pour tirer jusqu’à 10 000 disques ; inutile de préciser la dégradation de la matrice. La norme admise tournait autour de 2 500.

C’est sans doute ce qui explique que les collectionneurs cherchent idéalement les pressages originaux venant du pays d’origine du disque.

Car aux autres pays étaient fournis une bande copie de sécurité et parfois peut-être des positifs issus du négatif de sécurité.

Pour autant, je ne crois pas qu’il y ait moyen de repérer la quantité de disques tirés d’une même matrice.

Un exemple de numérotation sur disque particulièrement complète indique :
-    Une partie de la référence de publication qui est indiquée sur la pochette.
-    La face du disque
-    Enregistrement sur bande (par opposition à directement sur le master) et parfois la génération de bande ou une nouvelle gravure ou un changement de contenu (22, 23)
C’est seulement en cas de changement de contenu qu’on devrait parler de nouvelle édition.
-    Parfois une sorte d’indication de la génération de matrice (B, C, E), donc issue d’une mère et pas originale.
-    Parfois les initiales du graveur
-    Le format du disque (M3, M6, M9)
-    Le n° du moule qui est cumulatif (numérotation continue) à travers les années mais est parfois réutilisé pour des rééditions ultérieures et ne donnent donc pas une idée précise de l’année de pressage sauf à être un spécialiste particulièrement pointu.

Donc pas d’indications de la numérotation de quantité de tirage pour autant que je sache.

Maintenant, est-ce que tous les éditeurs utilisaient la même nomenclature ? Non.
Parfois apparaît ce qui pourrait être une date, mais est-ce une date de pressage ou d’édition ?

Hé hé, pas simple de s'y retrouver, n'est-ce pas ?

Mais, je vous rassure, les mêmes blagues existent dans le CD et les qualités de masterisation et pressages sont au moins aussi variées.

Pour autant, ça n'altère pas le plaisir...

Vive la dématérialisation !

 


microsillon vs fichiers haute résolution


 

Avril 2016

 

J’ai relu récemment mon billet d’humeur sur la place du microsillon de nos jours (« et le microsillon alors ?»), article datant d’un an précisément.


Oh, je n’ai pas grand-chose à retoucher dans cette chronique, ni de raison de modifier ma position, à savoir qu’à chaque époque correspond une logique technologique qu’il n’est pas désagréable de respecter quand on peut s’en offrir le plaisir. Autrement dit, pour la musique enregistrée et masterisée en analogique (en gros jusqu’à la fin des années 70), la restitution analogique (vinyle essentiellement) offrira une saveur délectable et probablement insurpassable, à condition de soigner divers points techniques certes.


Toutefois, quelques expériences musicales vécues depuis la rédaction de cette chronique me mènent à deux ou trois brèves réflexions sur l’évolution de la position des curseurs de l’émotion musicale.


Ainsi, parmi les exemples choisis pour illustrer mon propos sur le microsillon, j’avais signalé le Ring de Solti (59-65) suite à la redécouverte dans ma discothèque d’une première édition numérotée qui creusait vraiment l’écart par rapport au superbe coffret CD remasterisé 97, une présentation et une mise en scène sonore très distinctes changeant même la perception de l’interprétation, un exemple parmi tant d’autres où le débat ne porte pas sur la nature du son plus ou moins beau, plus ou moins confortable mais bel et bien sur la conception artistique de l’œuvre.


Or, par curiosité, j’ai acheté le même ouvrage en Haute Résolution sur Qobuz, Haute Résolution d’ailleurs pas vraiment éblouissante sur le papier puisqu’il s’agit de fichiers 24/44,1 (par opposition à du 24/96 ou 24/192).


Oui mais à l’écoute, quel choc !


On retrouve l’exact équilibre tonal et dynamique du vinyle (une succulence de densité du médium inégalable) ainsi que toutes les vertus de la captation d’anthologie de l’œuvre révélant l’épanouissement luxuriant de l’orchestre et la cohésion insurpassable des solistes tous parfaits, alors que ce fichier est possiblement issu du labeur effectué pour la remasterisation CD de 97 !!!!


Ce fichier est une révélation : le microsillon est émotionnellement talonné de très très près. Bon d’accord, avec une belle combinaison de lecture numérique, drive Lumïn et DAC Accuphase, câbles Absolue Créations.


Belle soit, mais pas superlative non plus.


Surprise plus grande encore en écoutant les fichiers HR des symphonies de Beethoven par Karajan 61-62 qui, opposés aux vinyles pourtant là aussi en premiers tirages numérotés, font disparaître des duretés (dues au pressage donc ?) et apparaître une ductilité onctueuse, des délicatesses inattendues, exposent un espace et une respiration magistraux et supérieurs au vinyle, même en mettant les moyens, révélant en même temps l’exacte atmosphère réverbérante du lieu d’enregistrement, à savoir la Jesus-Christus-Kirche, mais en apportant aussi une hardiesse et une plasticité sans précédent à cette version par ailleurs idéale.

Idem pour le War Requiem de Britten par Britten (et un Peter Grimes ahurissant), les Puccini par Karajan chez Decca, ou les célèbres Tchaïkovski de Mravinski chez DG…


Et je pourrais encore citer Glenn Gould (remasterisation remarquable), ou les Beach Boys (jamais entendus comme ça en microsillon), Elvis Presley, Miles Davis, Gainsbourg (pas tous), Keith Jarrett, les Doors, Lou Reed etc, comparables en émotion pure, à défaut de savoir confronter deux formes de bonheur…


Car bien sûr, il reste un indicible et insurpassable bien-être voluptueux à écouter des belles solutions analogiques et je reste sous l’ensorcellement de la superlative démo que nous avons pu faire avec une platine Acoustic Solid, un bras VIVlab, une cellule Stein et un préampli phono Aurorasound Vida monoblocks.

Mais il y a dorénavant une relativisation impérative à la manie monomaniaque d’opposer une technologie à une autre, là où les indécrottables partisans du microsillon avaient beau jeu de dénoncer la vacuité du CD, sentence honteusement exagérée mais plaidable à l’écoute raffinée des galettes noires ; avec pour détestable corollaire l’idée de devoir renoncer à plus de trente ans de culture, à savoir ce qui s’est passé après le dérapage commercial du microsillon vers le CD.


Or, je m’aperçois que depuis un petit moment déjà, sans avoir vraiment prêté attention à la transition, l’essentiel de mes écoutes et souvent de mes démos s’appuie sur le « démat » d’un côté et le microsillon de l’autre, le CD ayant quasiment disparu de mes habitudes, n’ayant plus grand-chose à défendre sauf évidemment pour ceux qui ont d’énormes collections ou ne peuvent envisager de renoncer au contact avec le boitier en plastique.

Ce qui était mon cas naguère encore avec une collection de quelques 6000 CD quasi intégralement transférée sur un NAS depuis. J’ai franchi le cap naturellement et n’éprouve pas le moindre regret ou manque si ce n’est parfois d’avoir immédiatement sous les yeux une information futile dans le livret, très facile à trouver sur la tablette, télécommande quasi-indispensable.


Au sujet de la dématérialisation, soyons clairs : mon utilisation est fondée sur le stockage de fichiers de qualité, soit rippés soigneusement sans perte, soit téléchargés et dès que possible en Haute Résolution, lus via des lecteurs réseau ou players performants, sachant que contrairement à une idée reçue ils ne se valent pas tous.


Le « streaming » direct, Deezer, Spotify ou autres, assez quelconque, ne me sert que pour découvrir avant d’acquérir ou pas tel ou tel opus. Et encore, je prends souvent le risque d’acheter directement les fichiers, ne croyant pas toujours pouvoir déterminer les idées raffinées d’un artiste par le streaming, même en qualité « Qobuz ». Essayez d’écouter le concerto de Tchaïkovski par Patricia Kopatchinskaja et Currentzis en streaming et l’audace affinée d’humour se transformera en insupportable pédanterie.

En revanche, via le téléchargement, je clame haut et fort que nous vivons une révolution qualitative, un bouleversement qui dresse un pont direct et sans limite artistique entre le foisonnement de l’analogique de la grande époque et le chambardement numérique enfin dégagé du carcan de la petite galette argentée contre lequel des fabricants talentueux se sont évertués à lutter pour en extraire la quintessence durant des décennies. Messieurs les créateurs, mettez tout ce savoir-faire à disposition des fichiers haute-déf, les mélomanes de tout poil vous en seront éternellement reconnaissants.


Je regrette évidemment que la transition du CD vers les fichiers téléchargeables se soient faite brutalement, imposant de commander sur le net alors qu’on aurait pu envisager une phase transitoire où nos disquaires favoris nous auraient conseillés habilement puis fourni une clef USB des disques sélectionnés ensemble, accompagnée d’un livret imprimé.


Oui, mais quels disquaires ? A quelques exceptions près, ils ont tous disparu et pas même au profit d’une grande distribution vorace qui se contente d’aligner les faibles assortiments dictés par les majors.


La seule communication humaine qui nous reste renvoie précisément au vinyle où des vendeurs de galettes noires d’occasion ravissent encore notre bonheur de la discussion, du partage, comme si un plaisir d’antan devait correspondre à une conception désuète de la relation entre un vendeur-conseiller et son client privilégié.


Alors, quitte à devoir consommer sa musique numérique sur Internet, autant que ce soit des fichiers plutôt que des CD. Au moins, 20 mn plus tard au pire, on peut en profiter, même si l’envie d’acquérir un « disque » vous prend en pleine fébrilité nocturne.
D’autant que pour les disques récents, la haute-définition n’apporte que du bonheur, London Grammar ou Lorde, Yves Rousseau ou Lorin Mc Salvant, le Tchaikovsky de Kopatchinskaja dont je parlais ci-dessus ou les sonates violon/piano de Beethoven d’Isabel Faust et Alexander Melnikov et tant d’autres procurent des frissons exceptionnels impossibles en CD.


Nous vivons une époque formidable où enfin nous pouvons espérer une qualité de support musical comme nous n’en avons jamais connue, possiblement en progression constante, à condition que les éditeurs ne sombrent pas dans la facilité d’une production de masse en MP3.


A suivre avec attention et délectation donc.

 

 


Münich 2013 part 1


C’est curieux comme à chaque retour de ce monumental salon, on se sent paradoxalement nostalgique et dépité.


Dépité parce que cette exhibition de muscles sans tête est assez éprouvante pour notre amour de la musique…


… Et nostalgique parce que c’est quand même une belle fête, plus heureuse cette année que l’an passé soit dit en passant, qui nous permet en outre de vérifier que nous ne nous trompons pas dans notre recherche permanente d’objets exceptionnels : il n’y a pas grand-chose sur le marché pourtant garni de la hi-fi haut de gamme qui ait la moindre idée de ce qu’est l’expressivité artistique !


Qu’importe : au moins a-t-on pu se coltiner avec tout ce que la Grande Hi-fi Internationale affiche de prétentions via ses ustensiles hypertrophiés et incroyablement onéreux qui ne semblent s’adresser qu’à une douleur de la compensation au sens psychanalytique du terme ; somme toute pourquoi pas ? C’est tout de même mieux que d’être violent ou de se tuer en bagnole.


Et puis il y a les comiques que l’on est content de revoir, Avant-Garde par exemple, une de ces marques qui peuvent laisser planer le doute : le High-End serait donc un salon de la sono ?
Techno teutonne à fond plus un tour ! Grave d’IRM, chocs électroniques tout droit percutées des forges d’une imaginaire industrie chaplinesque, l’intérieur d’un Char Tigre.

Ne soyons pas injustes, pour de la sono c’est plutôt propre et ça distord peu, mais sur ce genre de musique des Martin Audio font aussi bien et c’est moins prohibitif. Ces gros bidules en plastoc ont évidemment des qualités mais on dirait que les concepteurs s’acharnent à établir leur mauvais goût. Ce qui ne met pas à l’aise quant à la suggestion d’une capacité à la virtuosité, n’est-ce pas ?


Il y a les stands où on ne comprend pas ce que les tenanciers cherchent à prouver : Tidal par exemple où on nous présente un système herculéen qui fait du rien, Hercule tirant la langue face à des travaux de couture, enfin je veux dire recousant un sac de jute, pas de la broderie, ce ne serait déjà pas mal.


Ceux, innombrables, qui s’échangent une même note grave pesante et amorphe, celle de la Grande Hi-Fi Internationale précisément, la réinvention de la basse continue dont on n’identifie surtout pas l’instrument qui est supposé l’émettre.


Ceux où, en dépit d’un Gianmaria Testa (heureusement qu’on a lu le nom sur l’écran de l’ordinateur) plus grand que nature, bodybuildé comme un lutteur de foire, on passe un bon moment parce que les fauteuils sont confortables face à un totem phallique comme il y en a énormément dans cette commémoration des bombes molles, Kharma par exemple, pour ne pas les citer.
C’est curieux, ça fait deux fois en trois ans que je m’en prends à eux alors qu’ils sont loin d’être les pires.


Il y a bien une autre marque dans le genre, où l’accueil était très sympathique par un canadien qui au moins faisait son travail en expliquant le comment du pourquoi ses enceintes sont les meilleures du monde (sic !), avec passion et arrogance, presque convaincant, jusqu’au moment où on passe à l’écoute… Pas vraiment une surprise, on a eu diverses occasions de croiser ses créations emblématiques. Mais lui, je ne le citerai pas, ne serait-ce que parce qu’il est gentil.



Ah, parmi les gentils, il en est un qui pour le compte faisait une démo sympathique et humainement réussie : l’ineffable Edgar ! Mais oui, notre Edgar national, qui exhibait sa passion du moment, les Swissonor, systèmes très éloquents à défaut d’être absolument universels ou justes, présentation animée, intelligente, voire rusée pour contourner les écueils, comme d’habitude. Musique agréable, un peu codée peut-être. Petit oasis de fraîcheur accompagnée de succulents petits gâteaux suisses.


Dans le genre accueillant, Onix et son excellent café - proposé en hurlant pour couvrir Dire Strait à niveau de concert mené par les amplis haut-de-gamme de la marque qui balançaient des coups de poing dans le bide tellement ça poussait -, relevaient le défi ! Preuve donnée par ce stand que la plupart des gros totors sont mous ! Là non ! Clairement pas ! On évitait ici la confusion habituelle entre énergie et rapidité en assenant les deux avec panache à défaut de subtilité sur des enceintes un peu néandertaliennes.


Sur le même thème de la sympathie, il y avait le plaisir de croiser les amis, les copains, les rencontres d’un jour, parmi lesquels évidemment nos grands potes d’Absolue Créations,  créateurs au talent superlatif, qui équipaient 7 stands majeurs (les grandes salles des niveaux supérieurs) au milieu de 107 exposants de câbles ! Rude constat pour la concurrence…

L’équipe d’Atoll faisant une présentation sympathique sur des enceintes un peu banales face à leurs haut-de-gamme de la série 400.

Évidemment le gai-luron génial Holger Stein et ses électroniques « l’air de rien » qui au-delà d’une présentation un peu désinvolte sur un stand très beau, démontrait qu’une débauche de moyens est plutôt contre-productive : lui conçoit des objets simples qui chantent ! Une gamme d’électroniques qui se parachève doucement mais sûrement et puis évidemment (sinon ce ne serait pas Holger !), il avait une surprise pour nous, bluffante !!!, des nouveaux Speaker-Match + Signature… Eh oui, c’est possible…

Dominique Giner de Metronome, toujours un peu, disons rêveur.

Et l’évanescent Sven, croisé dans les couloirs se promenant avec une petite enceinte jolie comme tout, ce type a incontestablement un talent de dessinateur très au-dessus des normes. Sans parler bien sûr de son savoir-faire en acoustique.

Et aussi les magnifiques Masa et Manolis de Tune Audio, Nic, etc… Nous en reparlerons…
 


Münich 2013 part 2


Suite…


Il y a aussi le plaisir de découvrir avant les autres les nouveautés chez les constructeurs qu’on aime bien, par exemple une FACT 12 chez PMC.
Faudra qu’on teste par nous-mêmes parce que la présentation n’était vraiment pas raffinée…


Les déceptions ? Les électroniques Grandinote, que nous apprécions pour les avoir expérimentées chez nous, étaient sur le stand absolument minables ; les enceintes probablement, ou la mise en œuvre.



Il y a les gags aussi. Je parle de ceux qui ne relèvent pas du pathétique à savoir la quasi-totalité des exposants, mais des vrais, ceux qui ont de l’humour ou de la folie ou une capacité à la provocation au-delà de la norme.


La médaille d’or de la catégorie du Grand N’importe Quoi va sans aucun doute à l’Opera Only !


Une sorte de donjon, un cylindre au-delà du phallique façon Kanamara Matsuri au Japon (fête du Pénis de Fer), qui se déploie en action pour parvenir à un machin de science-fiction entre HAL9000 et Robby le robot, 1500 kgs si si, 2,5 m x 1,85 m de diamètre et, mesdames et messieurs, c’est un amplifi-sécateur de 2 x 60 000 W ou 6 x 20 000 W pour la modique somme d’1,5 million d’euros !


Le tout en pure classe A paraît-il, ce qui suppose quand même d’installer sa propre centrale nucléaire et encore, en ayant recalibré toute l’électricité de la maison avec du 6 carré sans oublier la clim de l’Empire State Building !

J’espère vraiment que c’est sous tendu par une forme d’humour, sinon on nage en pure décadence. Remarquez, c’est assez vrai de la hi-fi au sens large.



On remarque en revanche un point qui fait rêver : le travail sur l’aménagement des salons, décorations pléthoriques, éclairages luxueux, meubles monumentaux, traitements acoustiques etc… un luxe de moyens qu’on est loin d’atteindre en France où le maximum d’audace est un pot de fleurs.


Ça fait mieux passer l’amère pilule de la médiocrité musicale pourtant planquée derrière des chanteuses de jazz insipides et des musiques d’ambiance calibrées pour ascenseur. Ou du blues. Ne rêvez pas, pas du bon : une guitare de la taille d’un brontosaure et une voix interchangeable. Ou des trucs qui cognent. Un bucheron, un marteau, un soldat de Pinochet, un boxeur, un missile atomique, ça cogne, mais ça cogne dur. Là non.



Car dans l’ensemble, tous les noms supposés faire rêver avec leur plus grasses pétoires oscillaient du navrant au lamentable en degrés divers de vulgarité. Des Wilson Audio pilotées par un déluge de Pass Labs trop forts, lourds et ennuyeux, invariablement voilés… Les orgueilleusement fabriquées Sonus Faber alimentées par les très beaux amplis de Dan D’Agostino, les immenses Isophon, 150 000 € tout de même, les Vivid sustentées par des électroniques suisses CH Précision (la précision suisse ?) dont on allait découvrir un peu plus tard qu’elles n’étaient pas la cause du désastre, les Tidal donc, les monumentales Egglestonwork Rushmore (elles ne s’appellent pas comme ça mais sont aussi modestes que ladite sculpture) qui débordaient tellement de mauvais cholestérol (le grave en langage hifiste) que je crois qu’il en reste encore un jour après la fermeture. Grand prix de la Mollesse donc, pourtant âprement disputé, les challengers se battaient en nombre !
Continuons la visite : les TAD dont on se demande vraiment pourquoi elles font fantasmer les agneaux ; certes il y a une indéniable présence physique. Et rien d’autre : pas de timbres (ou alors un seul), des graves puissants mais pas vraiment tendus et surtout pas rythmés ; et, côté subtilité, on cherche les repères vers l’orogenèse et la tectonique des plaques. Allez, soyons justes, un peu plus loin nous avons écouté les mêmes corpulentes TAD sur des électroniques différentes ( je ne sais plus ce que c’était hélas ) où la reproduction était à la fois un peu mieux tenue et plus nuancée mais pas vraiment enthousiasmante pour autant. Alors on dira que la salle est lourde, le terrain est gras, les salons sont mauvais payeurs, oui, certes, mais d’autres s’en tirent bien dans les mêmes volumes et avec moins de moyens. Donc : où commence l’incompétence et ou finit la vanité ? Pas chez moi, elle est infinie !



A propos de nous, qui est-ce, « nous » ?

Cette année, je me suis rendu à Münich accompagné de plusieurs amis, ce qui circonscrivait ma possible mauvaise foi, n’est-ce pas ?

Comment ? Ce mécréant aurait des amis ?

Oui, bon, disons des relations…


Ici, je vais faire une nouvelle petite pause pour couper l’article en plusieurs parties. Parce que je ne peux inscrire que 4 photos par page !
 


