En dépit d’une recherche incessante, due à l’impatience de découvrir des produits qui comblent une soif de musique dans la splendeur de ses subtilités, il y a des marques que l’on croise sans vraiment s’y intéresser, s’y arrêter…
Sait-on seulement pourquoi ?
Non, pas toujours. Peut-être, espérant naïvement que, parmi les grands fabricants de trophées inscrits dans la modernité affichée, genre les fourre-tout céramique, les réinventeurs du ruban ou encore les apprentis designers fiers des formes alambiquées magnifiquement finies et top fashion issues des mêmes usines chinoises (secrètement, et les français n’échappent pas à la règle) ou autres robinets à médiocrité, on entendra un jour l’objet qui fait vibrer, qui secoue, qui bouleverse, on passe parfois à côté des artisans modestes, seuls capables (vérité statistique, pas théorique) de produire des transducteurs chargés d’humanité.
Pour Atlantis Acoustique, il y avait d’autant moins de raisons que, à défaut de me séduire pleinement, elle ne m’avait jamais laissé une mauvaise impression, et correspond à une démarche qui nous attire : une marque, un homme, une identité…
Jusqu’au jour où, sur un coup de téléphone, on accepte de rencontrer le personnage, très sympathique, doux, pas grosse tête ( sont pas tous comme ça… ) qui déballe trois paires d’enceintes d’une gamme nouvelle et nous raconte humblement son travail, ses exigences nouvelles, et l’analyse de ses erreurs du passé.
Si on est un peu déstabilisé au début de l’écoute, s’il faut quelques disques pour s’habituer à un éclairage hors norme mais si vraisemblable sur la musique, on est indubitablement pris dès les premières notes qui s’écoulent libres, naturelles et endiablées, de ces enceintes archi-neuves (Grrr…) : les qualités élémentaires, fondamentales pour nous et hélas si rares, rapidité, homogénéité dynamique, vitalité, richesse rythmique et tonale, rebond et lisibilité utile et pas futile (par opposition à la vision hifiste du détail pour le détail) sont toutes là !
Alors on se dit, un peu surpris : enfin !
Alors on se dit, un peu interdit : c’est donc possible ?
Alors on se dit, un peu soulagé : pourquoi pas ? Pourquoi pas une nouvelle marque, française qui plus est ( et fabriquée en France désormais ), née d’un talent authentique, tel notre cher ami Marc de Mulidine, s’évertuant à concevoir des produits dont la vocation première est le respect de l’expression musicale.
C’est décidé : trois des modèles de la nouvelle gamme ont trouvé leur place dans notre salon de musique, épaulés depuis par deux nouveautés.
Bon, soyons honnête, premier constat : une fois de plus, on n’a pas choisi un champion du marketing.
Tant pis…
Bon, soyons honnête, deuxième aveu : on ne va pas s’encombrer avec des problèmes de choix de finition, puisque c’est noir ou... Ah, on a désormais droit à des versions bois ! Mais euh...
Sobre et originale, la présentation vise plus la discrétion que l’ostentation. Amateur d’objets de frime, passez votre chemin ; hélas pour vous.
La petite et très humble Sirius, très joliment proportionnée, cache bien son jeu : bouillante, vive, cohérente, elle s'exprime avec une transparence décontenançante, surtout dans cette gamme de prix (1 650 €, coup dur pour les challengers). Bien sûr on peut la confier à des électroniques prestigieuses et bien au-dessus de leur prix, mais elle s’accommode volontiers de petites électroniques performantes : un pur bonheur avec un Jolida JD303 dont elle respecte l’étonnante diversité de timbres et de rythmes ! Et quelle efficacité avec le mésestimé Sugden A21 et aussi (comme quoi, puisque on ne le fait pas), un Atoll IN100, mais ne fera pas de concession à la médiocrité et notamment à la médiocrité musicale : ne comptez pas sur elle pour enrober d’une présence opulente la paresse rythmique d’artistes pauvres. Alors que pour révéler les grands, tels que Sonic Youth ou Kurtag, Paolo Fresu ou Nielsen, nous avons tout essayé avec bonheur ! D’une gamme de prix comparable à la Capriccio Mulidine, ces deux petits bolides se particularisent par des spécificités d’aération et de grain, mais partagent un goût pour la vraisemblance.
L'Orion, de même taille que la Stella mais sans l'ornementation de l'AMT, compacte, discrète elle aussi, elle reprend la vitalité joyeuse et la transparence de la Sirius mais en poussant les qualités à un degré de raffinement bien supérieur. Grave puissant quand il le faut, totale disparition des enceintes, scène sonore large et profonde mais précise et une variété de couleurs frôlant la Stella.