Münich 2013 Part 3


Continuons…


Quelques exceptions au désastre comique, évidemment, הַלְּלוּיָהּ, d’ailleurs plutôt du côté d’un certain haut-rendement pour les enceintes et assez variées pour les électroniques.


La palme du marketing ? Devialet placardant sa volonté de munir chaque être humain et probablement aussi chaque martien ou autre survivant de l’Atlantide d’un appareil Devialet.
Bon, l’argument est, euh, comment dire, un peu agitateur, mais en tout cas nous présenter une batterie de nouveautés (le Devialet 110, 170, 240 et 500, nouvelle carte-mère et nouveaux logiciels) en ayant tout dissimulé et à partir de 4 990 € est quand même un joli coup au foie des concurrents, s’il en existe car Devialet est, semble-t-il, mondialement recordman des ventes d’appareils au-dessus de 10 000 €. Bravo !


Autre nouveauté qui pourrait être intéressante : Totaldac. Encore des français, je ne savais pas, j’ai parlé au type en anglais tout le temps. Ça me semble moins horrible que la moyenne, ces machins. Le monsieur avait une légère tendance agaçante à dénigrer les Anima de Tune Audio qui pourtant mettaient idéalement en valeur ses sources, mais bon…

Car on a écouté ces petits nouveaux sur les Anima de Tune Audio qu’on connaît par cœur (et qu’on adore !!! ô combien !!! un sommet d’émotion quand c’est magnifié par les bonnes électroniques !) et les amplis Engström & Engström qu’on apprécie aussi pour les avoir testés par le passé dans des conditions luxueuses !

A propos de Tune Audio, le grand Manolis (représentant idéal de l’humanité) exposait aussi dans un minuscule stand du rez-de-chaussée (deux halls démesurés qui pourraient accueillir le Mondial de l’Auto), ses nouvelles Prime, pas gâtées - ou plutôt si : totalement gâtées - par l’acoustique de ces petits bocaux grotesques ( et pourtant loués une fortune ), mais qui révélaient, nonobstant l'adversité acoustique, un enthousiasme, une vigueur et une joie de vivre sans aucun équivalent sur le salon ; on devinait en outre que ça cherchait obstinément à timbrer en dépit d’un équilibre tonal altéré par la pièce.

Faut que je rentre ces petits bolides rapidement ! 

Parce que, au-delà de quelques réserves clairement imputables aux cagibis qui ravageaient jusqu’au Kondo show à quelques milliards d’euros dans un petit audi identique tout à côté, c’était quand même la meilleure démo côté musique vivante (si on en croit la hifi, il y en a une autre !) pour un prix indécent. Je veux dire de l’ordre du budget plantes vertes sur chaque stand, à savoir 6600 € !


La seule autre écoute émouvante de l’année : chez Kondo précisément, dans un identique petit aquarium minuscule et violent dans l’aigu, mais une démonstration admirable, des disques superbes dont un(e) autre Ginamaria, Hidalgo et un Zigeunerweisen par Michael Rabin je suppose… Aussi, en dépit des colorations appuyées des appareils, une larme sincère est née ; c’était fluide, admirable, un peu trop fort, mais si lyrique. Je préfère ne pas savoir le prix parce que chez Kondo, on choisit entre l’appartement et la musique.



Des petits trucs coréens ou japonais, je ne sais pas trop, Bakoon, des amplis minuscules destinés à ceux qui n’ont pas de problème de compensation justement ; ça avait l’air transparent et léger.



Siltech. Il est fou diront-ils ! C’est vrai mais quand même, au milieu de l’horreur générale, la qualité de ce stand avec électroniques et enceintes de la marque, enceintes en verre, stylisme pas vilain, était plutôt correcte, restitution rapide, presque vivante, pas charnelle du tout ni lyrique ou animée, mais bon pas si abomifreuse que certains de leurs câbles en tout cas.


MBL. Ben oui, comme tous les ans un vrai sens du show, un prologue correctement mené par un bonhomme au sourire fixe et bien embarrassé de son inutile violon entre les mains et à l’arrivée une qualité sonore certainement pas à la hauteur de la pyramide de Gizeh à laquelle prétend la marque, mais quand même plus qu’honorable, vigoureuse et ardente, une soprano peu identifiable dont le refrain cependant enchante l’esprit à défaut des sens.


Des enceintes dont nous n’avons pas noté le nom exploitant dans le médium aigu un HP original qui ressemble à un écran de tablette. Le produit semble prometteur à l’exception d’un grave grossier comme partout, dégoulinant jusqu’à napper le sol de l’auditorium et collant aux semelles. Ma mémoire sur le salon ( merci François ! ) me rappelle que ce sont des Göbel High-End.


Engleholm ; hautes colonnes suédoises à la silhouette courbe qui ne réussit même pas à être féminine, utilisant les mêmes HP céramiques que tout le monde mais, euh, mieux !

Sans doute parce que les boncepteurs semblent avoir choisi d’en coller une palanquée tous identiques en série/parallèle pour éviter un filtrage tordu, que les HP céramiques doivent être coupés bas donc avec des filtres moins raides et relayés par ce qui pourrait être un ruban. En dépit de quelques tendances au grave de tout le monde, le reste était pétillant rythmé et énergique, transparent, hélas à 46 000 € la paire si j’ai bien compris le suédois. Ou le finnois, j'sais pas trop !…
 


Münich 2013 part 4


Enchaînons… 4ème volet :


La jolie découverte de l’année, ce sont les enceintes Sound Kaos, dont le dessin rappellera les petites Vivid ou les Abyss Acoustique (qu’est-ce que c’est devenu ça ?), jolies formes pas vraiment abouties, bois blond de la grande époque de la déco danoise élégante quand même pas magnifique, en revanche une restitution animée, habitée, volubile, des timbres d’une grande subtilité, révélés sans doute par les câbles Absolue Créations ; j’aurais bien aimé écouter des formations un peu plus complexes sur ces petits bolides facturés 16 000 € l’air de rien, mais au moins la musique était-elle respectée ! Ça adoucit la note, franchement…




Voxativ : toujours aussi passionnantes ces enceintes à pavillon arrière utilisant un large-bande maison (au milieu d’une ligne complète de transducteurs) conçu par un génie du HP, Inès Adler qui a fait disparaître tous les petits défauts agaçants et congénitaux des large-bandes bi-cônes au profit d’une richesse harmonique et d’une délicatesse de peu d’équivalent, le tout bien sûr animé du plaisir à gazouiller propre à ces solutions si ardues.

A suivre, ça m’intéresse vraiment énormément, d’autant que Voxativ vient de sortir un « petit » modèle adorable (à ne pas confondre avec abordable), la (Pi, comme le film assurément improbable et grandiose d’Ang Lee, un moment de cinéma à la fois beau (c’est peu dire), métaphysique et qui n’a pas peur de se jeter dans le mysticisme).


Le clou du salon maintenant, le buzz ?…
 


Münich 2013 part 5


Le clou du salon maintenant, le buzz ?…



Sans aucun doute la Vox Olympian de Living Voice, cet hénaurme truc en 4 caissons, peaufiné depuis des années par le talentueux Kevin Scott.


Autant dire tout de suite qu’il y avait quelques aspects énervants dans le show : c’était trop fort, les amplis Kondo étaient à bout de souffle, et Kevin laissait chaque disque au moins 20 mn. Bref, 3 disques = une heure !

Qu’importe : il faut avoir écouté ces monstres (300 000 €, je réfléchis encore un peu avant d’en acheter une paire de démo, sais pas pourquoi) pour comprendre ce qu’est le grave, une exploration hallucinante de netteté, puissance nuancée, densité tellurique, timbres, variations mélodiques, évidemment à la hauteur du reste du spectre, transparence, franchise, couleurs diaprées, parfois un peu technicolors, et une présence quasi indécente.
Une cohérence tonale, dynamique, mélodique sidérante quand on pense à la complexité du joujou !


Le système idéal ?


Possible, même si la démo n’était pas encore à 100% parfaite : d’abord il y avait de la distorsion probablement due à l’essoufflement des amplis qui avec je ne sais pas exactement, disons 20 w pour secouer des 38 Vitavox et une enceinte 5 voix passive, ouch, se débrouillaient comme ils pouvaient……
Et du coup, il n’y avait pas de swing, ça ne balançait pas, ça ne dansait pas, vivant oui, mais pas inspiré. Toutefois, compte tenu des moyens employés et de la méthode choisie, il n’y a aucun doute : cette lacune tenait à la mise en œuvre.

C’est intéressant de noter qu’il y a deux ans, dans les mêmes conditions, j’avais chialé en écoutant les Anima de Tune Audio accompagnées des impensables Aries Cerat, c’est vrai, pourtant ça ne m’empêche pas de considérer le chef-d’œuvre de Kevin Scott comme un possible prétendant au record, un peu vain jugeront certains, mais si enthousiasmant dans l’idée de placer la barre de plus en plus haut. Un peu moins de musique que sur les insurpassables Anima, mais une vigueur organique sans équivalent !


Kevin alternait la présentation des Vox Olympian avec celle, très réussie, d’une paire d’OBX-RW qui relativisait quasiment tout (l’exception ? Les Prime de Tune Audio ! Y aurait-il conflit de talent entre ces deux agréables et atypiques créateurs ?) ce qu’on pouvait écouter dans les autres audis ; on a retrouvé tout ce qu’on aime des Living Voice, avec un grave un peu plus charpenté que chez moi (mais mon audi amaigrit sensiblement la restitution), la vie, la liberté dynamique et rythmique, même si j’obtiens évidemment plus en magasin ou chez les particuliers en précision, subtilités, vitalité et timbres.


Et puis l’autre moment d’apaisement, nous l’avons connu en dehors du salon.


Je ne parle pas des bières allemandes et des merveilleuses asperges à la sauce hollandaise servies dans des brasseries plus vastes qu’un terminal d’aéroport par des Walkyries de 120 kgs (une surtout au sourire si magnifique et si imprévisible aussi !), mais du haut-de-gamme Wilson Benesch présenté dans un palace du centre-ville où j’ai eu un peu honte de garer l’Audi A7 (eh oui Audi, on ne peut pas s’empêcher, déformation professionnelle) à côté des Bentley et autres Maybach ou Aston Martin.


Les Cardinale.

Alimentées en tri-amplification par les amplificateurs suisses CH Précision.


Ben, vraiment pas mal même si ce n’est pas à priori ma tasse de thé ( ni ma chope de bière ). On a pris notre temps, on a passé mes disques, on était entre potes, on a pu explorer le potentiel de ces machins très très technologiques. Que dire ?

Une démonstration absolument pas show off tout d’abord, toute en équilibre et retenue.
Premier exploit : on réussit facilement à trouver le niveau sonore idéal pour chaque disque, ce qui n’est pas un petit compliment.

Une totale absence de distorsion, très insolite, même sur des pointes de niveau élevées, aucun son de charge non plus.

Une vivacité du meilleur goût, une dynamique sans heurt, précision (suisse ?) et stabilité de la scène sonore tout de même rare, lisibilité idéale sans pour autant tomber dans le clinique, homogénéité de large-bande, capacité à la présence corporelle très bien dosée, je veux dire pas forcée ou vaudevillesque comme certains systèmes cités en amont, un grave qu’on a craint une ou deux fois légèrement lourd mais en vérité très peu, prouvant le réglage extrêmement fin à la fois des Cardinale mais aussi des Torus, deux gros cendriers qui sont des sortes de caisson de grave.


Relatif désenchantement sur les timbres et le ressenti de plus de vie que de poésie, mais un bon sens des rythmes quand même, tout cela probablement peaufinable.

Incontestable réussite, vraiment, bien au-delà ce que je connais par ailleurs de la marque. Si ma sensibilité musicale n’est pas absolument comblée, je reconnais quand même qu’on a affaire à une proposition aboutie, cohérente, incontestable dans sa logique.
Donc bravo et merci, merci de surcroît pour la gentillesse et la disponibilité du concepteur qui a exprimé avec patience et application la complexité technique de l’objet au point de me donner le plaisir de croire que je parlais bien l’anglais.


75 000 € la paire, sans les Torus et chaque ampli (5 au total) coûtant 27 000 €, d’accord, mais franchement, dans la catégorie hi-fi conventionnelle ( entendez par là excluant les systèmes atypiques de type Voxativ, Living Voice, Tune Audio ou Sound Kaos etc… ), alors qu’on sortait de deux jours d’abominations réclamant des années de salaire d’un cadre très supérieur sans compter les câbles au prix d’une Lamborghini, l’écoute des Cardinale était vraiment rafraîchissante, au point de se dire: oui, je pourrais vraisemblablement vivre avec ça !


A condition de revendre l’Audi A7 !

Ah zut, elle n’est pas à moi…


Et puis, à encombrement certes supérieur mais prix nettement moindre, je continue de préférer l’idée d’une paire d’Anima et un Pulse de Tune Audio et leur redoutable verve lyrique et voluptueuse, mais quand même, c’était bien !


Finalement plutôt un bon cru, cette année 2013.


Merci aux bavarois, merci à la délicieuse Masa et au grand Manolis, à Romain et Clémence, Fabrice, François, Christophe et Alain, Laurent, Holger et les autres…
 


Münich High-End 2016 chap 1


 

High End Munich 2016 – 1er chapitre

 

Un grand cru ?

Depuis quelques années que je (nous) suis (sommes) fidèle(s) au salon High End de Munich (j’hésite entre « je » et « nous » parce que je suis toujours accompagné d’une bande d’amis), je n’éprouve pas le besoin de faire un CR au retour car je n’ai pas grand-chose à ajouter depuis mon compte rendu de 2013.

On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi y retourner obstinément tous les ans si j’estime que les révélations sont rares.

C’est vrai mais le High End est une fête, un spectacle lumineux où on constate le plus souvent un enthousiasme rassurant, où les gens, animateurs, public, sont plutôt souriants, joyeux pour certains, où on retrouve des fournisseurs lointains qu’on ne voit guère que là, où on se remet les idées en place, diversement, où on sourit devant la débauche d’imagination qui ressemble parfois au concours Lépine, où on frémit, de gourmandise, d’écœurement, de bonheur enfantin devant l’exhibition de richesse selon que c’est justifié ou honteux, esthétiquement réussi (rarement) ou abominablement laid (fréquemment), autrement dit, une parenthèse dans la fréquente grisaille du marché français. Et puis la Bavière est un beau pays qui propose un dépaysement bien agréable, architectural, artistique, culinaire et autre…

Si j’ai décidé cette année de refaire un compte-rendu, c’est parce que 2016 a été un grand cru.

D’abord, le beau temps : un ciel immaculé et une température bienfaisante qui ont permis quelques soirées prolongées avec les amis et une belle ballade le samedi après-midi.

L’amitié donc, les complices qui m’accompagnaient évidemment, mais nos partenaires habituels (Atoll, Absolue Créations, Mulidine, JFF, Tune Audio etc…) et quelques rencontres bien sympathiques…

Ensuite un excellent déroulement de notre visite méticuleuse des innombrables stands Atrium 3 & 4 et étages nous permettant d’écouter quasi-exhaustivement, à l’exception peut-être de quelques stands dans les grands halls du RdC.

J’étais très concentré car à défaut d’attendre des miracles, je voulais m’efforcer de comprendre pourquoi tant de marques et systèmes qui ne me m’enchantent pas voire me débectent peuvent être des référents de convoitise ou d’engouement pour un vaste public, et étais même animé par l’espoir chevillé au corps de changer d’avis, me conformer à l’avis de la majorité.

Et alors ? Et alors ?????

Alors non, décidément : les oscarisés de la Grande Hifi Internationale continuent de caracoler dans leurs cuirasses d’aluminium mastoc et de laques inexpugnables bien trop loin de la musique, faisant fi, éventuellement par ignorance, de l’expressivité ou la sensibilité, de la vie tout simplement, se satisfaisant avec fierté, arrogance ou indifférence d’une affirmation  ronflante (fracassante aussi) qui se veut musclée tel un culturiste gavé de stéroïdes qui confondrait son hypertrophie avec le punch et la fulgurance du swing d’un grand boxeur.
A l’arrivée donc, plus de pression retentissante que de vitalité dans tout ça, et c’est bien triste, de l’énergie oui, mais de l’énergie indolente, ça pousse oui, mais ça pousse mou.

Sans parler de la manie du duplicata : on a par exemple écouté attentivement des dizaines de gros machins au look de photocopieurs ou scanners qui se ressemblent tous (Constellation, Vitus, Soulution, Emmlabs, etc…) et, s’ils sont magnifiquement construits, parfaitement pensés, agencés, semblent se satisfaire d’une idéalisation du son plutôt que de s’engager dans la voie plus complexe et audacieuse de la verve chantante.

Au moins, les amplis de Dan D’Agostino ont de l’allure, les Metaxas sont drôles et du côté des amplis à tubes il y a un peu plus d’imagination esthétique.

Le degré moyen des finitions, on le sait, est remarquable et c’est de ce point de vue une réelle compétition qui crée une confusion fréquente dans l’esprit du consommateur entre la plastique des objets et leur irréprochable qualité de fabrication. Ainsi, quand on entend « beau », faut-il comprendre « très bien réalisé » !

Parce que sinon, honnêtement, la présentation de nombreux objets relève quand même d’un déballage de goût douteux.

Alors voilà, on s’étonne - sans en être blasés pour autant - de déambuler dans un défilé d’ennui, un désert émotionnel commun à la quasi-totalité des stands prestigieux que rien d’autre que les dessins plus ou moins biscornus des enceintes ne permet de distinguer. Les idoles, Magico, Martin Logan (la tête dans une guitare monumentale, le plus gros modèle fabriquée par « Les Paul » si c’en est une ce machin méconnaissable de huit mètres aux couleurs de forge sur un blues théoriquement délicat), Vivid, Zellaton, Raidho, Backes & Müller, Marten, Verity, Tidal, Gauder, Albedo et autres, révèlent peu ou pas de sens du rythme et encore moins de swing, des timbres de beaux à discutables mais rarement justes ou homogènes, un grave parfois spectaculaire, parfois mou et quelquefois seulement, presque par hasard, à sa place…

Kharma par exemple. On s’installe dans le confortable canapé alors que tourne un morceau de percussions évidemment très léché ; au début on se dit que ce n’est pas si mal, notamment sur les percussions aigues qui filent joliment. Bon à condition de négliger la facture, mais dans les étages des Hall 3 & 4, on multiplie les zéro partout de toute façon.
Puis vient un disque plus complexe et soudain l’illusion s’écroule, grave redondant et sans punch, pas de vraie attaque sur la quasi-totalité du spectre. Bien sûr ce n’est pas horrible, mais sans plus.

C’est d’ailleurs un constat récurent, cette confusion entre puissance développée et tranchant d’un attaque, car dans la grande majorité des cas, il n’y a pas d’attaque, pas de rapidité, pas de tension, pas de nervosité. Du panache, de l’affirmation, oui, mais pas de réactivité ni sur les petits signaux, ni sur les transitoires.
Reste indéniablement aux Kharma un sens du détail inouï dans l’expression du bon goût et du raffinement esthétique.


Une collection de Wilson Audio, les mêmes (des Sasha  ou des Alexia ?), de la même couleur, sur une profusion de stands, nous a permis d’entendre des différences d’approches probables mais à l’arrivée aucune qui se distingue par un engagement musical évident. La présentation la moins cocasse étant probablement celle de Nagra.


Quelques petits instants d’exception évidemment, même chez les idoles, Rockport notamment qui cette année s’en sort bien mais je ne sais plus avec quelles électroniques et quelques pièces où, à défaut d’aimer on comprend pourquoi ça peut plaire à condition de privilégier les sensations au dépend de la musique et le plus souvent d’écouter à des niveaux de matraquage de foire.

Hum, je dois avouer que les exemples  ne me viennent pas à l’esprit parce que ça ne nous a pas marqué pour autant.

Hmmm, ah oui : les amplis Engström & Engstöm sur des ? Marten ? Sais plus, elles se ressemblent toutes.

Comme quoi ça sert de prendre des photos en oubliant de noter les marques.

 


Münich High-End 2016 chap 2


 

High End Munich 2016 – 2éme chapitre


Et puis au milieu de cette débauche de vacuité bruyante, quelques petites surprises ou confirmations qui font du bien.

Prenons par exemple le gros système MBL. Le gros, hein, qu’on soit bien d’accord.