Ensuite vient ce qui est peut-être le tour de force de cette nouvelle gamme : l’ambitieuse Stella, ambitieuse par ses performances objectives, pas par son prix (c’est plutôt une aubaine au contraire) que l’on identifie immédiatement par la saillie du haut-parleur principal au sommet de cette étroite et gracieuse colonne, utilisant la technique peu usitée de l’AMT ( Air Motion Transformer ), un modèle propriétaire dans le cas présent.
Une enceinte qui respire aussi manifestement, qui disparait si facilement, c’est captivant. Largeur, profondeur de la scène, soit, et cependant une parfaite stabilité et dimension des instruments, reproduits dans toute leur justesse, couleur, densité, précision, naturel… Une sonate de Britten par Emmanuelle Bertrand, ou Dutilleux par la Fleming ? Une rigolade : ces acrobaties sont une formalité pour une enceinte aussi réactive ! La pétulante Molly Johnson ou l'intensément poétique et délicat 50 words for snow de Kate Bush ? Pfff, même pas peur !
Stella est peut-être un peu plus délicate à mettre en œuvre, mais en respectant quelques précautions, elle est capable de faire voyager très très loin en musique.
Et enfin, le ( la ? ) Grande Monolithe : haute colonne d’environ 1,60 m, qui vous procurera une ivresse sensuelle bien au-delà, cette fois encore, de son prix.
Quand Eric ( le papa ! ) m’a annoncé les tarifs il a fallu pour chaque modèle que je lui fasse confirmer qu’il parlait par paire.
Tout à fait l’état d’esprit qui caractérise nos choix : un vrai prix loin des exagérations fréquentes de la hifi, où l’on confond trop souvent qualité de finition ou pedigree avec haut-de-gamme.
Monolithe est une enceinte elle aussi bien proportionnée, un peu haute, soit, qui reprend l’architecture technique de l’Argentera que de nombreux mélomanes ou audiophiles regrettent, semble-t-il, mais c’est une enceinte totalement nouvelle, dixit le créateur, plus facile à mettre en œuvre, plus stable, moins gourmande, moins capricieuse.
Monolithe libère une palette incroyablement étendue de fréquences, produisant un grave paradoxal : si parfois on a l’impression d’une légère (et agréable) complaisance, c’est pour s’apercevoir dans l’instant suivant que ce registre est au contraire d’une tonicité joyeuse, une vigueur idéale. La main gauche du piano n’est jamais embourbée mais d’une irréprochable lisibilité, le boisé des violoncelles et contrebasses d’une dimension parfaite, jamais empâté ou surdimensionné, les impacts des toms basses ou grosse caisse de Jim Keltner sont physiquement percutants. Et ça descend très très bas et très très linéairement comme le prouvent quelques éclats puissants ou modulés de l'orgue de Thierry Escaich.
Une scène tridimensionnelle, une ardeur exceptionnelle, un sens du rythme et de l’éloquence accompagné d’une sensation permanente de sérénité, un déroulé des évènements musicaux surclassant les plus grands systèmes, cette impression que la musique prend son temps, à ne pas confondre avec de la lenteur : les transitoires sont celles du vivant, mais, contrairement à beaucoup de grosses enceintes considérées comme rapides, en conservant une justesse impeccable des sustain et release, bref l’enveloppe des attaques.
Plénitude des timbres, matérialisation physique des corps (un frémissement intense dans le concerto pour violon d'Alban Berg (à la mémoire d'un ange) par la si émouvante Isabelle Faust accompagnée par l'immense dandy Claudio Abbado), modulation, exquis sens du rythme et des variations de note, tout y est ! Et sans avoir besoin d’usine thermonucléaire pour l’alimenter : elle chante avec des petits amplis (des bons) si vous voulez, mais appréciera évidemment les grosses pétoires de caractère ! Un sommet d’évidence avec un KR VA 880, ou encore notre exceptionnel JD801S by staCCato Evo2 (sublime) et une pureté bien au-delà du coût avec le Devialet ! Ah oui, j’oubliais, on a aussi pu la tester avec jubilation sur le très original Atoll IN400.
Une universalité enthousiasmante !
Bravo ! Des enceintes pour découvrir le déferlement de finesse, d'énergie et d'inventions de vos musiciens préférés, pas pour se contenter de trouver que la musique est jolie ou sympa…
Quand je pense que ce monsieur annonce des engins de gamme plus élevée encore !