Eh bien d’année en année, on y trouve du plaisir. Et sur des musiques enfin diversifiées. Dans le genre plus gros que nature, soit, mais au moins c’est vivant, les timbres reconnaissables, les matières bien pleines, la densité plausible dans son excès bien maitrisé, le grave tenu et puissant, artificiel mais au moins tendu.
Indubitablement c’est du grand spectacle et l’acquisition qui plus est quasi-inaccessible mais compte tenu de toutes les onéreuses horreurs qu’on subit depuis des heures, on en vient à trouver que le système MBL est presque raisonnable financièrement. D’autant à bien y réfléchir que c’est un ensemble présenté à la virgule près depuis combien maintenant, plus de dix ans ? Preuve que la qualité ne se démode pas. Pas mal, vraiment, même si on rêve d’écouter des musiques un peu plus intimistes ou exigeantes pour valider l’impression favorable, mais bon…

L’écoute chez Avant Garde était moins caricaturale que d’habitude, plus mesurée et proposait une idée de sono vraiment réussie. Ne le prenez pas mal, c’est un compliment.

Ecoute honnête sur un gros modèle Harbeth, dans des codes raisonnables entre élégance et précision, une bonne idée du monitoring.


Il y a aussi les stands où on rigole, par exemple la bonne humeur chez les teutons de Blumenhofer qui plaisantaient autour de la subtilité d’un disque de Rammstein et d’une demande en mariage très romantique… Avec un résultat, dans la catégorie sono de luxe vraiment cohérent, ça pousse et ça racle à souhait, pas mal.
Amateurs de flûte à bec, oubliez…

Ou chez Thöress où le présentateur très détendu offrait une belle démo avec un humour sympathique qui plus est avec un résultat musical très honorable hormis l’abomination esthétique des enceintes, très DIY années 80 de la Maison de l’Audiophile.

Un stand regroupant Audes je crois et une nouvelle marque russe du nom de G9 où une fort jolie femme aux traits eurasiens volontaires nous a quasiment contraints à nous rendre sur un ton et un sourire menaçants qui ne supposaient pas de refus et laissaient entrevoir un Tokarev dissimulé dans une poche. Au moment d’écrire, je viens de jeter un coup d’œil paranoïaque par-dessus mon épaule, non elle n’est pas là, mais je préfère dire que c’était très bien ! Blague à part, c’était plutôt du bon côté de la frontière, représentation de ce que devrait être le minimum qualitatif acceptable.

Ou sur un stand atypique qui présentait essentiellement du 5.0, Deodio je crois, ce n’est pas exactement ma tasse de thé, mais au moins il y a un franc parti-pris, une option fondée sur la volonté d’un beau spectacle panoramique, des timbres très élégants, une ampleur magnifique, de l’air et un sens du swing remarquable, le tout commenté par un animateur très drôle (le concepteur), qui accompagnait les disques en chantant, avec talent qui plus est.
Pas bien compris la finalité de l’ensemble, mais au moins on a passé un bon moment.


Allez, parlons plutôt de ce qui nous a plu mais un peu laissé sur notre faim.

Living Voice, avec la nouvelle Elysian, version allégée de la colossale Vox Olympian. Bien évidemment ça fonctionne, c’est beau et impressionnant, on sent derrière l’énergie une sensualité indéniable et surtout je suis épaté de la qualité de mise en phase, quelle profondeur de scène alors que j’ai la tête à deux mètre de l’enceinte, mais je ne retrouve pas le plaisir sans faille des grandes sœurs, et qui plus est je suis déçu par la simplification (certes obligée) de la qualité des finitions qui font de l’Olympia Vox un référent absolu.
Une des meilleures écoutes du salon cependant.

Voxativ, sur le modèle π et son caisson (9,87 System), où on se réjouit des très belles qualités d’ouverture et de délicatesse rare d’une large portion du haut du spectre mais envasée par un registre grave/bas-médium assez quelconque ; et toujours le doute chez Voxativ quant au transducteur utilisé en interne.

Neodio Origine et les Pascal Louvet.  Il y a quelque chose dans la mise en œuvre qui empêche de profiter des qualités d’élégance, de naturel et de sérénité que l’on entend bien évidemment mais entachées de gênes acoustiques qui pourraient perturber les néophytes.  Pour autant, on devine que les Neodio Origine font partie des rares électroniques tout transistors qui font vraiment le trou en terme de pertinence lyrique pure. Et puis le look, le logo se distinguent vraiment. Bravo pour ces petits détails si rares chez les petits fabricants français.

Boenicke, où les enceintes et un nouvel ampli sont si jolis mais la cohérence musicale en retrait par rapport à ce que nous avions aimés. Dommage.

Une marque d’électroniques polonaise nous a paru très attirante mais la présentation sur des enceintes alambiquées ne lui rendait probablement pas pleinement justice : Lampizator.  D’emblée, le nom fait envie, n’est-ce pas ? J’espère qu’ils ont payé très cher un cabinet conseil pour une trouvaille aussi délicieuse.
Les assemblages et finitions s’avèrent plus aboutis que les photos ne le laissent deviner et à défaut d’être beaux les appareils rassurent.
Drivant des enceintes avec des dizaines de HP grave (8 en vérité : EmmeSpeakers Galileo) on devine une énergie contenue et une fluidité, du DAC entre autres, qui donnent envie de creuser la découverte. D’autant que, parfaitement nigaud, puisque je voyais un vinyle tourner sur une belle platine Kronos, bras posé, j’ai cru à la découverte du premier morceau (Dire Strait) qu’on écoutait du vinyle et n’ai compris qu’au deuxième qu’il s’agissait d’une playlist en démat.

Helixir qui, semble-t-il ont eu peu de temps pour se préparer et ont apporté des enceintes pas vraiment finies, variations autour de Martin Logan. Qui sonnent comme des Martin Logan, en un peu mieux notamment un registre grave plus tendu. Derrière les particularités des ML et nonobstant le discours de présentation pseudo scientifique et nettement dérangeant, on subodore que les électroniques sont qualitatives. Mais quand même, il m’a un peu énervé avec ces histoires de mesures par IRM des réactions comparées du cerveau lors d’écoutes vinyle et numérique. L’impression d’être un peu pris pour un crétin. Cet élixir-là rappelle les docteurs itinérants dans Lucky Luke.
Et puis c’est pas le moment de me parler d’IRM…

Atohm : présentation explosive, efficace et spectaculaire comme d'habitude, un peu fort à mon goût pour ressentir les qualités de finesse qu'on connaît à ces objets. Il faut dire que les GT3 accompagnées de 6 caissons GT-SW2 formant deux tours élégantes à côté des grandes colonnes, ça permet une pression sonore impressionnante et sans la moindre distorsion, bien servie par des électroniques de la série 400 Atoll. Mais quand même, il faut la santé.

Josound et ses Horus en bambou, comme chez Voxativ une aération notable, beaucoup de vie et luminosité, un bas du spectre pas vraiment en place, pas très lisible mais il faut dire que nous subissions les bombardements sonores du voisin qui jouait probablement un film de guerre, et un méchant qui plus est ! Plaisir et évaluation gâchés donc.

Swissonor. On passe généralement un bon moment sur le stand qui réunit les créations ou mises à jour des suisses et les présentations d’un système nettement plus pointu technologiquement à savoir celui qui accompagne les nouvelles Leedh (membranes en verre ou un truc du genre).

Côté Swissonor, c’est très beau, une vitalité engageante sur des disques toujours datés qui font d’ailleurs craindre que cette reproduction joyeuse mais colorée ne soit plus du tout à son aise sur de l’Indus ou du rock, n’empêche, on déguste une bonne rasade de musique à l’ancienne.
Nous demandons à écouter le système Leedh, le charmant suisse s’y évertue et nous propose un trio de jazz autour d’un pianiste inintéressant à souhait qui massacre son piano sur une variation de… My funny Valentine ? J’ai oublié… Faut dire que l'insulte à la musique sacrifie l'original à l'autel du mauvais goût !

Gilles arrive alors et vient tourner le bouton de 3 tours nous propulsant aussitôt d’un niveau trop fort à un niveau insupportablement fort, nous balançant la tête dans le piano déjà pas très beau (pas à cause du système mais bel et bien du pianiste, mais quel intérêt de passer une buse pareille ?), rendant toute évaluation impossible. Dommage. Je ne sais pas comment ceux qui découvrent le système dans ces conditions le ressentent.
Je suis d’autant plus agacé que je n’ai pas vu les délicieux petits chocolats de l’an dernier.

Lab12, marque grecque (décidément), jolis petits produits bien présentés, avec des propositions de couleurs attrayantes,  une gamme débutante et aux prix contenus. La déception tient au fait qu’on n’a pas pu écouter dans de bonnes conditions. A creuser donc.

 


Münich High-End 2016 chap 3


 

High End Munich 2016 – 3éme chapitre


Ah oui, sans lien aucun, je songe à un autre constat : l’écrasante majorité de présentations en vinyle, le sujet prêtant à des créations délirantes, une démesure technologique pas toujours utile quand on voit ce que les coréens fous de Silbatone dont je parlerai ci-dessous (chapitre 4) obtiennent d’une platine très dépouillée. Et les bras aussi, on a dû en voir plus de 500 !

A propos de vinyle : très beau et très grand stand Acoustic Solid où l’accueil est toujours aussi gentil.

 


Münich High-End 2016 chap 4


 

High End Munich 2016 – 4ème chapitre


Et puis les grands moments, quand même, il est temps non ? Voire trop tard, vous n’avez pas tenu jusque-là :

Commençons par les habituels coréens fous de GIP/Silbatone qui exhibent tous les ans un gros système ancien ou reconstitué, en l’occurrence cette année un échafaudage revival à base de pavillons Western Electric de 1924 (des porte-voix destinés à des mâts de foire) et un multicellulaire de1930, deux pavillons de bas médium et un médium plus un tweeter par voie, équipés de moteurs GIP Replica que complète une armoire de basse de… 8m² ?

Quelle merveille… Du bonheur, du frisson à l’état pur, la preuve que nous avons raison dans notre quête, la preuve que la majorité a tort, définitivement.
Il est en effet très difficile de continuer la visite après ce déluge émotionnel, même sur du Stevie Ray Vaughan, celui qu’on écoute partout sans passion mais qui ici en devient méconnaissable de sensibilité, de délicatesse du toucher, de précision de frappe de la caisse claire et de souplesse rarement audible de la ligne de basse.
Evidemment, le choc continue sur du Brahms par Heifetz, du Led Zep, etc…
Car en plus ils se font plaisir en nous offrant des ballades oscillant entre les Rolling Stone et la Callas et nous épargnent les miaulements de chanteuses de jazz interchangeables qui phrasent toutes de la même lassante façon et ne représentent pas le moindre risque pour les démos.

Une si pure plausibilité des dimensions, des timbres, du cœur humain de la musique, de la réceptivité, une telle justesse des vibrations subliminales renvoient l’intégralité des 2000 stands à une humilité qui fait cruellement défaut.

L’an dernier, un système de 1936 nous avait émus aux larmes mais en acceptant quelques colorations, alors que cette année tout était en place, sculptant l’espace, posant un relief concret où la minutie des timbres peaufine le réalisme, épaulé par un soutien de grave idéal entièrement à contrario du dégueulis moyen des prétentieux acteurs la Groβe Hifi.

TAD, juste à côté de ce spectacle vivant, souffre férocement de la proximité, alors que dans l’absolu, ce n’était pas la plus mauvaise écoute du salon bien sûr. Sur une chanteuse de jazz interchangeable.

Parlons donc des acteurs qui arrivent à peu près à suivre cette démonstration de crédibilité ou vérité pure.

Cessaro avec un système encore plus dingue en encombrement que celui des coréens, pas aussi cohérent, pas aussi subtil, un peu excessif, un peu plus sono, ne serait-ce que par le surdimensionnement systématique des musiciens, mais se situe quand même sur la bonne voie, certes à coup de nombreux zéro puisqu’on doit environner le million quand même.

A ce propos (ceci est le début d’une parenthèse), ça ne me choque pas qu’il existe des combinaisons à ce prix, assez nombreuses sur ce salon des superlatifs : je n’ai pas les moyens d’acquérir une Ferrari mais suis heureux que de telles autos existent. Une Ferrari en revanche propose des performances technologique, esthétique (pas toujours),  sportive et sensitive indéniables là où la hifi très haut-de-gamme procède trop souvent du foutage de gueule, l’accumulation de moyens et de HP ou de muscles ne compensant pas la médiocrité créative et l’absence d’humanité, de chair et de sang, de naturel.

Fin de la parenthèse.

Tune Audio évidemment est de plain-pied dans cette veine offrant cette année une présentation spectaculaire (un peu trop à mon goût, mais ça sait le faire) de l’Anima soutenue par deux caissons discrets (enfin, question de proportions globales…), le tout drivé par des électroniques visiblement phénoménales, d’origine serbe : Trafomatic. Le créateur, grand spécialiste des transformateurs, aurait fait un beau couple avec la russe du KG9B : il fait un peu peur quand même. Mais après une ou deux bières (le soir) on comprend qu’il est adorable et humble. Comme nous.

Comment non ?


Démonstration architectonique : écouter « Papa was a rolling stone » dans ces conditions tient de la redécouverte totale. L’énergie sur « Whole lotta love » de Led Zep, ou sur le Carmen revu par Shchedrin est un grand moment même si guère reproductible chez soi vue la structuration physique déployée un peu au détriment de la délicatesse dont on sait ces enceintes capables là encore au bénéfice du stand coréen.

Toutefois, compte tenu du niveau sonore très élevé qu’on nous assène sur de nombreux stands pour compenser l’absence d’expressivité par une sensation ventrale, on constate chez Tune Audio l’impact du réel, l’attaque pure qui chez les autres est une énergie molle comme je le disais plus haut, ou parfois aussi une attaque un peu décorrélée du sustain, chez Cessaro ou Avant-garde notamment, ce qui explique cette sensation qu’on a affaire à de la très belle sono. Chez Tune Audio, la musique prime la sensation.

Je reste quand même plus ému par ce que nous avions écouté la première fois via les électroniques Aries Cerat, plus charnelles, sensuelles.

Martion ensuite, que l’on a pu écouter dans l’usine en face du MOC.

Pas inintéressante du tout cette présentation dans un décor d’usine, des enceintes d’encoignure un peu trop éloignées entre elles et hélas alimentées par une électroniques de sonorisation, mais quand même une grande richesse sur une partie du spectre très large, une cohérence indéniable accompagnée de cette incarnation propre aux pavillons mais sans le surdimensionnement des musiciens si souvent corolaire des systèmes à haut-rendement. Pas mal du tout.

 


Münich High-End 2016 chap 5


 

High End Munich 2016 – 5éme chapitre

 

En un peu plus modeste, évidemment moins impactant mais à peine et nettement plus logeable, il y avait la nouvelle proposition SoundKaos, appelée «  Libération » très réussie en dépit d’électroniques numériques probablement pas à la hauteur.
Enceinte bipolaire (aucun rapport avec la déviance psychologique) équipée de 5 HP, haut rendement encore, le résultat ouvert, respirant, sensible, est vraiment réussi, l’objet affirme un vrai parti pris esthétique entre ses formes de robot de Star Wars mais en bois noble et les grilles gravées de couleur cuivre, ça ne passera pas partout mais c’est affirmé !

Dans la catégorie modeste mais jolie, il y a deux enceintes qui accueillent le même HP remarquable, d’un côté (usine face au MOC) les Suesskind et de l’autre en statique les très jolies Seidenton STB. L’écoute des premières révèlent les limites du genre à savoir un large-bande haut rendement utilisé en bass-reflex pas vraiment adapté à ce type de HP.

Et puis il y a cette année encore Wolf Von Langa.

Nous avions découvert l’an dernier le très joli modèle « Son » sur un stand Air Tight et avions été touchés par la maestria de ces enceintes compactes, d’une esthétique très réussie de meuble nordique des années 80 ou encore des sixties, un objet carré blanc surmonté d’une plaque en acrylique  entourant  un tweeter AMT. Le transducteur principal est un 26 cm à excitation (quand même !), épaulé par un passif à l’arrière.

Cette année, « Son » était présentée sur le stand Wolf Von Langa qui l’an dernier proposait un modèle haut de gamme "Swing" très spectaculaire et plutôt beau dans des dimensions quand même peu banales (100 l x 120 h x 60 p).

« Son », certes confiée à des électroniques apparemment sophistiquées issues du catalogue VinylSavor, démontrait des qualités de tonicité, saveurs harmoniques, disponibilité et verve rarement aussi flagrantes dans un système si compact, à tel point que pour une fois je me suis interrogé sur ce que donnerait une confrontation face à mes enceintes préférées dans le magasin, à savoir les ADA ppfff.

Une écoute très attentive de nombreux disques (dont un très intéressant Francesco Tristano) m’a donné la réponse : « Son » est possiblement un peu plus transparente et un peu plus ouverte harmoniquement, mais ADA propose une charpente plus organique, plus dense et détourant la matière des timbres, procurant au final une capacité d’expression sans doute un peu plus engagée.
Je n’aurais donc guère d’hésitation à présenter les deux. Mais est-ce raisonnable de se diriger une fois de plus vers une marque inconnue quand on connaît la frilosité de nos compatriotes face à l’engagement ?

Je réfléchis sérieusement à acquérir « Son », mais j’ai conscience que ce serait ajouter un objet peu connu et dans une voie que la hifi traditionnelle et donc les clients inquiets et férus de modes technologiques boudent par peur de leurs émotions.

Voilà, fin de la ballade dans les couloirs innombrables de cette magnifique messe.

J’en ai peut-être oublié, surement même, mais il était temps pour nous d’aller nous promener un peu, profiter de la belle Munich, les uns dans l’Alte Pincothek, les autres (dont moi) sur les traces de souvenirs tendres dans le parc anarchique du Nymphenburg Schloss avant de rejoindre les amis le soir sous la Chinesischer Turm dans le Jardin anglais, véritable poumon de Munich. Poumon parfumé de houblon vu les 7000 places du Biergarten…

 


Münich High-End 2017 chap 1


Que dire de cette édition 2017 de Munich ?

 

Contrairement à l’année dernière où j’avais décidé d’une visite exhaustive (hum, prétentieux, il faudrait 6 jours !) et patiente dans l’idée de comprendre pourquoi la doxa voue un culte à des produits que dans le meilleur des cas je trouve ennuyeux, sans vie et sans engagement, j’avais plutôt envie cette année de consolider des liens, avec l’espoir bien sûr d’être saisi de bonheur en poussant une porte au hasard.

Toutefois étant accompagnés d’un camarade dont c’était la première visite, nous avons quand même pris le temps de tâcheronner.

C’est édifiant de mesurer la déception du petit nouveau à l’arrivée : tant de vaniteuses propositions et si peu de satisfaction ou de rêve. Or, s’il est mélomane, il n’est pas du métier, aussi sa réception est-elle au premier degré.

Pour ne pas perdre du temps à émettre les mêmes réserves que les années précédentes, passons tout de suite aux confirmations ou découvertes.

Peu nombreuses, mais qui comptent.

Dans le désordre :

  • Nous avons commencé par les coréens fous (Silbatone)

Cette année, ils avaient apporté trois systèmes, dont le plus imposant, celui que nous avons écouté, est un équipement de sonorisation de cinéma des années 30 je pense, Western Electric Mirrophonic M2 incluant une partie basse équipée je suppose de 2 x 46 cm dans une amorce de pavillon replié, puis 2 chambres de compression chargées par un pavillon multicellulaire, le système évoque une des futurs versions des fameuses Voix du Théâtre Altec Lansing, et enfin un tweeter de leur cru.

Pas à la hauteur de l’an dernier, mais pourtant, une fois de plus, le maitre-étalon est bien ici. Il faut dire que la base du pavillon de grave surmontée (donc placé haut) d’un large pavillon cellulaire à double moteur faisait que le son nous passait un peu par-dessus la tête, le système étant prévu pour arroser loin dans des salles gigantesques.

Pourtant, cette inhabituelle réalité physique du violon d’Oïstrakh, palpable et matérialisée dans l’air, ces nuances de jeu inouïes accompagnées d’une présence aussi naturelle domine de plusieurs têtes la production mondiale actuelle dans sa quasi-totalité.

Une scène un peu gigantesque et pas très cohérente et des sonorités de fond de cône entachaient la perfection cependant.

  • Aussi, lorsque comme tous les ans nous irons sur le stand voisin, TAD, ce sera pour sourire du contraste…

Je fais remarquer à notre nouveau compagnon de route qu’on pourrait s’arrêter là : il a eu un aperçu de la dérive baroque de la hifi.

Une chianteuse de jazz (pour reprendre l’expression de notre ami Candide) tombée d’un arbre en Californie, balbutie son absence de phrasé mortuaire, ennui et vacuités confirmées par une abomination a-musicale qui au bout d’un moment de concentration (bon sang, je connais ce chanteur) apparait être Johnny Pas Très Cash sur son dernier album de reprise produit par Nick Rubin. L’œuvre d’un déchirement profond devient ici une déclamation d’outre-tombe. Ou comment passer à côté d’un chef-d’œuvre.

Evidemment, ce n’est pas nul, mais le contraste avec les coréens est cruel.

J’entends déjà les clameurs outrées des zélateurs sans doute nombreux qui s’opposeront en faux et rugiront que bien au contraire il s’agit là de la meilleure écoute du salon.

Tant pis.

Satisfaction au passage : nos amis d’Absolue Créations qui câblent cette salle depuis des années ont enfin droit à une reconnaissance officielle de la part du grand patron et les nouveaux kakemonos trônent à côté de ceux de la marque prestigieuse.

 

  • Salle Cessaro pas très loin, un bel ensemble à pavillons verts dans une noble pensée écologique (Gamma II ?), platine vinyle TW Raven Anniversary, je crois. Rien que pour les transducteurs on doit bien flirter avec les 300 000 €.

Belle démo. Pas à la hauteur des Coréens de Silbatone, soit, des cuivres un peu projetés et sifflants (faut dire qu’enchaîner deux disques de jazz bands des années cinquante, ça n’aide pas) et un swing en retrait mais c’est quand même une présentation de qualité, avec toujours cette même impression chez Cessaro que la mise en œuvre n’est pas achevée. Sans compter que sur des systèmes aussi pointus, on peut comprendre qu’il faut du temps pour que l’ensemble s’installe.

  • Dans un autre stand prestigieux que je ne citerai pas, je n’ai carrément pas reconnu Diana Krall, ou crawle, ou sombre, je ne sais plus, et, en dépit des affirmations de mes camarades, je ne suis toujours pas sûr.

Je ne désignerai pas la marque, par élégance, mais aussi parce que l’histoire se reproduira ailleurs, avec d’autres marques aussi glorieuses, où il me faudra plusieurs minutes pour reconnaître David Sylvian, un autre où j’hésiterai sur Elvis Presley (si si !!!! Le timbre était méconnaissable et le swing celui d’un poteau) ou encore un gigantesque Bireli Lagrene avec Ouitare qui me fera éclater de rire.

Ah oui, j’ai failli oublier : dans la salle d’une des marques les plus en vogue du moment, qui commence par M et finit par Ohhhh, un haut-parleur de l’enceinte gauche avait clairement pris un coup de chaud et talonnait, mais lorsque diverses personnes en ont fait la remarque à l’animateur, celui-ci s’est contenté de hausser les épaules en disant « mais non… ». Nos félicitations…                                                                                        

  • Belle présentation de Neodio, stand minimaliste (dans un des audis

préfabriqués pour ceux qui n’ont pas le privilège des salles surplombant les Atriums, difficiles à obtenir, et ce n’est pas une question d’argent semble-t-il) où l’œil est concentré sur l’essentiel, le lecteur CD Origine et l’intégré Origine.

Toutefois, la démo sur les enceintes Venture (70 000 € tout de même) me laisse un peu sur ma faim, quand bien même on devine le potentiel colossal des électroniques nationales.

C’est bien gentil les Venture mais, si elles s’affirment par une sorte de transparence homogène assez poussée, on n’en a pas moins affaire à une restitution hifi, sans âme, subissant même la redondance un peu ventrue d’un banal bass-reflex. Pas mauvais mais pas génial. Et sans âme. Donc si : mauvais.

  • Pour continuer chez les Français, présentation d’une énorme composition Metronome Technologie avec des enceintes que je ne connais pas.

Semblerait qu’elles soient de chez eux.

Bof…

  • Aries Cerat nous présentait un ensemble plutôt magique.

Même si j’ai du mal à m’y retrouver avec le nom de ces boîtes énormes, empilées façon exposition universelle de 1900 dans un tout petit module préfabriqué, où une des trois chaises est inutilisable tant la pièce est minuscule, surtout face à des enceintes trois voies à pavillons, certes de dimensions encore domestiques, magnifiquement fabriquées.

Belle écoute toutefois à condition de faire fi des contraintes, on devinait la délicatesse coutumière, le sens du phrasé, l’élégance de la proposition, sans doute un rien trop ample, opulente, mais si poétique à l’arrivée, une sensualité qui est vraiment une denrée rare sur le salon.

  • Présentation dans un même minuscule bocal d’une platine vinyle et d’une paire d’enceintes First Voice.

C’est français, c’est très bien fabriqué, c’est relié à un ensemble YBA par des câbles Absolue Creations.

Les enceintes ont fait l’objet d’un banc d’essai enthousiaste dans Haute-Fidélité. Chacune est composée de deux blocs (grave/médium d’un côté, tweeter de l’autre) posés sur des barres reliées à une structure mécanique lourde et complexe référencée au sol, le tout pesant une tonne.

La charge principale est un bass-reflex d’une quinzaine de litres (moins ?) autour d’un HP Atohm.

La grosse platine vinyle (cependant pas la plus volumineuse du marché et de loin) est travaillée autour de la même idée, là encore une magnifique construction et contrairement aux enceintes, la silhouette passe bien car la vision d’un lourd assemblage mécanique est dans les codes esthétiques de la profession.

Il se passe quelque chose, incontestablement, une sorte de transparence, de luminosité et de rapidité entachées toutefois d’une sensation d’artifice sur les notes élevées, possiblement due à la trop grande proximité  de la zone d’écoute, l’aigu étant distendu entre les deux HP.

C’est certes vif et lumineux, doté d’une résolution fine mais ni très rythmé, ni très organique, ni très éloquent, je m’ennuie vite à cette résolution photographique figée. Intéressant néanmoins.

La platine a du sens sans aucun doute. Pas envie de savoir le prix

  • Toujours dans une petite structure mobile, écoute d’un ensemble Charlin sur des Triangle, pas très équilibrée.

La mise en œuvre n’est pas à la hauteur, dommage car on a l’impression que les électroniques enferment un beau potentiel.

  • Dans un autre auditorium préfabriqué mais de dimensions plus grandes, un système YBA Genesis je crois (je ne suis pas spécialiste) et une paire d’enceintes Mulidine Cadence, nous est présenté par Yves-Bernard en personne qui fait une démonstration très convaincante, s’adressant aux visiteurs dans des langues très variées avec une belle aisance.

C’est typique de ces démos « modestes » - face aux monstres que nous avons écoutés ou allons écouter dans les étages supérieurs - qui offrent enfin des qualités émérites côté ressenti musical ou sensible.

Nous regrettons d’autant plus l’humilité de Mulidine en constatant l’intérêt porté par des visiteurs de tous les continents.

  • Sur le stand du distributeur allemand d’Atoll, par exemple, et sur des enceintes qui ne nous font pas rêver, il y a aura de beaux moments d’expressivité à condition d’oublier le grave un peu lourd des enceintes.

Comme quoi, une écoute de proximité dans un cadre intime, c’est bien aussi.

  • Jo Sound Horus, présentée avec un ampli français tout nouveau au nom alambiqué et assez difficilement mémorisable.

Toujours pas mal au milieu du marasme générale. Une proposition faite de joliesse et de finesse, mais jamais franchement enthousiasmante non plus. Belle définition générale, une forme de loquacité, mais où est le cœur, le noyau de la musique ?

Et puis cette évidence qu’on écoute un large-bande avec encore quelques coquetteries tonales des larges-bandes qui ici, contrairement à nos AVA ppfff de référence, ne sont pas totalement maîtrisées. C’est bien gentil de rire des Voxativ, mais côté richesse harmonique, il les enfonce presque tous.

  • Rapide passage qui fait rire ou qui déprime, c’est selon (la déprime sera pour notre ami Candide qui comprend ce que nous lui expliquons depuis que nous nous connaissons, à savoir le degré variable de médiocrité des marques légendaires qui font rêver sur le papier, la débauche de luxe inutile) dans les salles des grands parmi lesquels une présentation dont beaucoup diront le plus grand bien : Nagra sur des grandes Wilson Audio où certes il y a du timbre, une vraie beauté, une aristocratie indéniable, mais humainement rien, pas d’ardeur, pas d’implication, un aquarium trop éclairé.

Pas la pire du salon et de loin bien sûr, mais je suis sûr qu’on peut faire mieux avec ces enceintes.

  • Toujours une proposition imprégnée de classe chez Kondo et Kayser Kawero, servie par des oeuvres magnifiques (Milstein et Abbado sur la merveilleuse platine Kondo) mais pas totalement aboutie, des enceintes un rien trop lisses pour la richesse inouie des électroniques Kondo
  • Idem chez MBL, le gros système qui doit avoir pas loin de 15 ans, toujours impressionnant, une proposition vraiment intéressante. C'est moins vrai pour le petit système
  • Toujours une interrogation chez Audiodata. Ce n'est pas vraiment ça, mais... Il se passe quelque chose...
  • Migraine promise chez Avantgarde qui présente un système Trio avec 3 Basshorn réglés trop fort, et bastonne The Wall à des niveaux de pilonnage.

Sensation étrange toutefois que les attaques sont molles, probablement due aux électroniques.

Vient alors s’installer à son « set » de pads électroniques disposé devant les Trio un batteur de musique électro (israélien nous précise-t-il, qu’est-ce que ça peut nous faire ?)  qui pose le double problème qu’il est mauvais et qu’en outre on se demande ce que ça veut démontrer, si ce n’est renvoyer les AG vers la sono.

La qualité de fabrication cependant a encore grimpé d’un cran.

  • Déception chez Living Voice, qui présentait cette année la Palladian / Vox Basso, décidément pas au niveau de la Vox Olympian, normal me direz-vous, mais tout simplement pas au niveau….
  • Voxativ : rien à faire, on a beau être en colère contre eux, on a beau savoir qu’ils trichent la présentation dans le grave, on a beau dire que les prix des transducteurs frôlent le gag (les Haut-Parleurs installés dans l’enceinte en démo sont proposées à 49 890 € la paire, si ce sont bien les AC Xhb !), il se passe quelque chose d’absolument magique, d’une finesse incomparable, fragile, sensible, dans une large partie du haut du spectre qui nous arrache une larme. Enfin.
  • Autre déception : Stein Music,

Certes, Holger a pris le pari et le risque d’un gros stand tout seul, de se lancer à la conquête des marchés qui font rêver ; j’entends bien ces arguments ; et alors ?

Créativement, il est allé vers une facilité qui me met mal à l’aise en travaillant sur de l’empilage de HP, certes en y ajoutant ses petites recettes personnelles.

Le résultat est à la rigueur impressionnant mais pas en place, loin du naturel que les accessoires qui font sa force, sa vitrine et sa réputation savent si bien contribuer à obtenir. Pour autant que je puisse en juger car là encore le niveau sonore est proprement insupportable et le résultat est une vision grossissante de la musique comme dans un de ses miroirs déformants de foire.

A l’arrivée les enceintes ne sont pas très jolies (sauf la compacte qui peut devenir une colonne) et on sent la facilité de surfer sur une mode qui va vite laser : les pavillons circulaires (Cessaro, A Capella, Avantgarde, Wolf von Langa, Tune Audio et j’en oublie).

Mais lui le fait sans grand panache : ses enceintes sont une accumulation de HP (19 dans le plus gros modèle (par côté) sans compter les caissons de grave où il y en a probablement encore au moins 12) montés sur des baffles plans avec flancs latéraux en triangle encore armés de HP dont certains (et alors là je tombe des nues) n’ont pas moteur. Me demande bien l’intérêt. Mais je suppose qu’il y a une bonne raison.

Notre collègue parisien voudra écouter la petite à 5 000 €. Pour essayer de la sauver, je dirai que le produit est moins absurde et caricatural, plus cohérent et que le grave boursouflé et l’équilibre loudness tiennent aux deux cents HP qui ornent la gamme d’enceintes dans la pièce venant bouffer de l’info sur la petite. Elle semble plus cohérente que le totem phallique haut-de-gamme.

Allez, par besoin d’équité, la présentation Stein Music est évidemment loin d’être la plus honteuse du salon, il y a une présence physique et des dimensions de cathédrale qui laissent loin derrière les prétentions de la plupart des idoles de la profession, et somme toute un concert de rap aura toujours plus d’audience que le Philharmonique de Berlin, mais sans doute exige-t-on plus d’hommes tels que Holger qui par ailleurs contribuent à rendre cette profession digne et respectable.

Un faux pas. De géant.


Münich High-End 2017 chap 2


Les musts du salon.

 

C’est difficile à dire car je pourrais donner l’impression qu’on s’auto congratule, mais non, le constat est clair :

 

  • Avaton de Tune Audio dominait la mêlée de la tête et des épaules.

D’abord l’objet est magnifique, ce long rectangle vertical de 2 mètres de haut, aux lignes complexes qui, en dessin, doivent donner une figure géométriquement absurde, dont les angles forment des arrondis insaisissables. Beau choix de couleur champagne / dorée (merci Philippe), un peu timide sans doute.

Manolis nous avait parlé de son projet mégalomaniaque (voulu semble-t-il par Masa).

Mais franchement quand on découvre l’objet, on se dit que la mégalomanie de Manolis a encore des progrès à faire, tant la face visible est élégante, bien proportionnée, et somme toute de dimensions raisonnables, avant de passer sur le côté de l’engin où là soudain il prend un sens différent avec l’élan du pavillon de près de deux mètres accolé à un parallélépipède de belles proportions  mais de deux mètres au garrot et 45 cm de section environ.

Superbe.

Personne, à ma connaissance, n’a exploité commercialement ce principe de pavillon de cette manière en jouant sur une asymétrie de développement. Bravo.

Et si l’écoute est décapante, je ne peux m’empêcher d’avoir une ou deux réserves liées très probablement aux contraintes d’installation et à l’évidence, comme chez Cessaro, que des systèmes aussi pointus demandent du temps pour « se poser ».

Dans l‘ensemble Manolis est d’accord avec moi et confirme qu’il s’agit avant tout de conditions de placement.                      

L’écoute donc, en plusieurs fois :

Physiquement, un coup à l’estomac, quasi violent. Une autorité physiologique palpable, une concrétisation des notes sidérantes.

Très vite je suis gêné par un aigu un peu quelconque, une tonique dans le grave et une totale absence d’extrême grave, qui ne serait pas gênante en soi si elle ne donnait pas l’impression de faire remonter l’infra dans le haut grave et accentuer la tonique. Ce point est clairement lié au placement.

Attention, toutes réserves en considérant qu’il s’agit d’une des 10 plus grandes écoutes de ma vie, à condition toutefois de transposer dans un univers mieux adapté.

Reprenons dans l’ordre : l’autre point qui crée rapidement de la frustration, c’est l’impression de notes tronquées et de manque de nuances de modulation. Passif que je mets rapidement sur le DAC Rockna de base clairement pas à la hauteur du reste (Trafomatic Elysium et les câbles Skogrand au prix de l’or en barre), j’en parle à Manolis, il émet quelques objections au début, mais finalement dit qu’il est d’accord.

Ce qui se vérifiera ensuite lorsqu’enfin nous aurons du vinyle où on récupérera de la ductilité, un peu de sensualité, et un enrichissement notable des harmoniques.

Les quelques réserves tiennent plus au regret que certains pourraient passer à côté de ces merveilles en ne relativisant pas les faiblesses, comme je l’ai fait pour Cessaro par exemple.

 

  • A preuve ce qui va se passer lors d’un autre grand moment :

Wolf von Langa et sa nouvelle gamme Audioframe X.

Nous écouterons le tout nouveau modèle Chicago (39 000 €), apparemment la favorite de la nouvelle collection, embarquant la version revisitée par Wolf du Western Electric 755 et le tweeter AMT fabriqué par Mundorf et déjà vu dans SON.

Proposition totalement en opposition à Cessaro, Living Voice ou Tune Audio, ici le raffinement, le ciselé, la nitescence prévalent.

Même si les deux 38 cm cognent comme des sauvages quand il le faut. Et aussi parfois plus qu’il ne le faudrait.

Un délice ce stand, d’abord par les individus qui s’y baladent.

Wolf par exemple nous demande à un moment si nous sommes intéressés par la découverte de quelques raretés du vinyle que pourrait nous offrir Doktor je ne sais plus comment, un poupard en bermuda au sourire timide.

Vendredi soir à 16 h 30 en pleine heure de pointe !!!!

Et Wolf n’hésitera pas à aimablement prier de sortir des nouveaux arrivants qui se plaignent que ce n’est pas une vraie démo !

Quel luxe de sérénité !

Aussi allons-nous passer un grand moment à écouter en 78 tours sur une platine spécialement développée par Primary Colors (apparemment géniale) et un préampli phono créé par Thomas Mayer pour le monsieur collectionneur le  tout premier report d’un cylindre de Caruso sur vinyle (éblouissant, cette étrange sensation de pompage sur la voix de Caruso qui nous sera expliquée par le savant Doktor : Caruso devait garder une certain distance au pavillon (micro) pour respecter l’existence de l’orchestre derrière lui, mais un peu cabot il ne pouvait pas s’empêcher de se rapprocher alors un assistant le repoussait à sa place !!!, un disque souple de Glenn Miller (??? j’ai un gros doute), disque de propagande inventé pour pouvoir être lancé depuis un avion, accompagné de phonographes spéciaux dans le but de vanter la liberté et la joie de vivre chez les Alliés. Dont il ne reste quasiment aucun exemplaire intact car ceux qui récupéraient les disques les écoutaient le plus souvent avec les aiguilles classiques de leur propre phonographe qui évidemment arrachaient la matière.

Au final, Doktor Kollekzioneur nous passera un enregistrement d’une star dont j’ai oublié le nom (est-ce Nellie Lutcher ?) ayant inspiré Nina Simone qui doit dater de 1937.

Nous finirons tous en larmes, arrachées par la beauté poignante du chant mais aussi, pourquoi le nier, de ce lien direct avec l’artiste à travers les siècles, comme lorsque nous avons vibré en « voyant » Christa Ludwig grâce à l’Accuphase DC950, Grandinote Shinai et ppfff AVA chez nous.

Que dire alors la proposition WvL, qui en dehors de cet instant de magie pure nous a passé des disques scrupuleusement choisis, beaucoup de jazz joyeux et dynamique, mais aussi de l’électro très riche, du classique et un Led Zep (Whole lotta love) que nous avons également écouté chez Tune Audio.

D’abord nous écoutons sur un ensemble Primary Control (platine et bras) et Thomas Mayer qui doit peser plus de 100 000 € ! Ca oblige à relativiser.

Mais c’est éblouissant de délicatesse, de panache, de raffinement !!!!

Même si je continue de penser qu’on peut aller plus loin chez Voxativ de ce point de vue (mais à quel prix et dans quelles conditions ?), il y a là un ciselé rutilant, une sorte de frisson permanent jouissif.

Quant au grave, d’une tension idéale, d’une puissance phénoménale, totalement dégagé des contraintes de celui des Tune Audio, il a parfois tendance à dominer le reste ce qui apparaîtra de manière flagrante sur le Led Zep, trop de patate qui demanderait un dosage un peu plus subtil.

Le niveau est élevé et on est dans le trop 3 induisant une totale incapacité à déterminer le vainqueur, si ça a du sens !

Les adieux avec Wolf et ses camarades seront émouvants. Je crois qu’il a apprécié que nous soyons des interlocuteurs sérieux, concentrés, engagés, a aimé que nous parlions musique avant tout.

Petite parenthèse, j’en ai profité pour deviser avec le concepteur de la platine et du bras Primary Control, un grand type très élégant, courtois, qui m’a longuement expliqué les particularités de son bras unipivot, j’ai posé beaucoup de questions, la conception est basée sur les mêmes thèmes que VivLab (qu’il apprécie) à savoir que l’unipivot c’est bien mais l’élasticité qui en fait la spécificité est aussi son ennemi car à son extraordinaire fluidité latérale vient s’opposer l’évidence qu’il est tout aussi réceptif aux contraintes diverses, angulaires, retour dans le bras, variations de hauteur du disque etc, bref qu’il oscille…

VivLab contraint le pivot via un bain de Ferrofluide  pour contenir les retours ou résonnances, lui choisit un champ magnétique dont, sur le meilleur modèle, un champ créé par un électro-aimant !

Quand même.

Nous avons parlé aussi de l’amortissement du bras, car j’ai vu un modèle en bois : pas du tout, il s’agit d’un placage ! Pour certains marchés. Il compense donc l’ajout du placage par une viscosité légèrement différente de l’amortissement interne du bras. Quel luxe.

Bon, au moment de demander le prix, on retombe sur terre :

19 000 € celui à aimants simples, à partir de 25 000 € celui à électro-aimants…

  • Des jolies nouveautés ou dérivées chez Acoustic Solid dont une superbe Wood en noir et or, ça aurait pu être de mauvais goût mais c’est magnifique ! Un modèle Vintage de toute beauté, et une proposition rouge Ferrari sur un modèle simple vraiment très convaincant.

Enfin deux  rencontres totalement fortuites nous attendent dans un bâtiment en face où nous étions supposés rencontrer Massimiliano (Grandinote) que nous ne verrons jamais suite à divers malentendus à l’italienne.

Dans un vieux bâtiment qui tranche radicalement avec la modernité du MOC, un garage à l’ancienne spécialiste de l’entretien des Maserati, où s’entasse un capharnaüm d’incongruités (maquettes de locomotives de deux mètres de long, motos customisés, vielle voiture à trois roues et des Maserati), nous suivons le parcours fléché qui mène à une salle où trois canapés gris et défoncés sont alignés l’un derrière l’autre devant un système composé d’une grosse platine vinyle vintage recomposée, en fait une TD124 revue et corrigée (Tonmechanik Berlin), d’un préampli phono plutôt sobre, d’un ampli à tubes avec une triode que je ne connais pas bien, ampli pas très encombrant, un peu profond mais sans plus, une paire d’enceintes qui fait un peu sono et une autre, 3 voies plus convenues mais avec un dessin amusant puisque le fond incliné repose sur un pied incliné. Plusieurs animateurs mais celui qui parle et passe les disques est un bonhomme nonchalant, en bermuda, t-shirt rock&roll et sandales, des mollets comme des bouches d’incendie, une barbichette et un si beau sourire presqu’un peu naïf, qui va nous passer de la R&B bien grasse.

Mais ça marche ! Et même plutôt bien nonobstant les enceintes de sono, on suppose que le reste est pour le moins étonnant.

Petite discussion avec le monsieur très doux, quelques photos, il nous parle de son bébé, le préampli phono, nous explique deux ou trois aspects techniques du machin qui fait un peu bricolo, et quand on demande le prix, il sourit et dit qu’il ne veut pas de distributeur, on lui dit qu’on est revendeurs, en France, il sourit à nouveau et dit :

  • Alors OK, vous savez, je suis un communiste, je ne veux pas de surenchères, je le vends 2600 €…
  • Et l’ampli ? Il m’a l’air redoutable !

Il explique alors qu’il emploie une triode peu connue, qui a le mérite de fonctionner avec une tension raisonnable, donc beaucoup moins dangereux et problématique que des 805 ou 211 tout en ayant un peu de puissance (2 x 20 de mémoire). 4500 € pense-t-il mais il n’est pas sûr, c’est un proto, il doit encore peaufiner des choses…

Sauf que, quand de retour, je cherche son site je tombe sur un fabricant de composants réputés (Rike) que j’avais aussi connu pour avoir présenté un ampli délirant et absolument magnifique à base de T2010 de KR vendu 380 000 € !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Un truc m’échappe.

Nous allons probablement accepter sa proposition de tester ses appareils.

Et puis, sur une mezzanine de grande dimensions, un système nous tourne le dos quand on arrive, deux paires d’enceintes Suesskind dont une, sympa, que j’ai écoutée l’an dernier.

Des fauteuils installés en terrasse comme au cinéma, un bonhomme qui ressemble à un bucheron de deux mètres mais habillé en costard avec des sandales lui aussi !

Qui met dix bonnes minutes à comprendre qu’on ne parle pas suédois, encore cinq qu’on ne parle pas allemand, et trente-cinq à nous décrire son ampli, en s’adressant finalement à moi estimant peut-être que je suis le seul à ne pas être largué.

Le géant s’appelle Frans de Wit.

Ce type est tellement émouvant dans la présentation de son chef-d’œuvre que je pose des questions qui le relancent à chaque fois pour cinq bonnes minutes, l’œuvre d’une vie, sept ans de travail, chaque détail au cordeau, une pensée atypique puisqu’apparemment dès que le signal entre dans l’ampli il est transformé en courant, cet ampli ne fonctionne pas sur un couple tension/courant mais en courant pur. Je ne sais pas bien ce que ça veut dire. Ce machin fait 100 W sous 8 ohms, 200 sous 4, 800 sous 2, l’équation parfaite avec par ailleurs des mesures dignes d’un laboratoire d’étude subatomique.

Il passe enfin à une démo sur des enceintes Suesskind Beo LX que je ne connais pas (pas celles-là je veux dire), une trois voies assez banale qui m’énervera vite par le grave très bass-reflex et dont l’extrême grave arrive en retard, un médium riche mais pas très incarné et l’aigu mal émorfilé, bref trois voies distinctes qui doivent coûter dans les 15 000 €, soit 5 000 par voies, si j’ai bien compris… et comme source/préamp un ordi sur un petit DAC/Préamp Teac !

Bon d’accord, il ne passera que des DSD mais quand même…

Il commence par un disque techno/électro vite répétitif, mais qui me laisse pantois ! Pas la musique, le son !

L’ampli de Frans semble hallucinant, un ciselé de bijoutier, une rapidité de rasoir, une charge de taureau, une ampleur de basilique, et des frémissements d’ailes d’insecte qui sublimera des enceintes dont on sent bien qu’elles sont complètement dépassées.

Ce qui se confirmera sur un deuxième disque de variété, suédoise probablement, toujours aussi inintéressant mais surtout sur 88 Basie Street de Count Basie, quel panache, la transparence sur des enceintes quelconques est absolument saisissante…

Son truc marche et semble même explosif.

Bon, je ne comprends pas bien le prix, je crois entendre 19500 € mais il apparaît à 42 000 € sur le site Suesskind et 28 000 sur le site Mono & Stéréo. Faudrait que je lui écrive, mais tout en sachant que je ne ferai rien de ce machin, même si c’est un chef d’œuvre, le marché français n’est pas friand d’inconnu.

Et puis, comme ça arrive hélas, ne serions-nous pas déçus à l’arrivée ?

Nous aurons aussi une discussion détendue et amicale avec Didier H le patron de Micromega qui nous expliquera son désarroi face aux incohérences de ce métier, mais aussi sa foi en l’avenir, les beaux projets, les étapes, parmi lesquelles un accord imminent avec une marque du Luxe français que je ne cite pas prématurément, pour laquelle sortira une version spéciale du M-One. Bravo, ça c’est du marketing.

Et puis félicitations également pour être représenté en Allemagne par le plus prestigieux des distributeurs, à côté de Dan d’Agostino ou Sonus Faber et autres…

Pour conclure sur cette nouvelle édition, il faudrait distinguer les moments entre amis, les dîners, les fins de soirée, les ballades entre revigorantes (Deutsches Museum, la section de Schleissheim destinée à l’aviation (et un excellent maquereau fumé de 2 kgs dans une gargote au bord de la piste) ou le Königsee dans les Alpes bavaroises) et éprouvantes (Dachau et le Nid d’aigle à Berchtesgaden), qui relativisent l’errance entre excitée et désabusée sur le salon.

 


musique dématérialisée V.2015


Musique dématérialisée V.2015

Texte révisé en janvier 2015



Il y a près de 4 ans, nous proposions une chronique parlant de la musique dite « dématérialisée », ou « digitale » comme l’appellent les majors. Cf le glossaire dans la rubrique Philosophie.


Où en sommes-nous dans notre rapport au « dématérialisé » aujourd’hui ?


Eh bien...

Eh bien.

Ben euh…

Comment dire…


… Si nous ne sommes pas toujours très à l’aise avec quelques points en retrait et simplificateurs autant musicaux que philosophiques, nous nous sentons quand même plus détendus quant à la capacité de certaines propositions techniques à répondre à l'exigence des mélomanes pointus…

Bref, pas d’objection dirimante…

… ou comment soigner la langue de bois.


Allez, passons aux questions de fond :

- « dématérialisé » meilleur, moins bon, pareil que le CD ?

Un peu comme pour la querelle vinyle / CD, c'est un débat qui ne nous intéresse guère, une inquiétude stérile : pas la même utilisation, pas forcément la même attente, pas les mêmes avantages et inconvénients. Bien sûr à condition de ne pas négliger la question des formats et du principe de lecture utilisé. A l’heure actuelle, le streaming direct ne donne pas des qualités comparables à ce qu’on peut obtenir en rippage ou en téléchargement et là encore un fichier MP3 engloutit un paquet d’informations utiles.

-    peut-on espérer de la qualité en "dématérialisé  " ?

Oui, bien sûr ! Sans hésitation ; nier l'évidence reviendrait à considérer que tous les lecteurs CD du marché sont bons, ce qui est loin d’être le cas !!! Thèse que nous soutenions déjà il y a 4 ans.

Alors, oui,  on peut frémir, vibrer en écoutant du « dématérialisé ».
Au risque de se répéter : à condition d’utiliser des fichiers stockés de type Flac minimum et idéalement Wave ou Aiff et des solutions techniques soignées.

En outre, maintenant que les artistes ou maisons de disques commencent à mesurer l'intérêt de l'enjeu apparaissent enfin des fichiers Haute-définition qui ont réellement du sens artistiquement et ne sont pas que la version 24/96 de la masterisation CD.

Et là, musique dématérialisée s'envole vraiment !

Certains fichiers réellement DSD natifs, chez Channel Music par exemple, ou Vulnicura de Björk sont des jalons importants.

-    doit-on renoncer aux CD ?

Non, évidemment pas !

Si vous avez une belle discothèque, si vous aimez les longs textes et les illustrations qui accompagnent vos CD, si vous préférez la concentration requise par la manipulation physique d'un objet, gardez-votre lecteur ou changez-en en mieux ; croyez-nous, jamais la qualité de lecture des CD n'a été aussi bonne, ces chers lecteurs (certains au moins) continuent de progresser et de façon stupéfiante…

En outre, contrairement aux augures de Cassandre ignorantes, la production de CD ne va pas s‘arrêter de sitôt.

-    la qualité obtenue en « dématérialisé » est-elle supérieure au CD comme on le lit à droite à gauche ?

On y revient sans cesse, c’est un peu la même question qu’un peu plus haut.

On ne peut pas répondre à ça, pas aussi simplement que beaucoup l’osent sous prétexte que c’est dans l’air du temps, c’est mode, c’est nouveau donc c’est mieux !
On disait ça pour le CD aussi… Il lui a fallu 15 ans pour murir et aujourd’hui encore les résultats sont contestés par les intégristes du vinyle. Mais il a sauvé l’industrie du disque.

Bref, « c’est mieux ou moins bien ? » n’a pas de réponse définitive, trop de variables à prendre en compte dans les tests dont aucun jusqu’à présent n’a donné de preuve irréfutable, quoi qu'en pensent les partisans des fichiers Haute-définition, DSD ou autres.  

De tous les essais que nous avons effectués (et en quelques années on en a menés, avec parfois des combinaisons carpolapinesques, qui s’est amusé à séparer fichiers et marqueurs sur des disques différents par exemple ?), nous obtenons quand même à ce jour un résultat encore légèrement supérieur avec quelques lecteurs CD (un en particulier !), à DAC identique et câble numérique superlatif ; qu’on le veuille ou non, il y a certaines légères nuances, subtilités que le « dématérialisé » érode, conceptualise, enjolive. Ce que les optimistes appellent naïvement une restitution analogique…

Pas du fait de la nature des fichiers, théoriquement et vraisemblablement supérieurs en effet à des infos gravés sur un CD en plastique (et lues tant bien que mal en flot continu), mais de la gestion du flux probablement, et de tout ce qui se passe quand les jolis bits voyagent et surfent ; n'en déplaise « aux informaticiens qui savent », des uns et des zéro, ça reste du signal électrique.

Toutefois le débat, comme nous le disions, est stérile : certaines solutions « dématérialisé » enterrent de nombreux lecteurs CD, question de position du curseur, et nous parlons de comparaison à des niveaux de qualité que peu d’entre nous peuvent s’offrir. Notamment pas moi.

Et comme expliqué précédemment, certains artistes commencent à exploiter pleinement le potentiel de la haute-définition, creusant ainsi l'écart avec les possibilités du CD.

-    Wifi ou filaire ?

C’est drôle parce que là encore la réponse n’est pas simple.
En gros mieux vaut le wifi qu’une mauvaise liaison filaire. Mais un bon filaire (sous-entendu un bon câble ou une bonne interface) surpasse le wifi, moins stable, moins sûr mais pour autant tout à fait exploitable.

Si on prend l’exemple de la solution Devialet Air, l’option wifi est excellente.
Quand elle fonctionne, ce qui est presque toujours le cas. Mais, de temps en temps, non, ça ne veut pas ; dès lors, le recours à une liaison RJ est largement recommandé.

Autrement dit, une solution filaire Ethernet ou USB est la solutions radicale. En ce qui concerne le Devialet, bien sûr, la liaison entre l'ordinateur player et le D-X reste évidemment Devialet Air, c'est le lien avec le routeur qui peut être filaire.


-    quelle solution adopter dans la pléthore de possibilités ?

Ah, sans doute la vraie question.
Nous ne parlons pas de matériel en particulier bien sûr, mais avant tout de type de solutions.

A force de tests, nous avons hiérarchisé nos choix, des procédures qui nous plaisent plus que d'autres.

-    1 : La solution des serveurs audio propriétaires ne nous enchante pas vraiment.

Tout simplement parce qu'on ne peut pas savoir quelle sera l'évolution des techniques et technologies ou l'avenir des sociétés et se retrouver dans quelques années, au moment d'un nouveau choix, d'une envie d'évoluer, avec ses fichiers prisonniers d'un système d'exploitation trop spécifique, d'un player qui n'a pas évolué, ou de tags inexploitables par d'autres players. Bof...

En outre, on peut avoir l'impression de payer très cher des serveurs informatiques du commerce coûteusement rhabillés.

Pour autant, il y a dans ce domaine de bonnes machines, évidemment, dont certaines utilisant des systèmes d’exploitation ouverts.
Il n’en reste pas moins que, si vous êtes un peu court côté mémoire disponible, c’est-à-dire si vous êtes un mélomane vorace, ça se termine assez souvent par l'ajout d'un disque dur indépendant tout à fait banal. Comme quoi.


- 2 : La solution DIY (do it yourself), à savoir PC => DAC avec tous les doubles saltos intermédiaires…

On y est très favorable, même si on estime chez staCCato que les bons résultats (je veux dire vraiment de haut-niveau) passent un peu par des usines à gaz. Pas de souci, on peut vous aider.

Ne vous y trompez pas en effet, le côté plug & play vanté par le politiquement correct (presse spécialisée en tête) peut certes donner de bons résultats mais pas absolument idéaux.

Même "asynchrone", la liaison USB laisse parfois à désirer et de plus dépend fondamentalement de la qualité du câble ; or, là encore derrière les mensonges, les bons câbles USB ne sont pas pléthore.

L'utilisation d'une petite interface de style Hiface est une bonne approche pour contourner le problème et utiliser efficacement ses chers fichiers haute-déf, à condition bien sûr de choisir un câble numérique 75 ohms digne de ce nom et qui là encore ne sera pas donné.

Enfin, si on se contente d’utiliser l’ordinateur familial avec I-tunes, là aussi on choisit la voie de la désillusion…

Bref la solution PC, si on veut l'optimiser, passe par quelques précautions, et si on veut pousser loin, par quelques impératifs.

Ci-dessous une combinaison idéale :

-    PC dédié et préparé, doté de beaucoup de mémoire vive (petite préférence pour un portable hors secteur avec SSD si on n'a pas besoin d'un stockage délirant), je vous passe les détails de la préparation, ils sont nombreux. Sauf si vous vous y connaissez bien côté ordinateurs, mieux vaut nous confier le travail.
-    un disque dur de qualité supérieure avec une liaison soignée si gros stockage.
-    un player qui n'engouffre pas dans ses joyeuses moulinettes la moitié des infos. Les bons, tout le monde est à peu près d'accord, incluent évidemment JPlay (qui ne fonctionne pas tout seul, ce serait trop beau) ou Audirvana, en gros.
-    un câble USB de course
-    une interface de style EVO de M2Tech avec une alim sophistiquée si la liaison asynchrone du DAC n'est pas top.
-    un câble num de haut-vol dans ce dernier cas
-    un DAC stratosphérique

Voyez la facture.

Mais, honnêtement on peut atteindre des niveaux de reproduction très élevés.

Ce qui est amusant, au fond, est de constater que l’approche n’est pas si différente de ce que nous proposions il y a 4 ans, mais avec un résultat quand même supérieur à force d’évolution, des players, des horloges, des câbles, et de notre maîtrise de divers vices planqués dans les PC etc…

L'inconvénient, c'est qu'il faut allumer l'ordi pour écouter la musique. Raison de plus pour qu'il soit dédié. Et équipé d'un SSD.

Nous peaufinons la mise au point d'un système dédié à partir de mini-ordinateurs totalement préparés, dédiés qui permettent de pousser très très loin la qualité tout en faisant oublier l'aspect "ordinateur" de l'utilisation.

Nous en reparlerons, mais cette formule que nous installons depuis quelques mois donne pleine satisfaction à ceux qui l'ont choisie.

Cette solution ainsi préparée et optimisée rapproche à l'usage de la dernière option :

-    3 : La solution streamer, que, à la longue nous avons fini par chercher à privilégier.

Streamer, lecteur de réseau ; chez staCCato on appelle ça une passerelle numérique.

Quelle est l'idée, pour ceux qui ne sauraient pas ?

En gros, le streamer est un appareil audio dédié (ou audio-vidéo) qui, relié au réseau, une box (avec ou sans fil selon les appareils), un NAS ou autres, va permettre d'aller chercher tout type de fichier informatique musical inclus dans cet environnement.

-    soit depuis la box pour écouter les radios internet ou, pour certains, les flux de musique en streaming direct, style Deezer, Spotify, Qobuz et depuis peu FNAC, plus destinés dans l'ensemble à découvrir des nouveautés qu'à écouter de la vraie qualité, même si l'inévitable Qobuz fait des efforts pour proposer un flux de qualité dite « CD ».


-    soit depuis un disque dur (liaison USB), un NAS (RJ45 ou dans certains cas wifi via la Box), donc un stockage de qualité si on a bien choisi les disques durs, l'éventuel logiciel de ripage, la mécanique de ripage ou des fichiers téléchargés de haute qualité.

-    soit depuis un ordinateur, un mobile ou un PAD

Selon les cas de figure, on utilisera une procédure de type DLNA ou UpNp incluse dans le lecteur réseau qui permettra d'aller chercher tout type de fichier compatible sur les différents supports dans l'environnement du réseau, soit un player si la musique est sur ordinateur ou mobile etc...

Bref la solution du lecteur de réseau est universelle (souvent très complète en terme de types de fichiers, du MP3 jusqu'au 24/192 ou DSD), facile d'utilisation une fois l'application Androïd, Pod ou Pad bien maîtrisée (hum…).
Ah oui, parce que, j'ai oublié de vous dire : pour utiliser confortablement les objets de ce type, on vous conseille fortement de transiter par un PAD qui vous servira de "télécommande" et vous permettra de vous y retrouver dans vos fichiers ou favoris sans vous user les yeux sur un écran minuscule sur la machine (quand il y en a un !) ou vous obliger un rajouter un écran de contrôle.

Ainsi gardez-vous la main sur la qualité et le type d'acquisition des fichiers qui ne dépendront pas d'un player fermé mais en revanche de la qualité et du type de disque que vous déciderez d'utiliser si vous voulez faire du stockage.

De notre point de vue, c'est la voie royale, curieusement pas si fréquente encore, qui existe sous des formes et des qualités diverses, offrant en outre l’avantage d’un appareil dédié qui ne contraint pas à avoir un PC allumé à proximité.

Sans peut-être le savoir, vous utilisez au moins partiellement une solution de ce type, ne serait-ce que pour regarder la télé ou si vous utilisez une solution de type Sonos.

Attention toutefois, alors que, en gros, le principe est de transférer du flux numérique, il ne faut pas imaginer qu’un système en vaut un autre, sans même parler de la qualité du DAC intégré, toujours contournable par un DAC externe.

Un Sonos est une passerelle magnifiquement pensée côté interface mais pas absolue côté qualité musicale.
Un ST200 Atoll ou un Soledge donnent une qualité de transfert nettement supérieure alors que les protocoles sont partiellement identiques mais les technologies très différentes.

Un Lumïn évidemment creuse le trou.

C’est exactement la raison pour laquelle cette solution du lecteur réseau est probablement la meilleure : en cas d’évolution de la gestion du flux numérique, le reste de la chaîne reste stable, n’est pas remis en question ni assujetti à des normes non transférables ou adaptables.

Voilà, en dehors de toute considération culturelle, où nous en sommes en conclusion de près de quatre ans à tester et contre-tester des options, des connexions, des interfaces, des logiciels, des préparations, des fichiers (HD ? même mensonge qu’en vidéo ? Souvent oui pour ce qui est juste du recyclage mais de moins en moins pour les sorties en cours), des appareils, des câbles, des formules magiques, des mensonges organisés, des prix effrontés…


Sommes-nous plus avancés qu’il y a 4 ans ?

Oui.

Un peu.


Bon, je vais m’écouter un petit Coltrane sur ma platine Michell


évolution hautement favorable


En m’évertuant à remettre mon site à jour, je m’aperçois que j’ai laissé quelques articles qui datent beaucoup.

Je ne parle pas tant de ceux qui relatent des évènements passés - pourquoi pas après tout ? - mais de ceux qui évoquent un état des lieux techniques à un moment donné.

Deux articles concernant l’état de la musique dématérialisée me semblent devoir être conservés, notamment pour comprendre l’évolution des technologies (enfin stables), des résultats et d’un état d’esprit.

Raison pour laquelle je ne vais pas les remplacer, mais les compléter par diverses précisions par suite de l’évolution du matériel et des technologies.

 

1. Les banalités techniques :

- les divers sites de streaming du marché ne procurent pas tous les mêmes qualités techniques de fichiers en streaming.

donc, ne concluez pas en écoutant en BT des fichiers MP3 issus de Deezer (ou OGG à cette heure chez Spotify, système de compression à priori moins compromettant) que le streaming ne fonctionne pas.

- évitez les procédures de type Airplay, pas mauvaises, soit, mais moins révélatrices qu’une vraie lecture réseau, autrement dit où tablette ou smartphone n’ont qu’un rôle de télécommande, pas de relais.

- n’imaginez pas que sous prétexte qu’il s’agit de transmettre des 0 et des 1, tous les lecteurs réseaux se valent

- soignez l’environnement réseau. J’en ai moi-même fait l’expérience en remplaçant un switch qui commençait à dater par un tout neuf et puissant, et un recâblage (pas même spécial hifi), mais à jour et c’est fou ce que nous avons optimisé à tous points de vue : rapidité de fonctionnement et qualité audio.

- si vous en avez envie, vous gagnerez évidemment à soigner les alimentations des routeurs, serveurs ou switches.

- incontestablement la qualité de streaming directe (je veux dire depuis les plateformes) a progressé et très nettement, chez Qobuz en particulier, au point d’être parfaitement utilisable comme source principale y compris sur une très belle installation haut-de-gamme. Enfin : si le lecteur réseau est à la hauteur, évidemment…

- toutefois, à lecteur réseau égal, on constate sans doute aucun que l'exploitation des mêmes fichiers téléchargés sur un bon serveur (NAS) et lus en local est supérieure, musicalement plus fourmillante encore.

- en outre, acheter des fichiers permet aussi de classer aisément et clairement sa « discothèque ».

 

2. L’alibi moral :

- oubliez les arguments qui parlent de la mauvaise rétribution des artistes. S’il est vrai que tout n’est pas résolu, les conditions de rétribution évoluent considérablement notamment sous l’impulsion de Qobuz.

- dans le même cadre, somme toute, ce sont les éditeurs qui ont la main sur les négociations finales.

combien d’artistes découvrons-nous grâce au streaming que l’on n’aurait jamais connus, repérés, rencontrés, égarés au cours de piles anonymes de CD postillonnées dans les grands magasins « culturels » ?

- combien d’artistes ai-je un relatif plaisir à écouter en streaming alors que je n’aurais jamais acheté leur disque, et d’ailleurs ne les apprécie pas suffisamment pour acheter les fichiers correspondants.

Sachant, pour être précis, que j’achète une moyenne de 4 à 500 fichiers par an. Par fichiers, je veux dire albums complets. Et, dès que possible, en Haute-Résolution.

- l’expérience récente de musiciens (du classique) que je connais est édifiante : sur un disque important de leur discographie, l’éditeur refusait la publication sur des plateformes s’obstinant sur l’idée de ne fournir que du CD, parce que c’était plus noble, le travail sur les jaquettes, le livret, etc… Ces musiciens (un Quatuor) ont fini par négocier le droit de streaming sur un seul des 7 opus du disque. Et ont plus gagné en quelques semaines avec un seul titre que sur la totalité des ventes de l’album concret.

- oui, on peut regretter les livrets ou jaquettes mais, d’une part, on n’interdit pas aux éditeurs de les livrer avec les fichiers (ça arrive fréquemment) et on trouve en navigant sur sa tablette des informations complémentaires que les livrets, souvent écrits trop petits ou avec des mises en pages illisibles, ne contiennent pas. Changement d’habitude soit, mais moins d’informations, certainement pas.

 

3. Lecture dématérialisée vs lecture CD :

- en comparant ce qui est comparable, à savoir des fichiers 16/44 non compressés contre leur équivalent lu sur un CD, à machines de qualité comparable (ce n’est pas forcément facile à déterminer), la lecture réseau prend généralement le dessus. Que les fichiers soient CORRECTEMENT rippés (par vous depuis vos CD) où directement issus d’une plateforme de distribution.

Un des exemples les plus faciles est la comparaison sur un lecteur CD pourvu d’une entrée numérique à laquelle on relie un lecteur réseau, soit un câble supplémentaire par rapport à la lecture directe.

A ce jour, seuls deux lecteurs CD ont fait jeu égal en lecture CD et dématérialisée. Dans tous les autres cas, la lecture dématérialisée l’emporte. J’insiste : dans un cadre très maîtrisé de test.

Il y a des exceptions, notamment des « fichiers de première génération » livrés sans grand soin au début de l’activité des plateformes.

- en comparant le CD à un fichier Haute-Résolution bien fait, la question ne se pose même plus.

Cependant, nous constatons que certains n’apprécient pas forcément la Haute-Résolution ; cette foultitude d’informations supplémentaires qui rapproche des musiciens, de leur humanité, perturbe quelques mélomanes, plus à l’aise avec un « arrondi » arrangeant.

Rien dire, c’est un rapport à la musique. Quand en revanche cette simplification est considérée comme plus émotionnelle, je dis non, en aucune manière, et il ne faut pas confondre résolution subtile avec froide analyse détailliste.

- tout ceci bien sûr à condition de ne pas tomber sur des fichiers HR mal faits, notamment ceux de première génération qui n’étaient le plus souvent que des copies de bandes 16/44. Voire de fichiers rippés, et mal.


Pascal Louvet Isis IIR en résidence


Nous avons en résidence en ce moment les très intéressantes enceintes ISIS IIR de Pascal Louvet.

 

Un banc d'essai a été publié sur le nouveau et très beau site Le Beau Son (www.LeBeauSon.fr) et, une fois n'est pas coutume, nous le reprenons mot pour mot. Voir le lien ci-dessus ou le copier ci-dessous...

www.lebeauson.fr/a-l-oreille/85-a-nos-oreilles-pascal-louvet

Ce site va me rendre paresseux...


Phantom of the...


30 juillet 2015

 

Phantom of the...

 

Tous, que nous le voulions ou non tant le battage mercatique est intense, voire écrasant, avons entendu parler de la merveille technologique créée récemment par Devialet, la start-up la plus primée et la plus médiatisée du moment : le Phantom.

Un joujou extra (hum...), je l’ai eu au magasin et défends avec plaisir les vertus objectives de ce bidule sympa, attrayant et évolutif.

 

Ce n’est pas pour évoquer les qualités et limites du petit bolide que j’écris aujourd’hui. Que dire de ses qualités de toute façon ? Les enthousiastes conquis se limiteront aux déclamations présentant le « casque de moto qui fait du bruit » (c’est Sophie qui l’appelle ainsi) comme rien moins que la meilleure enceinte du monde, d’autres hausseront les épaules considérant que plus on clame fort un argument publicitaire, plus il sonne creux, et enfin les boudeurs avertis se gausseront de données techniques hallucinantes, superfétatoires et fantaisistes, chantres d’une époque révolue… A chacun de se faire son avis. Le mien, je l’ai exposé plus haut.

 

Si j’écris aujourd’hui c’est pour exposer une réflexion née au hasard d’une discussion entre copains, il y a quelques semaines, où je posai une question qui me vint soudain à l’esprit : mais à votre avis pourquoi «Phantom» ? Pourquoi avoir appelé cet objet ainsi ?
Ça a peut-être été dit à la journée de formation, mais j’étais retenu par une obligation nettement moins drôle.

Chacun y est alors allé de son hypothèse pendant que par devers moi je me disais qu’il faudrait que je pense à poser la question à Devialet tout simplement.

 

Phantom parce qu’il est discret, petit, qu’il peut se poser n’importe où ou presque, parce que la liaison entre la source et lui ou lui et ses frères passe par les limbes, parce qu’il est petit et blanc comme Casper et peut crier très fort et faire grand peur…
… Ou encore tout simplement parce que…
J’aime bien cette proposition-là.

 

Mais la réponse qui m’a le plus séduit a été : « mais c’est évident, c’est en référence à "Phantom of the Paradise", l’esthétique du joujou évoque le masque blanc derrière lequel se cache un génie musical… »

 

Amusant…
C’est resté dans un recoin de mon esprit par ailleurs très encombré (de beaucoup d’inutile certes) puis j’ai essayé de grappiller dans un autre recoin de ma mémoire (ne serait-ce pas plus simple d’acheter le Blu-Ray ? Si !), la trame et la symbolique de cet opus majeur de Brillant De Palma. Après tout, l'acte de mémoire est toujours créatif, n'est-ce pas ?

 

Si je me souviens bien, le film, par ailleurs kitsch et virtuose puisant à loisir aussi bien dans l’œuvre de Gaston Leroux à peine détournée et parfois magnifiée que dans le mythe de Faust, voire enfin dans le Dorian Gray d’Oscar Wilde par le pacte signé entre Swan et son double, est une attaque en règle contre le capitalisme via ses caricatures damnées : Hollywood et les majors de l’industrie musicale et leurs ramifications diverses.


Dénonciation directe de la désincarnation des énergies fertiles indépendantes par le système, de la récupération galvaudée des talents subversifs forts et autonomes pour en recomposer un indigne patchwork mâtiné et dénué de tout caractère, force, idée ou inventivité propre, agglomérat synthétique ou ersatz mou prétendant amalgamer la créativité des forces réelles, des génies, ou représentation vidée de sens dont ne reste que la triste boursouflure vide, les assauts ne manquent pas dans cette maestria elle-même récupératrice mais prouvant que récupérer voire même piller les mythes peut en enrichir la portée allégorique.

Ainsi, Beef, monstre de Frankenstein sans âme, mollusque gras molasse efféminé et crétin est le symbole évident de cette hybridation exsangue, aboutissement suprême et théoriquement idéal du pressage jusqu’à la moelle des vrais créateurs, forcément provocateurs et alternatifs dans la pensée du grand Brian ; rappelons qu’un des premiers groupes anticonformistes que l’on voit dans le film s’appelle The Squeezed Juice ou Fruit Juice ou the Juicy Fruits, je ne sais plus, peu importe, tout est dit : des artistes pressurés jusqu’à en être vidés de leur jus.


Ce qui prouve que ce genre de règlement de compte pourtant savamment troussé et ayant connu le succès que l’on sait ne change rien à la puissance de l’argent et à l’abêtissement général des gogos que nous sommes puisque possiblement plus encore qu’à l’époque, les planètes musicale ou filmique ou industrielle sont envahies en permanence d’ectoplasmes, pâles copies de copies de copies… Rien n’a changé…

 

Swan, dictateur retranché dans son antre « le Paradise », emblème magnifique des forces cyniques du fric roi et de la décadence néronienne, est rendu séduisant et dominateur par la force de la renommée, son attrait sexuel uniquement fondé sur sa réussite et sa fortune, alors que totalement dépourvu de beauté (n’oublions pas qu’à Hollywood, le plus sûr raccourci pour exprimer la beauté intérieure, « c’est une belle personne ! », comme on le bêle maintenant avec un angélisme extatique, est d’en sublimer l’enveloppe), à la limite du nanisme, même son visage d’enfant surligne sa parenté diabolique et certainement pas l’idéal esthétique des avatars de la mode ou symboles sexuels.

 

Quant au personnage central du Fantôme, Phantom of Hell, dont le visage est détruit par sa propre musique, elle-même défigurée et dont il est dépossédé - Freud s’en frotte les mains -, il est au moins aussi mégalo et amoral que Swan et le masque ou plutôt casque ne parvient pas à cacher la laideur profonde d’un être meurtri car, là encore pour reprendre la représentation de la beauté intérieure, le masque, tel l’épiderme d’un joli minois, ne peut cacher les ambivalences noires… Le basculement de l’idéaliste naïf qu’est Leach au début du film vers un monstre frustré ivre de vengeance dont la rupture morale est totale au moment où il enfile le costume du Fantôme n’est pas le moindre intérêt du film.


Autrement dit, à bien y réfléchir, je me demande si vraiment l’explication du nom de l’appareil le plus geek du moment vient vraiment de là…
Non, hein ?... Ou alors, nous n’avons pas interprété l’œuvre de De Palma de la même façon.

 


Avantgarde Duo


Présentation d'un système exceptionnel chez Green*K Design

Pendant 1 mois, tous les vendredi et samedi à compter du 17 janvier.

En présence de François Gourdain (Esoteric-Synergie) le premier week-end

- amplificateur Esoteric Grandioso F1 en pure classe A : 30.000,00€

- horloge Esoteric Grandioso G1 avec coeur Rubidium (Rb) : 30.000,00€

- lecteur SA-CD Esoteric Grandioso K1X (ZE nouveauté) avec mécanique propriétaire

- Esoteric VRDS Atlas et DAC propriétaire Esoteric MasterSound Discrete DAC : 40.000,00€

- enceintes Avantgarde Acoustic Duo XD : 33.000,00€

- câbles Wing en avant-première


Programme salon novembre 2016


 

Les 5 & 6 novembre 2016, staCCato organise un salon de « sa » haute-fidélité dans un lieu délicieux en centre-ville de Nantes près du Musée Dobrée, à savoir la Rosière d’Artois.

10 salles et des espaces ouverts pour vous présenter quelques fleurons de la haute-fidélité française et internationale issus de l’artisanat noble dosant habilement technologie de pointe et cognition que vous raconteront des concepteurs, fabricants ou distributeurs venus du monde entier.

 

La musique, la technique nécessaire à la transmission de sa vitalité et ses particularités infinies, les hommes qui jouent et manipulent la technologie pour le plaisir de vos sens et votre savoir.

 

Gardant le cap de ses présentations revendiquant une expressivité humaine supérieure, staCCato réunit des bijoux uniques choisis dans la marge, où la création ose des choix radicaux, et quelques perles sélectionnés dans les classiques afin de sublimer la musique.

 

Ce salon est aussi la meilleure occasion de se familiariser avec les divers moyens de profiter des plaisirs du partage musical via des mini conférences consacrées à :

- Le vinyle, les variantes d’éditions et de pressages, pourquoi les pressages mono etc… (samedi 5 novembre 15 h 00)

- La musique et le vin en compagnie de notre ami des « Domaines qui montent » qui nous proposera une sélection de crus et de musiques (samedi 5 novembre 19 h 00)

- Une animation permanente accompagnée de travaux pratiques pour comprendre les divers outils possibles pour profiter idéalement de la musique « dématérialisée ».

- Une salle consacrée à la compréhension du rôle des câbles dans la reproduction musicale où nos amis d’Absolue Créations relèveront le challenge de comparer n’importe quel câble de votre choix à leurs « fils magiques ».

- La présence d’un cabinet d’architecture spécialiste des traitements acoustiques et de l’architecture d’intérieur qui nous présentera entre autres la gamme de traitements acoustiques Tempo

- Comparaison de casques haut-de-gamme.

- Découvertes d’autres moyens d’écouter la musique au quotidien via la présentation des jolis meubles musicaux de La Boite Concept où de la nouvelle ligne d’appareils connectés EC Living d’Electrocompaniet.

- Apprentissage des bienfaits d’accessoires indispensables par comparaison avant/après, conditionneurs secteurs Torus, supports Neodio Origine B1, filtres magnétiques Stein Audio etc…

- Concert exceptionnel du QUATUOR TANA qui interprétera deux oeuvres majeures de l'immense Steve Reich, WTC 9-11 et Different Trains, programme du disque récemment publié par le label MEGADISC-CLASSICS; Sur réservation.

 

Et bien sûr des démonstrations musicales via des associations de la crème des productions du monde entier avec une présence importante d’acteurs français.

 

Ci-dessous le programme par salle, évidemment susceptible d’évoluer en fonction des envies des divers invités :

 

RdC Hall d’entrée
- Vestiaire pour vous permettre de vous promener en toute liberté


- Stand QOBUZ, le seul service de musique en ligne (streaming & téléchargement de haute qualité) respectueux de la musique telle qu'elle a été pensée, jouée et enregistrée. Musique illimitée et téléchargements Hi-Res 24-Bit. 40 millions de titres dans une qualité de son inégalée, dès 9,99EUR/mois.


 
RdC Salle 1
Les célébrissimes électroniques japonaises ACCUPHASE (Hamy Sound) et platine vinyle allemande CLEARAUDIO (Hamy Sound) subliment les enceintes - japonaises également - FOSTEX GX250.


- En avant-première, ACCUPHASE présente le lecteur CD/SACD DP950 + DAC DC950, merveille technologique poussant à des sommets la reproduction numérique, le tout nouveau préampli C2850 et le valeureux amplificateur Classe A modèle A70 – une référence mondiale ? - pour révéler :
- la transparence, la finesse et l’autorité des FOSTEX GX250MG, joyau du fabricant de haut-parleurs de référence, rejoignant concept à l’ancienne avec son haut-parleur grave de fort diamètre et modernité avec les membranes « HR » sur les unités de médium (130 mm) et de grave (250 mm) qui évitent la formation d'ondes stationnaires, tweeter et le médium en magnésium pur, ébénisterie réalisée en lamellé-collé constitué de camphre et d'eucalyptus, réputés pour leur haute densité.

La partie vinyle est assurée par un modèle CLEARAUDIO non encore défini.


 
RdC Salle 2
Rencontre de deux trublions de la reproduction musicale, des solutions totalement atypiques au service de l’éloquence maximale :
- Les électroniques italiennes GRANDINOTE (Tecsart), lecteur Réseau/DAC « Volta » et préampli "Domino" amplificateurs blocs mono "Futura" transistors à transfos de sortie Classe A.
Des électroniques au pouvoir d’expression rare, plénitude et fluidité, panache et sensualité, un must ! Unique !


- Enceintes grecques TUNE AUDIO « Marvel » (080) à pavillons leur permettant un rendement élevé dans des dimensions logeables, la matière et le grain, la présence physique du réel.


- Câblage Absolue Créations Tim-Ref


 
RdC Salle 3
- Ventes de disques vinyles d’occasion par nos amis de « Comme à la Radio »


 
1er étage salle 4

Marques françaises en vedette.

EERA nous comble avec la présentation de sa nouvelle gamme de DAC, condensé de technologie, patience et savoir-faire qui vont nourrir les merveilleuses, incomparables MULIDINE Cadence version ++ en finition Carbon Touch.


Pour révéler la magnifique substance de ses nouveautés françaises,  la présentation est effectuée par :


- Serveur/lecteur de réseau néo-zélandais ANTIPODES DS (Icos), une merveille au service de la dématérialisation, capable de stocker selon les versions jusqu’à 6T0, mais aussi lecteur réseau ultra-performant, embarquant l’application ROON idéale pour retrouver les trésors des grosses discothèques.
- Dac EERA : le trublion marseillais nous éblouira par ses nouveaux DAC ultrasophistiqués et ses drives redoutables
- Platine vinyle allemande ACOUSTIC SOLID 111 Metal (080)
- Bras japonais ABIS SA 1.2
- Cellule japonaise HANA SL
- Préampli Phono japonais AURORASOUND Vida (Musikae)
- Amplificateur ACCUPHASE E600
- Mais aussi l’amplificateur français ppfff Van V3
- Enceintes MULIDINE Cadence version « Ul-tim » finition Carbon Touch. Mulidine joue la partition de l’émotion supérieure avec l’évolution la plus poussée de la très vertueuse Cadence
- Câblage Absolue Créations Ul-Tim


 
1er étage salle 5
Le très haut-de-gamme à la française et la noblesse artisanale anglaise réunis.


- Le français NEODIO nous fait l’honneur de ses électroniques ultra haut-de-gamme « Origine », d’une facture sans équivalent : le lecteur CD/DAC mondialement célébré et l’amplificateur intégré tout nouveau tout chaud accompagnent :
- La nouvelle série 3 des LIVING VOICE IBX RW (Musikae), perle de l’artisanat qui pourra ainsi révéler sa joie de vivre et sa richesse de timbres difficilement égalable
- Câblage Neodio en avant-première


 
1er étage salle 6
En vedette deux autres fabricants mondiaux de stature internationale :
Le géant allemand AVM (l’Audiodistribution), adepte de la mixité technique associant la lecture réseau aux amplis numériques ou analogiques pimentés de quelques étages à tubes, en compagnie des enceintes américaines ENIGMAcoustics Mythology pour un choc technologique réunissant valeurs sures et innovations expertes.
 
- Lecteur réseau/DAC/amplificateur AVM
- Lecteur réseau AVM

- Ampli AVM
… pour mettre en relief les qualités de rapidité, richesse et animation de la :

L’Audiodistribution présente l’enceinte compacte californienne ENIGMAcoustics Mythology magnifiée par le super-tweeter unique (Self-biased Electostatic) Sopranino : un évènement.

L'Audiosdistribution utilisera des traitements acoustiques FRANCO SERBLIN.

Câblage Furutech


 
1er étage Salle 7
Nos amis d’Absolue Créations se prêtent à un exercice riche d’enseignements : une démonstration continue de la logique hiérarchique de leur gamme ainsi que des comparaisons directes avec quelque câble que vous aurez apporté. Sortez vos mouchoirs.
Pour cette démonstration superlative et cocasse :
 
- Lecteur CD EERA
- Lecteur réseau/DAC/Ampli MICROMEGA M1
Car nous profitons de ce salon et cette salle précise pour mettre en scène la nouveauté française qui est déjà la coqueluche de nombreux pays voisins ou lointains, l’intégré numérique/analogique Micromega, à la pointe de la modernité aussi bien par l’accumulation de bienfaits technologiques au bénéfice du son que d’une pensée entièrement vouée à la facilité et l’universalité d’utilisation.
- Amplificateur intégré SUGDEN A21SE, histoire de contrebalancer le déploiement technologique par les vertus de la tradition, Sugden opposant en effet à la modernité à tout crin la patience du lent développement d’une tradition maison de 50 ans, la classe A
- Enceintes MULIDINE Cadence ++ (Ul-tim)


 
1er étage Pallier
- Exposition dynamique des jolis « meubles à musique » La Boite Concept, ces consoles vivantes qui s’intègrent à toutes les déco par des présentations et finitions très variées.


- Le label Megadisc Classics et son directeur artistique Serge Thomassian présente une sélection de ses prestigieuses productions dédiées à la musique contemporaine réalisées au studio Passavant, tel le Quatuor révisé de Boulez qui a fait couler beaucoup d’encre, les dernières créations de Charlemagne Palestine, Patricia Bosshard (magnifique !), Philippe Hersant, Komitas… mais aussi et surtout la vision par le Quatuor Tana de deux œuvres majeures du grand Steve Reich, WTC 9-11 et Different Trains, dans une production techniquement exceptionnelle puisque le Quatuor Tana a enregistré l’intégralité de la partition de fond sans utiliser de boucles et ensuite a superposé la première ligne en jouant live devant la bande son constituée et reproduite live et non pas par mixage.
Ce disque exceptionnel sera également disponible en vinyle 180g.


 
2ème étage salle 8
- PPFFF sort du bois
 
Présentation officielle de la marque française qui, via ses productions axées sur l’optimisation de la quintessence des techniques à l’issue d’un siècle de reproduction musicale, a déjà ravi de nombreux mélomanes
- Amplificateur intégré à tubes « Van » V3, un parangon de liberté lyrique, de justesse des couleurs infinies, de l’enthousiasme du vivant
- Enceinte ADA dont la charge très pointue associée à des haut-parleurs rares fait des merveilles sur un ambitus large, des timbres matérialisés, une transparence idéalement homogène et une verve de peu d’équivalent quel que soit le prix des rivales
- En avant-première l’« enceinte » AVA à la fois grande sœur de ADA par ses performances musicales exubérantes mais totalement différente suivant le principe établi par l’équipe de ppfff qu’une gamme d’enceintes ne passe pas par une déclinaison des mêmes méthodes mais par une étude adaptée à chaque cahier des charges.
AVA est donc fondée sur la performance pure de transducteurs exceptionnels dans une charge simple peaufinée essentiellement sur ses modes de résonnance.
 
Le câblage interne de tous les modèles de la gamme ppfff est réalisé par Absolue Créations.
De très grands moments de musique en perspective et même en relief.
 
Pour nourrir les bébés ppfff, différentes sources assureront la mise en scène :
- Drive venu de Hong Kong Lumin U1
- Drive néozélandais Antipodes DX
- DAC EERA
- DAC ACCUPHASE DC-37
- Platine vinyle ACOUSTIC SOLID Wood MPX
- Bras japonais VIVlab « rigid float »
- Cellule allemande STEIN Audio Aventurin 6
- Preampli phono japonais AURORASOUND Vida Monoblocks
- Câbles Absolue Créations
 


2ème étage salle 9
 La salle consacrée aux deux « artisans industriels » français de rang international, ATOLL et ATOHM pour des écoutes toniques et charpentées :


- Lecteur CD ATOLL CD400 associé pour la dématérialisation à un lecteur réseau ST200

- Nouvel ampli intégré / DAC ATOLL IN300
- Préampli ATOLL PR400
- 2 blocs mono (bridgés) AM400
- Et peut-être la présentation d’un intégré de compétition  dont nous avons eu la chance d’entendre le prototype il a quelques mois
- Enceintes ATOHM GT-3 HD
- Enceintes ATOHM GT-2 HD


 
2ème étage salle 10

JADIS / ESOTERIC / WILSON BENESCH
Le fabricant français mondialement réputé JADIS pour une présentation combinée avec les traitements acoustiques TEMPO.

Et le prestigieux Japonais ESOTERIC fait son entrée chez staCCato avec le N-05 et le F-05.

- Lecteur réseau ESOTERIC N-05

- Amplificateur intégré ESOTERIC F-05

en alternance avec :

- Lecteur CD JADIS Orphée

- Amplificateur intégré JADIS DA88S en pure classe A et ses 8 tubes KT120 pour produire un « couple » impressionnant

- sur les perles technologiques WILSON BENESCH "Vector", dotées d’une technicité exceptionnelle et d’une finition sans équivalent pour offrir une ampleur magistrale dans un format très compact. Un must !


- démonstration "avec et sans" les produits TEMPO


 
2ème étage alcôve
Lieu d’accueil ouvert à diverses activités telles que :
- Présentation comparative de casques haut-de-gamme
FOSTEX, ENIGMAcoustics, FINAL
 
Animations :


Chaîne dédiée à la présentation de :
- Les solutions dématérialisées :
Animation permanente pour déficher ce terrain obscur, expliquer le vocabulaire et la pratique, streaming, téléchargement, haute-résolution ou DSD , les logiciels pour ripper, taguer, lire, l’équipement informatique, les machines dédiées…
- Ecoute de vinyles proposés par « Comme à la Radio »
- Les accessoires par une présentation comparative avant / après
Stein Audio Speaker Match et autres, supports Neodio Origine B1, conditionneur secteur Torus Power
- Ecoute de passages choisis du catalogue Megadisc Classics
 
Sur une chaîne composée de :
- Platine vinyle Acoustic Solid
- Cellule Hana EL
- Préampli phono Jolida JD9SE
- Lecteur CD EERA
- Lecteur réseau Antipodes
- Lecteur réseau Lumin
- Solution informatique Less Is More
- Amplificateur intégré Jolida JD303
- Amplificateur intégré ATOLL IN300
- Enceintes MULIDINE Cadence
 
Ce même lieu accueillera les conférences.


Quatuor TANA le 5 novembre 2016


Le samedi 5 novembre 2016, le Quatuor TANA nous a fait l’honneur d’un concert à l’occasion de la première édition du Salon staCCato, dit staCCatoLa Rosière et ce grâce à Serge Thomassian, directeur artistique du label Megadisc-Classics et ardent promoteur de la musique contemporaine.
    
Je tiens d’autant plus à les remercier que Jeanne Maisonhaute (Violoncelle), Antoine Maisonhaute (Violon), Ivan Lebrun (Violon) et Maxime Désert (Alto) arrivaient en automobile de Clermont-Ferrand où ils avaient joué la veille.

 

Au programme, celui de leur disque remarquable sous label Megadisc-Classics consacré à deux œuvres essentielles de Steve Reich : WTC 9/11 et Different Trains. Toutes deux demandent une installation technique puisque le Quatuor réel « accompagne » des enregistrements préalables d’autres pages pour quatuor et des « bandes sons » faites de bruitages et voix.

Antoine Maisonhaute précise que, contrairement aux habitudes, les enregistrements des parties de quatuor ont été faits de bout en bout sans utiliser de boucles, afin de préserver la « vie » de ces portions, et que pour l’enregistrement final du disque - que je vous recommande évidemment -, le Quatuor a joué devant des enceintes qui passaient les pré-enregistrements. Autrement dit une prise live par opposition à une superposition par mixage. Exploit technique donc, marquant la volonté de plus d’engagement musical, et pari gagné.

Qui dit installation technique dit ingénieur du son et c'est Diego Losa du GRM, compositeur, qui a eu la gentillesse de faire le déplacement pour tenir le rôle de cinquième membre.

Le concert de ce soir représente pour moi une expérience d’autant plus intéressante que j’avais assisté à la première de WTC 9/11 au Pershing Hall le 11 septembre 2016 par le même Quatuor TANA, et avais été sidéré par l’intensité émotionnelle de leur proposition.

Je vais vous éviter un décryptage pas à pas pour raconter l’œuvre, je préfère toujours recevoir la musique au premier degré. Et puis je ne vais pas prétendre m’y connaître.

Evidemment, le concert de ce soir va me replonger dans la même tension nerveuse qu’au premier choc, à la limite de la crispation tant l’intensité dramatique de l’œuvre est transcrite avec une énergie implacable par le Quatuor TANA.

Mais j’irai plus loin ce soir dans ma perception sensitive et musicale de cet opus majeur car, est-ce une question d’intimité dans cette salle où nous sommes pourtant plus de 80, est-ce l’équilibre plus sensible entre la partie jouée et les parties reproduites (sur des Atohm GT2 HD et GT3 HD comme lors de la prise de son, via les blocs AM400 Atoll) ?, qu’importe : je me sens plus proche, mieux nourri de la partie directe et vis au plus près les… Quels mots employer sans dire une bêtise ?... Les contre-champs (au sens photographique) comme les superpositions, les dialogues comme les chorales entre les divers sous-ensembles des quatuors où la ductilité aérienne des musiciens ce soir crée un climat tout aussi bouleversant mais plus imprégnant, empoignant, nous obligeant à accompagner le mouvement continu dans une sorte de détresse contradictoirement dansante, une entrainante fascination .

On est emportés, on est pris, mais cette fois moins à la gorge qu’au corps et, bien placé pour pouvoir observer le public, dans une transe collective, tribale.

Les mots ou cris des spectateurs de la blessure mortelle infligée à cette tour symbolique un 11 septembre où tout bascule, victimes, pompiers, l’incrédulité douloureuse transmises par les textes et les bruits éclatent en bulles d’angoisse portées par les archets inspirés de TANA, autant de battements d’ailes d’anges ou de coups de couteau de Lucifer selon les instants, transformant cette pièce courte, j’allais dire heureusement, en un tableau de Hieronymus Bosch.

C’est d’autant plus puissant qu’il y a un plaisir fort à observer la concentration des quatre jeunes musiciens, dégageant une beauté peu commune, jusque lors d’une brève parenthèse de doute si bien maîtrisée lorsque la technique les trahit (perte des « clics » qui dictent chaque pas dans le déroulement), dont personne ne s’apercevra dans l’évolution lyrique.

Et comme à chaque fois que j’écoute la dernière partie de WTC, pourtant portée par l’idée de « World To Come », je perds l’équilibre quand intervient la coda brutalement interrompue, le vide, le choc sur la deuxième tour, la fin. Ou le début ?
Le silence.

 

Sidérante première partie  de soirée donc, justement ovationnée pour saluer l’effort car l’œuvre est aussi difficile pour les musiciens qu’elle est douloureuse pour l’auditeur quand elle est racontée avec autant d’intelligence et de cœur, éloignant cet instant de musique évocatrice, quasi figurative, d’un rapport journalistique objectif, façon Kronos, pour nous impliquer viscéralement et émotionnellement dans le souvenir.

 

Ou pourra évidemment me reprocher la flagornerie de l’hôte dans ma « critique », peu m’importe car la suite du programme m’en dédouanera : pour avoir naguère assisté à une présentation intéressante de « Different Trains » par le Quatuor Diotima, je vais pouvoir comparer deux approches radicalement différentes au concert d’un opus qui, guidé par des clics et des parties enregistrées, pourrait donner l’impression d’un carcan inaliénable.

Eh bien non ! Le Quatuor TANA va nous en faire une démonstration flagrante.

Le démarrage de Different Trains porté par des sifflets de locomotive est toujours aussi magique ; quel beau son, ces sifflets qui à eux seuls engagent dans le trouble…

Mais immédiatement apparaît le ton inattendu que TANA va apposer sur ce tableau fondamental de la musique contemporaine, mise en parallèle des trains que, enfant, Steve Reich prenait pour de longs voyages de la côte est vers la côte ouest des Etats-Unis, passerelle obligée entre ses parents divorcés, et ceux qui en Europe, sous le fouet et les crocs, transportaient les enfants juifs vers l’abomination

TANA sinue sur une souplesse du trait, une lisibilité humaine par un toucher délicat épanouissant les timbres, mais surtout libère un swing, voire du groove, qui va transformer les machines en instruments sublimes, aussi bien dans la beauté que dans l’horreur.

Cette élasticité des lignes nous emporte dans un tourbillon, une valse asynchrone irrésistible, alors comment ne pas tanguer en frémissant à la façon permanente dont le Quatuor TANA va faire virevolter les notes, ou tourner autour, nous amenant parfois à l’ambivalence de magnifier la douleur comme sous opium, l’anesthésier sans pour autant l’oublier, une distance étrange et dérangeante qui renvoie à une forme de culpabilité, celle du témoin impuissant, indirect par la force des choses, obligé d’accepter ce qui s’est passé, ce à quoi il a échappé, la menace lourde qui pèse sans cesse sur l’humanité tel un ultimatum d’apocalypse.

Jaillissements d’émotions métissées, de heurts contradictoires, la voie choisie par TANA embellit la narration, impose à la compréhension émotionnelle la dualité partageant et réunissant la mélancolie naïve d’un enfant protégé et le journal d‘Anne Franck, lue par un comédien d’exception, enfonçant l’évidence du vécu dans les couches profondes de la mémoire…

Des moments exaltants de musique pure nous éloignent par fulgurances de cette chape prégnante pour nous conduire sur une ligne musicale incandescente, telle en dernière partie ( ? j’ai un doute) la formidable accélération de la ou des locomotives dans un ouragan mécanique fou mais ici si coloré, si riche en harmoniques, si étourdissant dans les distorsions temporelles, la désynchronisation ivre qui jaillit des instruments soudain extravagants donnant une dimension symphonique à ce poignant instant !

J’en tremble encore. Jamais je n’aurais attendu tant de variations rythmiques, de boisé, d’envolées puissantes ou contenues dans une même pulsation vers le cœur.

J’espère sincèrement, chers amis du Quatuor TANA que le public a été à la hauteur, mais en tout cas il vous a justement acclamé, et j’aimerais vous faire partager les témoignages d’émotion qui me sont faits depuis ce grand jour.

Merci encore chère Jeanne (Mademoiselle M… comme désormais je vous surnommerai), merci Antoine, Ivan et Maxime pour votre fraicheur, votre engagement et votre sincérité, merci pour la soirée et sa prolongation autour de mets fins mais pas à la hauteur de votre gentillesse.

Et bien évidemment un immense merci à Serge.

Et à Diego !

 

AC

 


apurna


 

Juillet 2018

 

Mi-juillet, nous avons eu le privilège d’une séance d’essai clairement hors normes, chez nous, à la maison. Enfin presque : staCCato. Ma seconde maison. Et puis chez Green*K design aussi. Ma troisième maison ? Euh…

Au programme, une rencontre au sommet :

Les blocs Apogée d’Apurna sur les « enceintes » Pandora de ppfff.

Bon, énoncé comme ça, ça peut aussi faire sourire : qu’est-ce que c’est que ces noms ?

Je voudrais vous y voir…

Ceci dit, la hifi nous a habitués à bien pire.

Pandora de ppfff, on ne revient pas sur la description, vous pourrez vous référer à leur présentation dans la catégorie « transducteurs ».

http://www.staccato-hifi.fr/actu-staccato-hifi/marques/transducteurs/ppfff-pandora/#consulter

Apurna, vous en avez forcément entendu parler. Peut-être avez-vous ri ou grogné ou relu trois fois en découvrant les prix affichés qui propulsent quand même les objets dans la stratosphère.

J’y ai moi vu une marque française qui ose enfin l’ultra haut-de-gamme, ce qui en soi est plutôt rare ; et qui s’évertue à réunir tous les moyens et ingrédients pour percer sur des marchés exotiques du luxe et de la performance, dynamique plus rare encore.

C’est quand même un constat déprimant que la haute-fidélité française manque à ce point d’audace, se contente d’un milieu de gamme pourtant encombré, sans parler d’objets qui sont des copies de copies de kits. Syndrome Renault / Peugeot (pas le côté kit, n’exagérons rien) ? Dans le pays du grand luxe ? Curieux non ?

Focal avec les Grande Utopia me direz-vous ? Oui, certes un contre-exemple mais issu de l’industrie comme une pensée de logique montante de gamme, réclamant un porte-étendard, excellence technique affirmée haut et fort, soit…

ppfff ose avec sa gamme Parangon, Askja ose tout seul et Apurna donc. Mettant sur la table de nombreux arguments forts.

Et tant pis pour ceux qui ricanent ou secouent la tête, les goguenards.

Le projet Apurna est celui d’un couple, Catherine et Franck Borne. Derrière « un couple » j’évite d’ajouter « de passionnés » parce que franchement ce n’est pas original, d’autant qu’on peut être passionné et incompétent. Ils décident de réaliser le rêve que monsieur caresse depuis des années : proposer un ampli de référence.

M. Borne n’est pas le seul à l’avoir envisagé, mais lui part avec un beau bagage scientifique : son projet est basé sur un grand savoir technique enrichi au fil des années par des réalisations poussées dans le domaine de l’aéronautique et du spatial, la société et les collaborateurs qu’il dirige étudiant souvent les « moutons à cinq pattes » pour des clients intransigeants qui ne peuvent pas plaisanter avec la vie de milliers de passagers ou les milliards d’une fusée.

Ainsi est prise la décision de capitaliser la somme de connaissances acquises dans les deux domaines, l’autre étant celui de l’amplification audio par des essais et approches à temps perdu menés depuis trente ans.

Trois ans et demi de R&D plus tard apparaissent les premiers blocs, une partie de la R&D ayant été dévolue à l’esthétique des objets, formes, finitions de sobres à fantaisistes mais toujours élégantes, détails obsessionnels (aucune vis apparente, mais une vue sur les arcanes de l’appareils merveilleusement disposées, comme une petite ville, où s’opposent le noir des composants au doré des circuits et connexions) ou encore la télécommande « flower power » voulue féminine.

Lorsque notre curiosité a été attirée la première fois sur ces objets, nous sommes allés voir le site et avons été plutôt perplexes devant le « look » des machins qui faisaient très « m’as-tu vu ». Même l’empilage d’une foule de modèles à Munich ne leur rendait pas vraiment hommage.

Cependant, pour les avoir déjà rencontrés chez un collègue, je savais qu’en situation, ça avait une tout autre allure. Et même du charme avec un petit côté « cabinet de grand-mère » (euh : je parle du petit meuble de luxe à compartiments ou tiroirs fermés de portes…). Ne serait-ce que parce que les blocs sont nettement plus compacts que ce qu’on imagine via les photos.

En vrai (ça se dit, ça ?) les proportions fonctionnent admirablement.

Et le fait de présenter systématiquement des finitions différentes (pour les démos bien sûr) rajoute au charme.

Nous avons pu le vérifier chez staCCato et Green*K.

Il faut être honnête, c’est même plutôt beau. Surtout posés au milieu des Pandora de ppfff : on a l’impression que les objets ont été dessinés les uns en pensant aux autres.

L’ensemble est d’un chic rare.

Cette fois le bloc du bas, enclenché sur un socle inox impeccablement vernis, est en acajou laqué, un superbe acajou fil sans rapport avec ce qu’on en connaît le plus souvent.

Le bloc supérieur est en cuir blanc avec inclusions de feuilles ou pétales colorés sur le tiers bas de l’objet, comme soulevées suite à un coup de vent ; c’est facétieux et délicat. Lui aussi vient s’enclencher sur les amarres adaptées.

Je n’ai pas fait de photos, comme d’hab ; dans mon petit audi, ça n’aurait pas donné grand-chose. Merci Philippe d’avoir osé.

La mise en route des Apogée « anime » le gros cercle central de l’appareil faisant apparaître un « flocon » de neige en transparence devant une lumière diffuse. L’effet pourrait être kitsch, mais non, pas du tout, c’est même plutôt touchant. On cherche chacun de son côté ce que ce gros œil de cyclope évoque. Le Nautilus ou La Guerre des Mondes, qu’importe, là encore une idée en apparence rococo qui donne un effet bœuf. Bravo. On souhaiterait pouvoir l’éteindre, je suppose, en usage domestique. C’est prévu, je crois.

Nous utiliserons pour les essais un DAC Accuphase DC37 (je ne dispose pas du Majestuoso Eera en ce moment) et un ensemble platine MPX + Vivlab Acoustic Float Carbone + Aurorasound VIDA Suprême pour les essais, ensemble câblé en TIM-Ref Absolue Créations.

La proposition d’Apurna de faire exister ses blocs en version ampli de puissance ou intégré est une excellent idée, je ne suis pas mécontent de regrouper les fonctions tant que ce n’est pas au détriment de la qualité finale. Et puis on simplifie le câblage.

La disposition des IEC choisie par Apurna ne permet pas d’utiliser nos câbles secteurs habituels ; il faudrait soit faire modifier la prise sur les câbles soit utiliser le raccord que propose Apurna mais dont Bruno ne disposait pas ce jour-là. En tout cas, ça existe !

Les premières minutes sont un peu décevantes, mais surtout pas de conclusion ! Allons refaire le monde autour d’un bon repas, on écoutera plus tard…

Au retour d’un sobre déjeuner, c’est déjà beaucoup mieux. Je commence à retrouver ce qui m’avait quand même grandement impressionné, il y a quelques mois, sur des AVA chez 080

… Et à l’arrivée du voyage en musique (oui j’anticipe ! L’impatience, que voulez-vous…), système bien en place, épanoui et ouvert, il n’y aura qu’un seul mot :

… !!!!

Ben oui : parfois les mots me manquent. Incroyable, non ?

 

Les prix sont stratosphériques mais, une fois n’est pas coutume, le résultat aussi.

Un système de grande classe, probablement insurpassable sur de si nombreux critères ; comme par hasard - et ce n’est pas un hasard - ceux qui contribuent à raconter la vérité pure.

 

Reprenons dans l’ordre émotionnel.

D’emblée, nous sommes séduits (saisis ?) par l’hyper précision des détails, la méticulosité mélodique, la rigueur de la scène, mais Emmanuel (ppfff), en position centrale, regrette le manque d’air, et moi je suis mal à l’aise par l’impression que les timbres sont simplifiés.

Toutefois, le contrôle est tel, sensation d’une mise en place bétonnée d’une intensité sans équivoque, ponctualisation, modulations fines, fermeté sur l’ensemble du spectre qui propose une lisibilité laissant tous les spectateurs interdits, vont si loin que je tarde un peu à décider que quelque chose ne me convient décidément pas.

Or ces timbres fades (tout est relatif) et le côté un peu étriqué (tout est euh… relatif, oui, je l’ai déjà dit) ne correspondent pas à ce que j’avais écouté il y a quelques mois sur des AVA.

Aussi je suggère d’inverser la phase secteur des amplis. Nous avons certes respecté la phase théorique, mais l’expérience a prouvé depuis longtemps que la phase théorique est… Comment dire : relative ?

La manœuvre est bénéfique : certes, nous retrouvons les imperfections de ma pièce, un peu moins contrôlée semble-t-il, mais ce n’est pas l’explication, non non ! : la localisation des objets sonores paraît moins incisive que précédemment tout simplement parce que la sensation de finesse est soudain parachevée et complexifiée par des réverbs longues empreignant l’espace d’une notion de salle d’enregistrement clairement plus explicite, des variations d’amortissement de notes plus sensibles encore qui vont évidemment dans le sens d’une éloquence supérieure ; et l’air, la respiration, les couleurs et nuances idoines jaillissent, foisonnants et emballants, impliquant des diversités de swing qui n’étaient pas tout à fait là auparavant, ce dont on ne pouvait se rendre compte puisque c’était déjà copieusement luxuriant.

Après les superlatifs les pléonasmes ! Preuve qu’on a été secoués quand même…

Le swing ? Oui, et quel swing ! Quels swings plutôt : l’ensemble Apurna / Pandora est à même de délier des écheveaux complexes, permettant à l’esprit de surfer dans des croisements rythmiques et harmoniques en totale délectation, transe communicative par l’évidence du message amalgamée à la charge émotionnelle, un balancement lascif ou percutant accointé à l’émerveillement de se sentir plus impliqué et possiblement plus pertinent. Oserais-je dire plus intelligent ? Oui : l’enrichissement culturel est au rendez-vous de la coda !

Nous connaissions la capacité de Pandora à réussir ce lien entre intellect et désarroi, les blocs Apurna subliment si possible cet accord puissant, cette plénitude charnelle.

Bruno (Apurna) n’est pas loin d’admettre, d’ailleurs sans fausse pudeur, que l’association Apurna / Pandora rehausse grandement ce qu’il connaissait de leurs appareils alors que nous sommes d’accord que les sources ne sont pas à la hauteur (un Meister Eera, un B Audio ou encore un DC950 en numérique et une meilleur cellule en vinyle nous auraient probablement pétrifiés… Médusés ? Paralysés ? Euhhh… Terrifiés ? Je cherche, je cherche mes mots)

Emmanuel est transi (encore un qualificatif), Philippe (Green*K) ému (faible… Affecté ?), pour ne pas dire bousculé. De mon côté je me dis que ces gens (Apurna et ppfff) doivent comprendre qu’il leur faut réunir leurs efforts, voguer ensemble à la conquête des marchés exotiques. L’ensemble atteint l’absolu, personne ne pourra le nier.

Parce que faire des objets luxueux dont la présentation peut évoluer en s’adaptant à tous les caprices, c’est bien mais si ces objets transcendent l’espace musical, c’est mieux non ? Or qui d’autre que ppfff et Apurna peuvent se vanter de regrouper ces valeurs ? Et dans un encombrement même pas cinglé qui plus est.

Dès lors le prix n’est plus un problème s’il a l’exception, l’unicité pour objectif.

Nous entendons via cette combinaison un épanouissement d’informations que nous ne pouvions même pas deviner auparavant, au service de la gloire harmonieuse évidemment. C’en est même d’autant plus perturbant que précisément les sources sont un peu en dessous. Et que nous savons fort bien tout ce qu’on pourrait gagner avec des câbles Tim-Signature par exemple. C’est très difficile de décrire l’infinité de petits déhanchés mélodiques et harmoniques, comme en filigrane, qui pétillent derrière ou autour des lignes majeures, déjà seulement plus ou moins bien décryptées par des systèmes indignement ambitieux. Et ces pépites souvent égarées ou décalées fondent en coulée d’or des plus pures dans les intonations, pastellisations ou éclats des musiciens.

Vocalité supérieure, sens du grain affiné à l’aune des spores, de la matière tangible, caresse sensuelle et coup de poing percutant, chatoiements bigarrés ou carnations diffuses, tout est possible, magnifiant la prise de possession de l’espace par les Pandora.

On a l’impression d’un ensemble à même de réaliser un agencement ou plutôt un accomplissement de ce que nous avons aimé à divers moments, dans des combinaisons formidables mais hybrides par comparaison :

Tel grand moment lors de la découverte des extravagantes Anima de Tune Audio portées par les splendides (musicalement) Aries Cerat.

Grande Castine (hormis le grave) transfigurées par le VAN ppfff

Les Living Voice Vox Olympian amplifiées par de très beaux Kondo quand même un peu à la peine.

Les Wilson Benesh Cardinale encadrées par une bordée de CH Précision.

La rencontre (le choc) avec le DC950 sur les AVA.

Ou la formidable combinaison de Munich (la plus homogène à ce jour ?) : Eera Meister (on a hâte de le tester à fond) + Grandinote Genesi & Futura sur Pandora, le tout confié à un câblage intégralement Tim-Signature

 

Dans une terminologie plus hifi (pas trop notre truc pourtant), grave et extrême grave, livrés avec une vigueur de titan, sont d’une plénitude de couleur, de grain, de modulation que, pour le compte, je n’ai jamais connue. C’est évidemment un bonheur lorsque les déploiements harmoniques n’atrophient jamais le lien entre eux, une expérience en l’occurrence unique, sauf peut-être une fois sur une enceinte expérimentale (et réussie) basée sur un pavillon arrière…

Bien que n’étant pas fan de ce genre de démo, j’ai essayé un difficile disque d’orgue contemporain, une œuvre par ailleurs profonde, effrayante, douloureuse, jouée sur un orgue de conservatoire dont les timbres ne sont les plus aboutis qu’on puisse rêver. Qu’importe : l’intensité dramatique est à son comble grâce à la combinaison Apogée / Pandora qui différentie clairement ce qui appartient à l’air traversant le tuyau et ce qui en sort dans son développement naturel. Or, cette œuvre (La Trahison de Judas, Jacques Pichard, j’ai oublié de le dire) s’appuie sur deux « excès » : un déferlement sonore d’une rare férocité douloureuse, et un long mouvement progressif, englué, joué au pédalier, qui submerge de plomb les épaules du pêcheur. On profite à fond du double tableau : la scène ne tremble pas quand déferlent les hurlements de la folie, et les évolutions sur le pédalier font vibrer les organes par une accessibilité impeccable des tréfonds sonore ou de l’âme.

Sur tout type de musique, la scène - elle sculpte l’espace avec une stabilité que seules quelques toniques de pièce, clairement isolées et donc nettement moins gênantes que d’habitude, peuvent contrarier sans gravité - et l’image sonore prouvent un accomplissement qui repoussent plus loin encore ce qui nous émerveillait déjà sur les Pandora, accompagnant une tenue sur les signaux les plus faibles qui ne se délestent pas d’une once de chair et densité, incitant à penser que nous avons affaire à de la classe A. Même pas : alors que l’ampli délivre plus de 400 W, il préserve la sensibilité, la même structure hadale des notes et impacts ou soutiens sur les instants les plus ténus, ne déviant jamais de la probité, et amenant Pandora plus loin encore dans l’évocation d’un système à pavillon, avec l’exaltation harmonique, la cohérence en plus.

Car la particularité de ce que nous entendons, certes appartenant grandement à Pandora, est la qualité de discipline constante sur la totalité de l’immense ambitus ! Permettant d’isoler clairement les toniques de pièce, gommant ce que nous pouvions envisager comme des petits défauts de l’enceinte ; elle définit, du grave à l’aigu, une réceptivité fascinante dans les plus infimes variations de timbres ou rythmes.

Or, si cette notion de tenue est souvent employée pour définir un contrôle du grave, elle est ici flagrante jusque dans le haut du spectre. On peut connaître cette sensation sur des tweeters à compression mais décolérée du reste du spectre, sauf sur des beaux systèmes à pavillon particulièrement réussis (je pense ici à Vox Olympian de Living Voice dont la mise en phase est un modèle du genre). Pandora matérialise un aigu qui a le corps de ce genre d’enceinte ou de tweeter mais dans une intégrité idéalement homogène sur l’ensemble du spectre, comme un seul HP parfaitement linéaire, même dynamiquement. Or, les blocs Apogée d’Apurna vont soutenir cette compacité vibrante par des circonvolutions harmoniques aussi charpentées que lumineuses gravant une corpulence constante, un noyau égal aux notes à tout instant, tout niveau, de décibels ou de complexité.

Et c’est probablement cette partie de l’expérience qui définit clairement en quoi ce système bouleverse les normes : le centre de gravité, tonal, physique, corporel de la musique, est parfaitement probe, concret, palpable, le cœur gros et l’ardeur vibrante.

Bruno est enthousiasmé par tout ce qu’il entend, des musiques aussi différentes que possible, sans tomber dans la facilité du trio dépressif ou de la « chianteuse » de jazz ou du classique de la pop qu’on connait par cœur et qu’on n’écoute plus (hélas), autant de scies qui passent partout, n’ayant jamais ressenti, de son propre aveu, que la reproduction musicale pouvait atteindre un tel degré, l’émotion partagée devenant alors un bloc qui ne se détaille pas. Il a certes connu de bien belles écoutes (il cite prioritairement les AVA de ppfff et les MBL 101E MKII qui l’ont particulièrement impressionné) mais en admettant que la richesse expressive, le naturel et la précision de scène et des étagements sont en dessous de Pandora. Diplomatie ? J’en doute.

Emmanuel et moi, au même moment, éprouvons le besoin de dire que nous n’aurions sans doute jamais cru, il y a quelques années encore, pouvoir autant apprécier une électronique à transistors pour en avoir eu une flopée entre les oreilles.

Mais honnêtement, Grandinote, CH Précision, Apurna, nous obligent à reconnaître que, quand c’est bien fait, franchement, ça marche. Je parle d’exception, vous l’aurez compris. Bien sûr d’autres amplificateurs permettent de vivre agréablement en musique. Là c’est autre chose. Un cap difficile à concevoir mais aussi sublime que le choc face à une grande, très grande œuvre d’art.

Certes, la restitution proposée ce jour-là peut manquer, comme ça, à froid, un brin de magie qu’on a pu croiser parfois, à supposer qu’elle ne soit pas artificielle, mais Emmanuel et Philippe, puis Yves un peu plus tard, ému, secoué, enthousiaste, s’en passent aisément devant le constat d’une indéniable vérité, et de mon côté je n’ai pas de doute que la source permettrait sans aucun doute de la retrouver, cette petite folie perdue tant il est facile de séparer qui fait quoi dans cette configuration :

  • l’absolue vérité de l’ensemble ampli / enceinte
  • La limite de transparence pure des sources, un peu simplificatrices à l’aune du reste du système
  • Les coquetteries de la pièce, assez peu gênantes au fond dans cette configuration
  • Et l’intuition de ce qu’un cran de plus en câbles, traitement secteur ou autres pourrait encore apporter.

C’est le point noir de cette journée : l’évidence que nous sommes contraints d’aller jusqu’au bout. Meilleur DAC, meilleurs câbles (attention, nous partons déjà de loin. Simplement un tel ensemble réclame plus), une mise en œuvre plus poussée pour atteindre l’entéléchie.

Une réserve ? Oui et non.

  • Non. Non parce que les Apurna ont raison. Eh oui, c’est comme ça.

Ainsi avec les Apogée d’Apurna va-t-on plus loin encore dans le constat de l’évidence déjà décrit dans les articles sur Adelaïda et Pandora, une compréhension plus fine encore, une maîtrise du sujet aboutie, creusée dans le coeur, obsédante. En effet, comme je l’ai expliqué dans l’article sur les Adelaïda de ppfff, quand un appareil de reproduction sonore a raison, le nier s’apparente à la mauvaise foi. Bien sûr, on a parfaitement le droit de préférer une concession arrangeante !

  • Oui. Oui parce qu’en l’absence d’une source d’exception (je veux dire à la hauteur), la tension permanente d’une reproduction au cordeau, sur le fil, sur le nerf, fait un peu regretter certains instants de lien organique que nous avons pu connaître parfois, même si pas tout à fait justes.

Pour autant, l’expressivité est au zénith !

Est-ce lié à la rapidité ahurissante ? Laissant Bruno pantois qui n’avait jamais connu une telle réactivité, « dynamitant » chaque signal, distillant cependant la dynamique avec une sérénité qui la rend moins spectaculaire que parfois mais si vraie, décantée de toutes scories ou flottements. Honnêtement, je me demande si l’Apogée n’est pas l’ampli le plus rapide que je connaisse, procurant une minutie aux musiciens qui est franchement inhabituelle. Car bien évidemment telle vélocité dénoue aussi impeccablement les fins de note, leur procure une ductilité pleine et frémissante.

L’éclairage est intégral, honnête, sans une once de variation, mettant à nue la pudeur ou l’impudeur des sources et, mieux, des artistes d’autant plus humains qu’ils sont faillibles. Eux-mêmes ne se sont évidemment pas entendus comme nous le faisons ce jour.

Ce qui pose une question intéressante sur le regard qu’ils portent sur leur propre travail. Certes, ils savent, mais n’iraient-ils pas plus loin dans leur approche, leur exigence, leur inventivité sur un système tel qu’Apurna / ppfff qui leur rend un hommage dévot mais ne leur fait pas de cadeau !

 

CH Précision, Grandinote, Apurna : que de découvertes en quelques années.                                

Etablir un palmarès entre ces objets d’exception n’a pas vraiment d’intérêt ni de sens.

Je garde un petit faible pour Grandinote, pour moi de l’ordre de la relation passionnelle, un lien personnel, affectif, la petite note de poésie justement.

Un ensemble CH Précision complet (DAC, horloge, préampli et ampli de puissance) fausse un peu l’éventuelle comparaison par les performances remarquables, supérieures du DAC + Horloge, et il se peut que l’ensemble crée un lien organique à la musique plus plein. Bien sûr, je n’ai pas écouté cet ensemble sur des Pandora. Pour autant, on finit par savoir : en toute objectivité, l’Apurna a raison, plus constant, sur le fil, plus droit, plus rigoureux, il va tout simplement plus loin, nettement, objectivement, sans humour ou état d’âme. Peut-être parce que le créateur ne s’est rien interdit, n’a pas fait de concession acceptant que le prix d’un tel appareil n’a que le sens qu’on lui donne, le plaisir de la différence dans le respect de la vérité. D’autres l’ont tenté avant lui, mais sans le même talent.

La hiérarchie est donc respectée, la facture finale est fondée aussi bien sur un plan d’expression musicale que de rapport à la conception de l’objet : les Apurna se démarquent nettement par les propositions de finitions, par l’architecture générale, par les performances de toutes sortes.

Apurna ampli idéal ? Peut-être, mais attention : l’ampli ne fait pas tout ! Ni la source, ni les enceintes, ni les câbles…

La dernière partie de la journée s’est conclue chez Green*k où nous avons branché, par curiosité, les Apogée sur des enceintes réputées pas faciles à driver. A priori le terrain d’excellence des amplificateurs Apurna.

Mais le résultat s’est avéré décevant, moins bon qu’avec un (excellent) amplificateur à 4500 €.

Pourquoi ? Parce que les amplificateurs submergeaient les enceintes, les mettaient à genou, les éreintaient.

Une excellente leçon : vouloir tricher ne sert à rien et aucun des éléments d’une chaîne ne peut outrageusement surpasser les autres. A l’encontre des pensées communes de la hifi, il ne s’agit pas de complémentarité, mais un appareil foncièrement supérieur détonne, enfonce le clou de la médiocrité ou des limites environnantes.

A bon entendeur.

Alors, un bravo d’or pour les Apurna ?

Non : de diamant !



mais toujours à part


janvier 2022

 

Staccato fait peau neuve.

 

Oh, l'état d'esprit n'a pas changé, mais on avait envie de renouveler l'espace.

Nous l'avons fait. Nous sommes heureux.

 

J'espère qu'il vous plaira aussi.


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